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25-11-2025

L’Échappée, un refuge pour les femmes contre les violences

Première émanation en région issue du collectif féministe de lutte contre le viol, l’Échappée accompagne depuis 2011 les personnes ayant subi des violences sexuelles et sexistes. Elle organise notamment une grande soirée de lutte le 28 novembre Lille.

Le documentaire Les mots pour vous le dire, d'Asiya Bathily, sera diffusé le 28 novembre lors d'une soirée de lutte contre les violences faites aux femmes organisée par l'Échappé à Lille. © Les Inspirantes
Le documentaire Les mots pour vous le dire, d’Asiya Bathily, sera diffusé le 28 novembre lors d’une soirée de lutte contre les violences faites aux femmes organisée par l’Échappé à Lille. © Les Inspirantes

« Tu l’as voulu » ; « c’était pas clair » : très souvent la stratégie des agresseurs mêle à la fois culpabilisation et dénigrement. Le tout permis par une culture du viol largement développée en France, estime (notamment) l’association lilloise L’Échappée. Créée en 2011 pour incarner sur le terrain la philosophie du collectif féministe de lutte contre le viol basé à Paris, l’association, au fonctionnement très collectif – pas de hiérarchie -, accompagne des victimes (et/ou futures anciennes victimes) de violences sexistes et, c’est la majorité des cas, sexuelles. Des femmes, pour beaucoup, qui ont été violées.

« Notre cœur d’action est l’accompagnement individuel, en général de l’ordre d’une dizaine de rendez-vous en présentiel », pose l’une des écoutantes de l’association qui poursuit : « Nous partons toujours du récit des violences sexuelles subies. » C’est le moment où est définie l’intentionnalité de l’agresseur, et ses stratégies de minimisation. « Nous travaillons alors sur le sentiment de culpabilité généralement éprouvé par la victime, nourri par ces stratégies », déroule l’écoutante.

Dominées

La culture du viol est ici un terreau. Cette somme d’idées fausses sur les violences sexuelles, affirmées, relayées, répétées jusqu’à ce que les victimes ne se voient plus si victimes que ça : « T’as pas dit non » ; « T’étais hyper bien habillée » pour expliquer, si ce n’est justifier, un viol. Sans oublier le fait que l’agresseur ait été lui-même agressé plus jeune, alors bon…

Un discours, une doctrine plutôt, relayés jusqu’aux plus hautes sphères de l’État quand un président de la République (Macron) ne peut se résoudre à condamner les actes pourtant condamnés par la loi depuis, d’un acteur au si grand talent, « fierté de la France » (Depardieu).

Une culture du viol qui s’immisce parfois jusque dans les cabinets médicaux ou les commissariats : « Oui mais vous étiez en couple » ; « oui mais… ». « À l’Échappée, nous utilisons notre lecture féministe pour voir ce qu’il s’est passé et qui résulte d’une dynamique de domination plutôt que d’un conflit individuel de notre point de vue », explicite l’écoutante.

« Survivante »

L’objectif après tout ça est que les conséquences des violences prennent de moins en moins de place. « Elles ne disparaîtront jamais complètement, mais nous essayerons de les décorréler de la personnalité de la victime, qui pourra alors devenir une ancienne victime », dit la membre de l’Échappée dans l’idée que ce statut est un état passager et en aucun cas une définition de la personne.

En rappelant évidemment que les situations sont toutes différentes, les réactions, ressentis, manières de les vivre également. « Il existe une image de la bonne victime, en train de pleurer, qui déprime, n’a plus d’élan. Mais nous essayons de déconstruire cette image. La seule chose qui lie ces femmes est qu’elles ont vécu des violences mais elles ont plein de profils différents. Une victime, ça peut être très puissant aussi », milite l’écoutante qui parle d’« autodétermination » et dit aimer particulièrement le terme de « survivante ».

« Sidérée »

L’accompagnement se poursuit généralement sur le travail des conséquences de l’agression. « C’est le temps de la psycho-éducation : pourquoi ces conséquences, d’angoisse ou de culpabilité ? Et pourquoi j’ai réagi comme ça à l’agression, ou pas réagi ? »

Autant de questions naturelles qui ont une explication toute aussi claire : « Certaines femmes ne peuvent pas bouger ou parler lors d’une agression, ça peut être lié à une dissociation, à une sidération psychique. Dans une situation d’extrême violence, le cerveau peut se mettre en pause », déroule scientifiquement l’écoutante.

« Légitimes »

Outre l’accompagnement individualisé, des actions collectives avec l’association Contre poing : il s’agit là de stages d’autodéfense féministe, physique et verbale, adaptée au quotidien. « L’idée est de déterminer les limites de l’acceptable, d’outiller les femmes et de les faire se sentir légitimes à se défendre. » Encore des groupes de parole pour les personnes ayant subi des violences sexuelles dans l’enfance ; des sessions de groupes sexo, toujours à destination de personnes ayant subi des violences sexuelles.

Là et dans d’autres temps, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) pour les victimes comme les bénévoles qui les accompagnent. « Nous restons convaincues que nous sommes dans une société sexiste qui permet les dominations conduisant aux violences de genre », milite l’écoutante de l’Échappée. « Si on veut profondément lutter contre les violences sexuelles, il faut lutter contre le patriarcat, le racisme, les violences vis-à-vis des enfants, des personnes LGBT, des personnes en situation de handicap… » Un chantier vaste, et nécessaire. 

Lire aussi : L’avocate Caroline Matrat, élue du Pas-de-Calais, porte-voix des femmes victimes de violences

Une soirée de lutte entre documentaire et karaoké

L’Échappée accueille le collectif Toutes ensembles, les sœurs de la Perpétuelle indulgence et Asiya Bathily (les Inspirantes) pour une soirée autour de la lutte contre les violences sexuelles le 28 novembre de 17 h à 23 h salle Philippe noiret, 100 rue de l’abbé Aerts à Lille. Au programme : informations, exposition, échanges, buvette.

À 18 h : projection du film Les mots pour vous le dire, d’Asiya Bathily sur le viol des enfants.

20 h : bénédiction des sœurs de la Perpétuelle indulgence, nées en 1979 d’une plaisanterie, elles sont aujourd’hui des milliers de sœurs, gardes-cuisses, novices et aspirants – peu importe leur genre, leur sexualité ou leur (absence de) foi.

20 h 30 : karaoké parce que « face aux violences, nous ne voulons pas perdre de vue la joie. La joie comme moteur, comme lien, comme outil, à travers le rire et les larmes, pour décharger et pour se recharger. » Ne convient pas au jeune public. Plus d’infos : info@lechappee-lille.fr.

Justine Demade Pellorce 

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