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| Par Hélène Graffeuille

Naïm Bououchma n’était pas – ce qu’on peut appeler – un élève studieux. Aujourd’hui âgé de 39 ans, il est l’exemple même que ce n’est pas parce qu’on n’est pas bon à l’école qu’on ne peut pas réussir sa vie.
Son parcours et la méthode qu’il s’est appliquée pour en arriver là, il a d’abord décidé de la partager sur les réseaux sociaux et sur une plateforme (ma-methodo.fr). Il vient également de le faire dans un livre, Arrêter de stresser : votre enfant n’est pas foutu (même s’il n’est pas premier de classe !), sorti il y a quelques semaines.
Pourtant, si l’on s’en tient à ses bulletins, peu de gens auraient misé sur le jeune garçon. « À partir du collège, j’ai mené une guerre sans merci contre le présentéisme », sourit celui qui a grandi à Hem, en métropole lilloise. « J’ai fait une dépression pendant deux ans suite à du harcèlement et rester assis sur une chaise durant huit heures, ce n’était pas trop mon truc », reconnaît-il.
Au vu de ses notes, il lui est proposé une orientation en filière électro-technique, « une voie de garage. Mon orientation, je l’ai subie… » Au lycée, il finit par être exclu après une bagarre, réintègre un autre établissement, plafonne à 3,2 de moyenne générale et enregistre 230 demi-journées d’absence sur l’année… Un mois avant de passer le bac, voyant sa mère commencer à stresser, le jeune homme décide de s’y mettre et décroche finalement son diplôme. Son diplôme en poche, il s’inscrit en licence de Langue et littérature, civilisation étrangère mention chinois, « moi, je voulais aller en BTS, mais avec mon dossier, j’ai bien évidemment été accepté nulle part… »
Et contre toute attente, c’est une révélation :« Je suis tombé sur des profs extraordinaires. Ils m’ont transmis la passion d’apprendre, de m’intéresser à tout… » Il obtient sa licence, puis un master relations internationales et coopération interculturelle dont il sort major de promo. « À cette époque, j’adore ce que je fais mais ne sais pas vers quel métier me diriger… Un de mes amis me dit : « pourquoi tu ne deviendrais pas prof » ? » Pourquoi pas !
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Naïm Bououchma prépare alors le certificat d’aptitude au professorat de lycée professionnel. Il le rate la première fois, cherche les causes de cet échec et s’intéresse de près « au monde merveilleux des neurosciences », il apprend à apprendre ! Il obtient son concours avec, notamment, un 19,33/20 à sa note de synthèse, « la meilleure note de France », souligne celui qui deviendra donc prof d’économie-gestion en lycée technique.
En 2016, ce dernier se retrouve alors face à des élèves dans un lycée technique peu réputé de la métropole lilloise. Face à ses classes, le prof se reconnaît dans ses élèves : « Pour la plupart, ils subissent leur orientation, comme moi quelques années auparavant. » Alors Naïm Bououchma se démène pour leur donner l’envie, « ils sont dans l’affectif, il faut s’intéresser à eux. Je commence par leur raconter mon histoire et je leur demande ensuite de me dire qui ils sont, ce qu’ils aiment… Des réponses dont je me sers pour illustrer mes cours afin de capter leur attention. Cela crée un environnement propice à la communication et la confiance, explique-t-il. C’est aussi des jeunes qui ont besoin d’un cadre, mes cours sont très ritualisés, les élèves se rangent avant d’entrer en classe, leur téléphone doit être en mode avion dans leur sac… Je suis très exigeant sur la politesse, les retards, le travail accompli. »
Un travail dans lequel il s’épanouit. En 2018, il passe l’agrégation qu’il obtient du premier coup. Un an après, il décide de raconter son histoire et son expérience sur les réseaux sociaux. Et ça marche, certaines de ses vidéos dépassent les deux millions de vues. « Des professeurs me suivent, mais pas seulement, il y a aussi des parents qui viennent chercher des conseils pour aider leurs enfants. »
Le professeur décide alors d’écrire un livre avec son expérience, ses conseils et sa vision de l’éducation. Il y démonte notamment les mythes de la réussite scolaire. « Selon moi, l’échec scolaire n’existe pas, c’est un appel à explorer d’autres voies que l’école en l’état ne permet pas de faire et surtout, c’est l’amour inconditionnel des parents qui triomphera. J’ai eu la chance d’avoir une mère qui a toujours été là pour moi, qui m’a soutenu dans tout ce que je faisais même si à l’école ça n’allait pas. Les enfants ne retiendront pas leurs notes mais la réaction que leurs parents ont eue face à ces notes. Et au lieu de valoriser les notes, il faut valoriser l’effort fourni. » Pour Naïm Bououchma, l’Éducation nationale doit repenser ses méthodes afin que les enfants soient au centre du système.
Hélène Graffeuille

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