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30-07-2025

Calais : un beffroi pour les rassembler

Après la Grande boucle à vélo, on vous emmène cet été pour d’autres “petites” boucles. Quatrième étape : le beffroi de Calais, bâti en 1925 pour sceller la fusion des villes de Saint-Pierre-lès-Calais et de Calais.

Le beffroi de Calais culmine à 75 mètres de haut. © J. D. P.

Le beffroi de Calais, bâti en 1925 pour sceller la fusion des villes de Saint-Pierre-lès-Calais et de Calais, est l’un des 19 beffrois du Nord-Pas de Calais classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Au nord, la ville historique de Calais et son passé militaire. Au sud, la prospère Saint-Pierre-lès-Calais centrée sur la mono-industrie de dentelle mécanique. Entre les deux, la plaine du Sahara. Nous sommes en 1885 et l’État décide de fusionner les deux communes.

Pour acter ce mariage et l’incarner auprès de la population, on décide de bâtir un nouveau beffroi, accolé à un hôtel de ville : en terrain neutre, pile entre les deux communes sur la plaine du Sahara, une immense esplanade sablonneuse qui accueille alors les chevaux et cirques de passage.

Arnaud Hamy est chef de projet label Ville d’art et d’histoire de Calais. Aux côtés de son élu, Laurent Lenoir, il conduit la visite. De l’extérieur jusqu’aux entrailles, de bas en haut, il raconte pourquoi et comment a été pensé le jeune centenaire.

Pour acter le mariage des deux villes et l’incarner auprès de la population, on décide de bâtir un nouveau beffroi.

« La décision de construire le beffroi est prise en 1885 et on lance un concours d’architecte. Objectif : montrer la puissance de Calais », remonte-t-il. Les projets trop coûteux écartés, c’est celui de Louis Debrouwer qui est retenu. Le jeune architecte dunkerquois, tout juste âgé de 25 ans, fait un choix audacieux : le béton armé. « C’était encore très rare dans la construction civile », situe le chef de projet.

La brique de Courtrai et la pierre du Boulonnais sont purement décoratives. © J. D. P.

Et si vous ne voyez que briques et pierres en observant le beffroi et son hôtel de ville, ils sont pur parement. De la brique de Courtrai, de la pierre du Boulonnais pour décorer la structure en béton armé. Le tout « dans un style art déco prononcé », précise Arnaud Hamy qui rappelle le calendrier : début des travaux en 1911 avant un arrêt pour cause de Première Guerre mondiale lors de laquelle une bombe larguée par un zeppelin allemand causera quelques dégâts ; reprise de la construction et inauguration en 1925. Mais un mariage est célébré avant cette date, et pas n’importe lequel. Un certain Charles de Gaulle, alors capitaine, y épouse la Calaisienne Yvonne Vendroux en avril 1921.

Lions et autres gargouilles

L’édifice culmine à 75 mètres de haut. Il est relié à l’hôtel de ville par une arche surmontée d’un couloir. Quelques mots sur l’hôtel de ville en passant : dans un style gothique flamboyant aussi qualifié de néoflamand, il présente des gargouilles mais aussi deux statues : l’une vers le nord qui incarne l’activité de pêche de Calais et l’autre vers le sud qui représente la dentelle de Saint-Pierre. Un trait d’union qui se traduit également sur le beffroi où la commune n’oublie pas de rendre hommage au roi, auquel Calais est très attaché et réciproquement, via des têtes de lion surmontant des mâchicoulis très château fort.

Sur chacune des quatre faces encore, un soldat en armure pour évoquer la tour de guet que forme aussi le beffroi. Coiffant le toit, une girouette accueille un dragon protecteur. Et parce que c’était leur rôle premier : quatre horloges, une par face, pour marquer le temps civil. « Les beffrois ont d’abord été édifiés pour asseoir l’autorité des échevins en construisant des tours plus hautes que les clochers ou les donjons et en sonnant les heures qui n’étaient plus celles de la prière », rappelle Arnaud Hamy.

Pendant presque un siècle, on n’a pu accéder au beffroi que pour remettre les horloges à l’heure, via un petit escalier de service. En 1961, les 25 cloches ont été remplacées par un carillon électronique jouant La gentille Annette, extrait de l’opéra féerie Le petit chaperon rouge de Boieldieu : c’est la ritournelle de Calais.

175 marches

En 2011, le beffroi a été rendu accessible par un escalier digne de ce nom et un ascenseur. Il est aujourd’hui visitable du mardi au dimanche et accueille 15 000 à 16 000 visiteurs chaque année. La base du beffroi (déjà au quatrième étage de l’hôtel de ville) abrite le cabinet d’apparat, la version calaisienne du bureau ovale – celui-ci est octogonal – où l’édile de la ville accueille les invités de marque lors des signatures officielles. Dans les soubassements en bois, une porte secrète mène dans l’antre du beffroi.

Si les parois intérieures n’offrent que peu d’intérêt : du béton, toujours du béton, 175 marches permettent d’accéder à la promenade perchée (uniquement possible en intérieur par vents forts). Le chemin de ronde culminant à 55 mètres – pile la même hauteur que le phare voisin, toutefois bâti sur une butte – offre une vue à 360° sur Calais et ses environs.

Le dragon comme étendard

À l’ouest, une vue dégagée sur les deux caps. En bas se dessinent la citadelle de Calais et ses bases médiévales. Entre les deux, la ville de Blériot (nommée ainsi depuis qu’en 1909 un certain Louis Blériot réussit la traversée en avion jusqu’à l’Angleterre voisine). Sur la gauche le parc Saint-Pierre qui abrite notamment le plus long bunker de la Seconde Guerre mondiale (80 mètres) aujourd’hui écrin du musée de la mémoire. Au loin le site d’Eurotunnel, « aussi vaste qu’un aéroport », situe notre guide qui évoque encore les jardins à la française et la statue des Bourgeois de Calais devant l’hôtel de ville avant de rallier le côté sud.

Vers l’est s’étend la plaine de Flandre maritime. © J. D. P.

Droit vers Saint-Pierre donc, dont on devine encore les traces du passé industriel. Vers l’est s’étend la plaine de Flandre maritime et, quand la brume ne s’en mêle pas, le fort de Walde qui marque la limite entre la Manche et la mer du Nord. Un muret a été conservé pour rappeler l’interdiction faite par les Allemands à la population de se rendre à Calais Nord lors du dernier conflit mondial. Le port de commerce comme trace de l’activité d’import (d’arbres pour étayer les mines et alimenter les usines de papier) – export (de dentelle).

Côté nord enfin, la ville historique de Calais (copieusement rasée par… les Anglais en 1945, qui croyaient être arrivés à Dunkerque et viser les Allemands), la mer et l’Angleterre, la Tour du Guet, plus vieux monument de Calais (XIIe siècle), et l’église voisine Notre-Dame qui accueillit la cérémonie religieuse du mariage de Gaulle. « Construite par les Anglais, c’est la seule en France avec ce style perpendiculaire anglais, aussi appelé style Tudor », précise Arnaud Hamy qui pointe encore l’antre du Dragon de Calais. Nouveau symbole de la dynamique municipale, nouvel étendard. 

Justine Demade Pellorce

Relisez notre plongeon dans la piscine Art déco de Bruay-la-Buissière.

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