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04-02-2026

Jean-Marie Huchette nous raconte ses 42 ans passés entre les champs et la justice

Agriculteur pendant des décennies à Beaucamps-Ligny, Jean-Marie Huchette a aussi consacré 42 ans de sa vie aux Prud’hommes.

C’est un homme aux multiples vies qui nous accueille chez lui, à Beaucamps-Ligny (59). Une fois le seuil de la porte passé, il nous invite à nous asseoir. « Je suis content que vous veniez me voir », débute Jean-Marie Huchette. Celui qui est aujourd’hui âgé de 76 ans est un touche-à-tout. Agriculteur, connaisseur du droit, fan de judo et pilote de tout engin volant, il ne se voyait pas marcher dans les pas de son père.

Né en 1949 à Beaucamps-Ligny, paisible commune en bordure de Lille, Jean-Marie Huchette est alors l’aîné d’une fratrie de trois enfants. « Mes parents étaient agriculteurs », raconte celui qui n’aspirait au départ pas à le devenir. De cette époque, il garde en tête la culture de choux-fleurs qui n’a pas duré, l’élevage de porcs ou encore la production d’endives. « L’endive était porteuse. C’était le moment des Trente Glorieuses, ça a explosé. »

Tu seras agriculteur mon fils

Adolescent, le Beaucampois suivait une formation d’électromécanicien. « Mon père m’a fait arrêter l’école en 1967, je devais avoir 18 ans, confie-t-il. Moi qui voulais devenir dessinateur industriel… » Question de principe, il accepte et commence à travailler à la ferme. « Je suis entré dans le moule, voilà, c’était comme ça à l’époque, l’aîné n’avait qu’à accepter ce que le père voulait. » Alors, installé sur une ferme d’une vingtaine d’hectares, le jeune exploitant y prend goût. « Finalement, j’ai attrapé le virus de cette production en m’y investissant pleinement », raconte Jean-Marie Huchette, la voix empreinte de nostalgie.

Il finit même par prendre des cours du soir pour bien se former au métier d’endivier. Un domaine dans lequel sa famille se voulait précurseur.

42 ans aux prud’hommes, « cela marque »

L’autre gros chapitre de la vie de Jean-Marie Huchette, ce sont ses 42 années au service des Prud’hommes comme conseiller prud’homal. C’est-à-dire « un juge non-professionnel nommé pour sa connaissance du monde du travail. Il est nommé pour une durée de quatre ans. Il doit respecter les obligations des magistrats, notamment juger en toute impartialité et indépendance », explique le ministère de la Justice. Là encore, il le devient alors que la figure paternelle l’a été. « Mon père voulait toujours que je fasse comme lui. »

Il nous montre ensuite sa mallette, remplie de ses quatre « bibles », des livres sur les différents Codes. « Nul n’est censé ignorer la loi, sourit l’homme. Juger c’est sortir du doute par une décision. Mais, pour l’avoir, il faut des faits et des preuves. » Lorsqu’on lui demande s’il a des anecdotes, il n’en manque pas : « J’ai dû statuer une fois sur un vol d’un kilo de poireaux. Le salarié avait été dénoncé et pris en flagrant délit par la direction. L’entreprise l’a mis à la porte. Le salarié estimait que le fait d’avoir été licencié pour un kilo de poireaux était démesuré. On a statué sur le fait qu’un vol est un vol et qu’il avait occasionné une perte de confiance entre l’employeur et lui. » Des affaires beaucoup plus compliquées à traiter, il en a connu aussi. « Il y a des jours où je n’arrivais pas à dormir, où je repensais sans cesse à des dossiers. »

« En 2005 j’ai cru tout perdre »

« J’ai été président de syndicat de mon village, du syndicat des endiviers, des employeurs du monde agricole affiliés à la FDSEA, puis président aux Prud’hommes de la section agriculture de Lille, professeur de judo sans oublier pilote de planeur et d’ULM. » Une vie à 100 à l’heure qu’il devra freiner en 2005, frappé d’une vascularite. Une maladie « caractérisée par une inflammation des parois des vaisseaux sanguins, causée par une offensive anormale des globules blancs contre l’organisme ». Il ne peut plus pratiquer de judo à cause des séquelles. L’agriculteur, jusqu’alors associé avec son frère depuis 1978, s’est vu contraint de céder ses parts du Gaec à sa belle-sœur. « Ma femme ne voulait pas que l’un de nos deux enfants reprenne l’activité pour avoir connu mes nombreuses absences auprès de ma famille à cause du travail et des réunions. J’ai tout perdu à cette époque-là. Ça a été difficile psychologiquement. » L’un de ses repères à ce moment : sa casquette de conseiller prud’homal, qu’il ne quittera que l’année dernière avec une mise à l’honneur en présence du secrétaire général du Medef Lille Métropole pour ses 42 années de carrière.

Cependant, n’allez pas croire que tout est terminé. Le septuagénaire a encore un agenda bien rempli. Sorties dans le ciel avec son planeur, parties de tennis de table et sa mission d’assesseur au sein du tribunal de grande instance pour les affaires sociales agricoles… « Mon objectif n’était pas d’atteindre la perfection, mais de rester dans le domaine de l’imperfection acceptable. »

Dylan Pique

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