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30-04-2026

Qui est Stéphane Sirot ? Chercheur en histoire sociale !

Stéphane Sirot est historien, spécialiste des mouvements sociaux. Une forme de fidélité à ses racines pour l’ancien Parisien, Nordiste depuis vingt ans.

4 minutes

Qui est Stéphane Sirot ? Chercheur en histoire  sociale ! ©JDP
Qui est Stéphane Sirot ? Chercheur en histoire sociale ! ©JDP

« J’ai longtemps été Parisien. » Eh comment ! Stéphane Sirot est né à Paris, y a grandi, fait ses études d’histoire à Paris 7 – Jussieu puis La Sorbonne – et y enseigne désormais. Mais en ralliant la capitale depuis la métropole lilloise, où il s’est installé il y a vingt ans. Une échelle, un rythme plus favorables à la fondation d’une famille pense-t-il. C’est ainsi que ses « deux petites lilloises » naîtront en 2007 puis en 2015.

Lui, est né dans une famille parisienne on l’a dit, d’une mère secrétaire et d’un père conducteur de métro à la RATP, qui avait notamment participé aux grandes grèves de 1995 bloquant Paris – plus un métro, plus un train – et qui avaient paradoxalement reçu un large soutien de l’opinion publique. « On parlait de « grève par procuration » : une période intéressante où les gens ont covoituré, où la solidarité s’est mise en place », salue l’historien. De sa famille « engagée et très politisée », précise Stéphane Sirot, il a été le premier à passer le Bac et à faire des études supérieures. Avec cette idée, dès le départ, de concilier ambition et loyauté envers ses origines sociales. « Mes parents sont nés en 1943, à la limite du moment de la massification scolaire. Eux, ont commencé à travailler à 16 ans. Ils souhaitaient que leurs enfants puissent bénéficier de l’ascenseur social et ont toujours eu grand soucis de ma scolarité », résume l’ancien bon élève qui opte alors pour l’une des matières où il a les meilleures notes. Histoire. « Je me vois encore faire la queue à Jussieu pour m’inscrire », sourit le père de famille désormais soumis aux affres de Parcours Sup.

Bâtiment : l’archétype du militant ouvrier

Sa maîtrise, Stéphane Sirot la consacrera aux « Grèves des ouvriers du bâtiment à Paris entre 1898 et 1913 » : « 673 grèves à Paris durant ces quinze années dont une série de grèves tournantes sur les chantiers du métro parisien », précise-t-il sans sembler noter la boucle avec la carrière paternelle. C’est que les ouvriers du bâtiment sont alors « l’archétype du militant ouvrier », admire l’historien qui explique comment les ténors socialistes – Jean Jaurès, Jules Guesde – s’emparent du mouvement et de ses figures.

Pour sa thèse, le chercheur choisit de se pencher sur « Les conditions de travail et les grèves des ouvriers à Paris de 1919 à 1935 ». Il choisit pour tutrice LA grande spécialiste de l’histoire des grèves, Michelle Pernot devenue ensuite LA grande historienne de l’histoire des femmes. De sa thèse il tirera un livre, « La grève en France », paru en 2002 chez Odile Jacob, qui succède à un premier opus paru en 2000 aux Presses de Sciences Po : « Une déconstruction biographique de Maurice Thorez, pas sur sa vie mais sur la façon dont s’est construite son image. »

Électriciens-gaziers, sa « profession fétiche »

Suivront divers livres sur l’histoire du syndicalisme où l’historien spécialiste de la sociologie des grèves, du syndicalisme et des relations sociales porte son dévolu sur un corps de métier fascinant : les électriciens-gaziers. Il est d’ailleurs aujourd’hui vice-président de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie, affilié à la CGT. Alors pourquoi cette fascination ? « Parce qu’ils ont obtenu le meilleur statut de l’histoire de France : ils ont par exemple obtenu les congés payés pour les électriciens parisiens en 1906, soit 30 ans avant tout le monde », admire l’historien.

Lire aussi | Histoire : De 1960 à nos jours : les moissons, toute une histoire

Fasciné par  » le syndicalisme révolutionnaire (…) qui imprégnera beaucoup la culture syndicale française. « 

« Les salariés conservent aujourd’hui les statuts gagnés lors de la nationalisation en 1946 », rappelle Stéphane Sirot qui en tirera un livre : « Les électriciens gaziers en France, une histoire sociale », paru en 2017 aux éditions Arbre bleu. « C’est ma profession fétiche, il est intéressant de voir comment s’est construite une identité professionnelle forte – en fusionnant quelque 800 entreprises d’électriciens gaziers et autant de statuts avant-guerre – et comment elle se déconstruit progressivement avec la libéralisation ces 30 dernières années », synthétise celui qui rappelle notamment la suppression, au début des années 1990, des écoles de métier, centre de formation interne. « Puis GDF est devenu Engie. En changeant le nom, on efface la mémoire, les symboles : des processus intéressants à observer. »

Fasciné par « le syndicalisme révolutionnaire » notamment incarné par l’électricien Émile Pataud et « qui imprégnera beaucoup la culture syndicale française », Stéphane Sirot enseigne aujourd’hui l’histoire politique et sociale du XXe siècle à l’université de Cergy-Pontoise et assure des formations et séminaires sur les relations sociales à La Sorbonne. « Au début, je me sentais Parisien vivant à Lille, aujourd’hui quand je vais à Paris je me sens provincial », exprime celui qui continue à nourrir, une chose est sûre, le lien à ses origines.

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Justine Demade Pellorce

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