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| Par Maxime Schilt
12 janvier 1979. Naissance en région parisienne. Ses parents sont Gisèle et Dominique Pelicot.
Septembre 2023. Elle fonde l’association M’endors pas issue du mouvement #Mendorspas lancé en mai.
Mars 2025.Elle porte plainte contre son père pour administration de substances psychoactives et abus sexuels.
La fille de Gisèle Pelicot, Caroline Darian, a créé l’association M’endors pas il y a trois ans, pour lutter contre la soumission chimique. Une tournée nationale a débuté avec comme première étape Lille ce 30 juin.
Déjà, lutter contre cette idée reçue de considérer que l’agresseur est quelqu’un que l’on ne connaît pas. Bien souvent ce sont des personnes en qui on a totale confiance et qui viennent vous trahir. Moi j’ai vécu à ses côtés pendant plus de 40 ans et jamais j’aurais pensé que mon père était de cette veine-là. C’est la trahison ultime, c’est mon père, comme c’était le mari de ma mère.
Ensuite il y avait aussi la notion des substances, quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet début janvier 2021, c’est-à-dire deux mois après la révélation des faits, j’ai tout de suite compris que ce n’était pas juste des drogues comme le GHB et que c’était majoritairement des médicaments. Des mélanges de somnifères et d’anxiolytiques dans la majorité des cas.
Et il y a évidemment la difficulté de la collecte de preuves et de faire face à la machine judiciaire qui est la nôtre aujourd’hui. Ça me paraissait nécessaire de porter haut et fort ce sujet parce que je sais que nous ne sommes pas que des centaines de victimes mais que nous sommes sans doute plusieurs milliers de victimes en France.
La généralisation de la prévention et de la sensibilisation, qui sont deux enjeux majeurs en ce qui concerne la soumission chimique, qui est véritablement un fléau de société, mais surtout un enjeu de santé publique. On a fait beaucoup de choses ces trois dernières années, mais on avait vraiment envie d’aller à la rencontre des territoires pour permettre au plus grand nombre d’avoir les bons réflexes, une meilleure connaissance de ce sujet. Cette première étape dans les Hauts-de-France était importante pour nous parce que c’est l’une des régions qui participe à une expérimentation (depuis le 1er janvier, la région participe à une expérimentation portant sur la prise en charge par l’assurance maladie des analyses permettant de détecter un état de soumission chimique, sans dépôt de plainte préalable, ndlr).
Face à la soumission chimique, nous ne sommes pas condamnés au silence et à l’impuissance. On peut mieux informer, on peut mieux repérer, on peut mieux accueillir la parole des victimes, mieux prélever, mieux accompagner, mieux coordonner tous les services de santé, de justice, les associations locales. Mais aussi les forces de l’ordre et toutes les institutions.
Et surtout on peut faire en sorte que les victimes ne soient plus jamais seules avec leurs propres doutes. Parce que c’est là aussi une forme de violence secondaire, c’est le doute. Et quand on ne se souvient pas, quand on ne sait pas ce qu’on a véritablement vécu et qu’on ne sait pas si on va être cru, on se demande si on a le droit de parler alors qu’on n’a pas toutes les preuves, c’est une peine supplémentaire. Le message de M’endors pas est très simple : en cas de doute, on ne reste pas seul. On demande de l’aide. On agit vite. Car la collecte de preuves est une véritable course contre la montre. En face, nous devons collectivement apprendre à croire, à protéger et à orienter toutes ces victimes invisibles. L’information protège véritablement les victimes.
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Cet automne, M’endors pas va lancer sa grande campagne de prévention nationale pour ancrer ce sujet dans l’espace public.
La soumission chimique n’est pas une affaire de prudence. C’est une affaire d’une confiance trahie. Les victimes de soumission chimique ne sont pas ces espèces d’écervelées comme on les présente qui laissent leur verre traîner sans surveillance. Ce sont des victimes qui laissent leur verre sous la surveillance d’une personne de confiance, qui acceptent le verre d’une personne de confiance. Au travail, au restaurant, chez un voisin… On continue à entretenir l’idée que l’inconnu c’est ce mec à capuche dans une ruelle sombre. La réalité c’est que l’inconnu aussi a le visage du quotidien. L’inconnu, c’est le chauffeur qui vous raccompagne parce que vous vouliez être en sécurité, c’est le serveur ou le barman sympathique, c’est ce gars ou cette nana sympa qui propose de vous héberger parce que vous n’avez pas de logement. L’inconnu aussi a le visage de l’ordinaire. Je souhaiterais insister sur la tendance à penser que ça n’arrive qu’aux autres que ça se passe que chez les autres. Il faut avoir en tête que ça peut arriver à tout le monde et que c’est hyper important la solidarité collective. Faites attention aux uns et aux autres parce que nous sommes tous les témoins potentiels d’une victime.
Maxime Schilt

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