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| Propos Recueillis Par Anaëlle Charlier
Mathieu Dalmais est agronome, diplômé d’une école d’ingénieur à Montpellier sans désirer utiliser ce titre. Depuis six ans, il a réalisé sa conférence gesticulée sur la sécurité sociale de l’alimentation plus de 360 fois dans toute la France, en Suisse et en Belgique. Il sera au lycée agricole de Radinghem (62) le 6 juin sur invitation de l’Union régionale des foyers ruraux.
Je vais résumer ça avec les mots d’un sociologue qui a travaillé sur les écoles d’ingénieurs et qui dit qu’il y a une tension dans ces écoles entre former par la science pour être capable de comprendre l’agronomie et d’agir sur le monde, ou former pour formater aux besoins de l’industrie. Moi, c’est cette tension que j’ai voulu mettre en avant en refusant le diplôme, mais je suis diplômé de l’école. Par contre, derrière le titre d’ingénieur, il y a quand même une orientation très bizarre et je pense qu’on doit y réfléchir. Cela ne doit pas être l’objectif d’une formation de répondre aux besoins de l’industrie. On doit répondre aux besoins de la population, qui a besoin d’agronomes pour assurer sa nourriture.
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Après mon diplôme, j’ai commencé par bosser dans une organisation de développement de l’agriculture bio. J’ai été ouvrier agricole un moment et je suis arrivé à la Confédération paysanne nationale en janvier 2015 en tant que salarié en charge de la question des circuits courts, de la bio et de l’installation agricole. J’ai animé une réflexion sur l’impuissance de la stratégie pour mettre en place la transition agroécologique, avec les circuits courts, l’agriculture biologique. Si on veut continuer ce développement de l’agroécologie, ça ne peut pas être juste un appel à des actions individuelles de fermes qui font des transitions et qui trouvent des marchés pour le faire. Il va falloir autre chose. Cette autre chose, pour moi, c’est une démocratie dans l’alimentation. Il ne faut plus que ce soit la consommation qui oriente la production parce qu’elle est biaisée par un pouvoir d’achat et qu’il y a plein de gens qui aimeraient manger mieux mais qui ne peuvent pas le faire. La population n’a pas envie de vivre avec des producteurs qui ne sont pas payés pour leur travail. Pour autant, le marché organise cela. Alors j’ai proposé aux copains d’Ingénieurs sans frontières de réfléchir à ce que pourraient être ces nouvelles politiques qui visent une démocratie alimentaire pour que tout le monde ait accès à une alimentation de qualité, en se basant sur l’historique de la sécurité sociale, grâce au travail de Bernard Friot (sociologue et économiste français).
On parle beaucoup de trois piliers. Le premier c’est l’universalité du dispositif. Personne ne se sent assisté quand il utilise la carte Vitale pour payer le médecin, personne ne se sentira assisté s’il mange comme tout le monde. Alors que si on fait un ticket pour manger spécifiquement, on crée à la fois un sentiment de déclassement de la part de ceux qui le reçoivent, et on crée aussi un sentiment d’assistanat chez les autres. Deuxièmement : le conventionnement des produits, c’est-à-dire qu’avec ce pouvoir d’achat alimentaire, on n’achètera pas complètement ce qu’on veut, on achètera des produits qui seront conventionnés, donc des produits qui auront été labellisés, en tout cas choisis, suivant un cahier des charges spécifique élaboré par les citoyens, les citoyennes. Il faut également pouvoir avoir un prix rémunérateur pour les producteurs, et faire en sorte qu’on produise dans des conditions correctes. On va hausser le niveau d’exigence global, tout en se donnant les moyens de faire en sorte que la pression soit assumée collectivement, et pas de la faire reposer sur le monde agricole. Troisièmement, comment on finance le tout ? On se base sur la cotisation, un peu pareil que cela a été fait à l’époque pour la santé. Dans la cotisation, il y a toute une logique démocratique, comme on dit, qui finance, décide. Les impôts, c’est l’État qui les lève et qui décide derrière, alors que la cotisation, c’est tout un chacun qui socialise une partie de son salaire pour décider collectivement de ce qu’on va faire.
La conférence gesticulée est outil de vulgarisation pour des sujets compliqués, qui est puissant par le fait de raconter ma propre évolution. On rentre un peu dans l’intime, et dans l’émotion aussi, en empathie avec la personne, de comprendre ce qui se passe facilement, en écoutant une histoire, plutôt qu’en analysant et en réfléchissant de façon compliquée.
Propos Recueillis Par Anaëlle Charlier

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