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| Par Maxime Schilt
« Pour moi, revenir en Hauts-de-France, c’est vraiment plein de sens. » Lorsqu’il prononce ces mots, Paul Mennecier ne parle pas d’une simple mutation administrative. Le nouveau directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) des Hauts-de-France parle d’un retour. À une région qu’il connaît depuis l’enfance. À des paysages agricoles qui l’ont construit. À une culture du terrain qu’il revendique encore aujourd’hui après une carrière passée entre crises sanitaires mondiales, négociations internationales et cabinets ministériels.
Né à Malo-les-Bains, il grandit à Dunkerque jusqu’à l’âge de 10 ans avant de suivre les mutations professionnelles de son père vers Reims puis l’Aisne. « J’ai passé mon bac à Laon », remonte celui dont la famille paternelle est originaire du Vermandois. « J’ai toujours baigné, malgré mon origine urbaine, dans le milieu agricole. »
Car l’agriculture est partout autour de lui. Des amis proches issus d’exploitations agricoles. Puis, plus tard, la famille de son épouse, originaire du secteur de Saint-Amand-les-Eaux. Paul Mennecier se souvient encore, avec un sourire, de son projet de jeunesse : devenir agriculteur. « On me disait : « ce n’est pas possible, il faut être d’une famille d’agriculteurs« . » Alors il choisit une autre porte d’entrée : les animaux.
Direction Lille d’abord, au lycée Faidherbe, pour la classe préparatoire, puis l’école vétérinaire de Maisons-Alfort. L’année 1984 reste un souvenir intact. « La galère de la prépa était finie », rit-il encore. Vétérinaire, oui. Mais vétérinaire en clinique, finalement non. « Quand je suis entré à l’école vétérinaire, ce n’était pas mon idée initiale de travailler pour le ministère de l’Agriculture. »
Ce qui le fait basculer, c’est la possibilité « de pouvoir participer à la conception, à l’élaboration, à la mise en œuvre des politiques publiques ». Il conserve de sa formation vétérinaire « une approche diagnostic », une façon de décortiquer les problèmes pour trouver des solutions. Et des problèmes, il va en voir défiler.
À peine sorti de formation, il rejoint Lille avant d’être envoyé à l’ambassade de France à Londres pour son service national en coopération. Nous sommes à la fin des années 1980. L’Europe n’a pas encore son marché unique. Le jeune vétérinaire aide les entreprises françaises à exporter vers le Royaume-Uni tout en suivant les relations sanitaires entre les deux pays. Puis survient la vache folle. « J’étais à Londres au moment où les Britanniques découvraient l’ampleur du problème. » Il assiste aux conférences scientifiques, voit émerger les premières inquiétudes autour des prions. Le déclic survient lorsqu’un chat est identifié comme porteur de la maladie. « On s’est dit : pourquoi un chat ? » Le principe de précaution entre alors dans une nouvelle dimension. Embargos, restrictions commerciales, tensions diplomatiques : Paul Mennecier découvre de l’intérieur ce qui deviendra l’une des plus grandes crises sanitaires agricoles européennes. « Ça a été extrêmement formateur », glisse-t-il avec humilité.
Après Londres, il refuse de monter immédiatement à Paris. « Je voulais apprendre mon métier sur le terrain. » Direction Beauvais pendant plus de cinq ans, avant un nouveau départ vers Le Havre pour diriger le poste de contrôle frontalier du port. L’Union européenne vient de mettre en place les contrôles aux frontières extérieures du marché commun.
D’un bord de l’Atlantique à un autre, il rejoint l’ambassade de France aux États-Unis. Paul Mennecier devient conseiller vétérinaire et adjoint du conseiller agricole. « On était au cœur des contentieux transatlantiques », raconte-t-il. Bœuf aux hormones, poulet chloré, OGM : autant de sujets encore brûlants aujourd’hui.
De retour à Paris, il dirige ensuite la structure internationale de la direction générale de l’alimentation puis rejoint un cabinet ministériel. Une période « très intense. Quand on a travaillé en cabinet ministériel, on ne revient jamais vraiment en arrière dans le rythme de travail ».
Il quitte la capitale pour retrouver le terrain au service de la Draaf. Normandie, Seine-et-Marne, Val-de-Marne. À chaque poste, le même fil conducteur : comprendre les territoires, rencontrer les acteurs, chercher des solutions concrètes. Alors lorsque le poste de directeur régional des Hauts-de-France se libère, il n’hésite pas une seconde. « Candidater n’était même pas une question. »
Depuis le 1er avril, il sillonne la région. Réunions, rencontres, visites de terrain. « Je ne touche pas encore terre », lance-t-il. Mais il insiste : impossible pour lui de rester enfermé dans un bureau à Lille ou Amiens. « Quand on va voir les gens sur le terrain, on comprend mieux leur réalité. »
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Aujourd’hui, un dossier particulier occupe son bureau : la souveraineté alimentaire. « Les Hauts-de-France ont des atouts considérables », insiste-t-il. Production agricole, enseignement agricole, filières agroalimentaires, recherche : pour lui, la région a tout pour préparer l’avenir. Encore faut-il « ne perdre personne en route » dans les crises actuelles.
À 61 ans, Paul Mennecier garde intacte sa fibre de terrain. Face aux nombreux défis qui l’attendent, il ne se dégonfle pas, bien au contraire. « On se remonte les manches et on y va. On saque ed’dins, comme on dit ! », lance-t-il.
Maxime Schilt

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