Beaucoup d’avenir, de demain, de renouveau et de cap, sans oublier d’agir avec vous, autrement ou ensemble. Ces mots sont parmi ceux qui reviennent le plus souvent dans le nom des 2 460 listes déposées pour les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars (1 152 listes dans le Nord et 1 308 dans le Pas-de-Calais).
Avec des extrêmes, depuis cinq listes pour Arras à neuf pour Lille, et pas moins de huit listes à Coulogne (62), seulement 5 000 habitants mais une vie politique locale traditionnellement houleuse, jusqu’à l’unique commune à n’avoir pu réussir à boucler une liste : Nédon (62), 158 habitants. Une situation qui se produit régulièrement et qui, dans le contexte d’extension du scrutin de liste paritaire aux plus petites communes, apparaît anecdotique même si, dans la vallée de la Nave, il va bien falloir se mettre d’accord d’ici l’organisation d’élections de rattrapage dans les mois qui viennent. D’ici là, la commune sera administrée par une délégation préfectorale.
326 listes uniques dans les 647 communes du Nord et 507 dans les 887 du Pas-de-Calais : autant dire que pour beaucoup, l’élection est déjà pliée. « Dans les faits il suffit qu’une seule personne se déplace au bureau de vote pour valider l’élection », décrypte Tristan Haute, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université de Lille, qui précise : « C’était déjà le cas lors des précédents scrutins et la réforme a encore accentué les choses. »
Pas forcé que la participation dégringole pour autant dans ces communes-là, « beaucoup se rendant aux urnes pour réaffirmer leur appartenance à la communauté villageoise. Il y aura peut-être davantage de bulletins blancs ou nuls en raison de la fin du panachage, mais pas forcément moins de participation », imagine le politologue.
Comme on s’y attendait, la parité imposée dans la constitution des listes ne se retrouvera pas dans les élections des maires et si un candidat inscrit sur deux est une femme, seule une tête de liste sur cinq est une femme, c’est-à-dire a priori en position d’être élue maire par son conseil en cas de victoire. Pas mieux qu’aujourd’hui au final (notre édition du 27 février).
Tristan Haute s’est penché sur les listes dans les 100 plus grandes communes du Nord-Pas de Calais, aujourd’hui pour 47 % à gauche – de LFI aux DVG -, pour 51 % à droite – du centre à la droite – et pour 2 % au RN.
Il a compté 45 listes déposées par l’extrême droite (RN + UDR), dont 11 dans les plus grandes communes avant retrait des investitures, qui ont commencé avec le candidat Adrien Nave à Saint-Pol et Dunkerque (59) : il s’est vu retirer l’investiture après dépôt de sa liste qui compte notamment dans ses rangs des membres de l’Action française, groupuscule d’extrême droite nationaliste et royaliste. Un ménage fréquent dans la quête de respectabilité des partis, « qui ont la volonté de masquer les profils les plus sulfureux », RN en tête. C’est plus qu’en 2020 (41 listes) mais moins qu’en 2014 (46 listes) et ce n’est clairement pas une vague, estime le politologue qui invite à pondérer ces chiffres avec les listes des plus petites communes.
La vague la plus massive, c’est celle des listes LFI avec 24 comptabilisées par l’observateur (il y en avait eu moins d’une dizaine en 2020). Les événements récents (la mort d’un militant d’extrême droite et la chasse aux sorcières qui s’en est suivie) peuvent avoir œuvré à « un ralliement d’une partie de la gauche autour de LFI, ce qui pourrait expliquer que certaines listes en difficulté aient finalement pu être bouclées, comme à Hénin-Beaumont », pense le politologue qui se projette : « Il pourrait y avoir des effets bénéfiques sur les votes en faveur de LFI au 1er tour, mais très probablement un effet délétère au 2nd tour car le contexte devrait compliquer les alliances. »
La baisse observée des listes écologistes (sept dans les 100 plus grandes communes contre 12 en 2020 et 8 en 2014) s’explique, pense Tristan Haute, par un nombre de militants moindre dans ce parti que dans les autres (LFI, PS, PC) mais aussi par sa culture de l’union de la gauche, et on retrouve de fait des candidats écolos dans de nombreuses listes de gauche plurielle.
« C’est aussi vrai pour la droite mais c’est plus marqué à gauche : je suis surpris par le nombre de communes dans lesquelles il n’y a aucune liste de gauche : Comines, Halluin, Lys-lez-Lannoy, Wambrechies, Marquette rien que pour la MEL. À Mons ou Ronchin, pas de liste de droite mais c’est moins étonnant », liste le politologue.
Dans le bassin minier par contre, la droite peut avoir disparu de l’offre, favorisant des duels PS ou PC / RN. C’est le cas à Boulogne ou Saint-Martin-Boulogne également. « Le phénomène est d’autant plus inquiétant concernant l’absence de listes de gauche car ce sont des villes qui n’ont jamais été à droite historiquement et que le risque est que la gauche se replie sur ses bastions, qui ne sont plus si nombreux », note Tristan Haute.
Le politologue note la disparition, ou le très net recul, de l’étiquette divers centre, largement arborée en 2020. Ce positionnement, très ni-ni, « est beaucoup trop rattaché à la macronie et les élus locaux ont une volonté de se distancier de son bilan au national et de jouer la carte locale ». Les anciens divers centre assument désormais davantage les étiquettes droite ou divers droite.
Justine Demade Pellorce

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