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| Par Maxime Schilt

« J’ai toujours été attirée par l’agriculture, avec une sensibilité pour l’environnement. » Chez Alice Milhamont, le fil est évident. Originaire du monde rural, elle s’oriente très tôt vers des études scientifiques, avec un master spécialisé en environnement. Peu importe le sujet, « l‘agriculture n’était jamais loin ! », assure-t-elle.
Justement, pour garder le domaine à portée de main, elle consacre son mémoire de fin d’études à la protection du captage de Guyne. Un sujet qui la conduit à la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais en 2010. Elle y est embauchée dans la foulée.
Sur le terrain, elle découvre la réalité des enjeux agricoles. « J’étais spécialisée dans la lutte contre l’érosion. J’étais avec les agriculteurs et j’échangeais avec eux, les techniciens et les collectivités pour mettre en œuvre les actions. » Une immersion qui lui apprend à conjuguer contraintes techniques, attentes des exploitants et cadres réglementaires. « C’était hyper formateur. »
Au fil des années, son champ d’action s’élargit. Elle évolue vers des fonctions de management, jusqu’à devenir cheffe du pôle agroenvironnement. « Là, je touchais à tout : l’eau, l’air, le sol, la gestion des déchets organiques, l’agrobiologie. » Un ensemble de sujets complexes, encadrés par une réglementation de plus en plus dense. « Ça donne le vertige au début », confie-t-elle.
Elle voit aussi le secteur évoluer. À son arrivée, ils sont une quinzaine à travailler sur ces questions. À son départ, le service compte plus d’une trentaine de personnes. « Les sujets existaient déjà, mais ils prennent de plus en plus d’ampleur. » Ce développement nourrit son engagement, mais aussi une forme de réflexion. « À un moment, j’ai eu la sensation d’avoir fait le tour. Je voulais agir à l’échelle des filières. »
Elle décide alors de se former à la durabilité en entreprise, avec une idée précise : comprendre comment activer d’autres leviers que ceux du conseil technique pour sensibiliser à l’environnement. Cette formation la conduit naturellement vers la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Lorsque le groupe Advitam ouvre un poste, l’opportunité s’impose. « C’était un vrai alignement des étoiles. Ils cherchaient quelqu’un formé en RSE et surtout avec une connaissance du monde agricole. »
Le lien est aussi plus personnel. Son père a été directeur de magasin Gamm vert, enseigne du groupe. « J’y ai passé tous mes jobs d’été », se souvient-elle avec un sourire. Une familiarité qui nourrit aujourd’hui sa compréhension des différents maillons du groupe.
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Recrutée en novembre 2025 comme responsable RSE, elle pilote une stratégie à l’échelle d’un groupe de 2 400 collaborateurs. Un défi à la mesure de la diversité des activités. La mission d’Alice Milhamont est le projet Advitam 2030 : une refonte de l’organisation avec la mise en place du CSRD, un rapport de durabilité qui sera obligatoire en 2028 mais que le groupe souhaite déjà mettre en place pour être fonctionnel à la date butoir. « À terme, ce sont 150 indicateurs à produire : bilan carbone, indicateurs environnementaux, sociaux… On va du bilan carbone de la pelle vendue dans un Gamm vert aux formations des techniciens. »
Mais pour elle, l’enjeu dépasse la seule conformité. « Ma mission, c’est de transformer ce cadre réglementaire en opportunité. Il y a déjà beaucoup de choses qui sont faites, mais pas forcément identifiées ou valorisées. Je les cherche et les partage dans le groupe. » Le projet Advitam 2030 s’inscrit dans cette logique : structurer, relier, donner de la visibilité à des initiatives parfois dispersées.
Alice Milhamont n’est jamais bien loin du terrain. Une manière de construire une stratégie qui ne reste pas théorique. « Je ne voulais pas d’une RSE pensée uniquement dans un bureau. » Elle participe aux formations, aux journées techniques, échange avec les équipes. « Là, je retrouve ma fibre de conseillère. Je vois que je n’ai pas perdu », sourit-elle.
Le projet d’Advitam s’inscrit dans la transition environnementale portée par l’Europe et la France. Mais la responsable en est persuadée, la transition ne peut être uniquement environnementale. « Elle repose sur l’équilibre entre environnement, social et économie. » Selon elle, les inondations de 2024 ont marqué un tournant. Elles ont montré que le changement climatique est bien présent. « Depuis, les agriculteurs se montrent particulièrement réceptifs. Ils voient un moyen d’améliorer la résilience de leur exploitation. »
« Les agriculteurs sont le cœur du groupe. » Leur accompagnement vers des pratiques plus durables comme l’agriculture régénératrice est un fil conducteur. « C’est l’essence même du projet Impact 2030 au sein de la stratégie Advitam 2030. Nous avons déjà 400 agriculteurs engagés et l’objectif est d’en atteindre 1 000 ». Sans perdre de vue les réalités économiques. « Il faut donner les moyens. Nous apportons du conseil, du suivi, mais aussi des incitations économiques. La résilience du groupe entier repose sur celle des adhérents. »
Dans un ensemble aussi vaste, les niveaux d’avancement sont inégaux. « Certains métiers sont déjà très structurés, avec des filières de recyclage bien en place, d’autres commencent à peine. » L’idée est de créer des passerelles, de faire circuler les bonnes pratiques. « Les uns doivent servir de modèle aux autres. »
Au fond, Alice Milhamont ne change pas de cap. Elle élargit simplement son champ d’action. De la parcelle agricole aux filières entières, du conseil individuel à la stratégie globale. « Je suis là pour challenger les collaborateurs face aux défis fixés. » Une manière de prolonger, à une autre échelle, ce qu’elle a toujours fait : accompagner les transitions, sans perdre de vue ceux qui les vivent au quotidien.
Maxime Schilt

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