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20-11-2024

Violences faites aux femmes. L’accueil inconditionnel de toutes les femmes victimes

Le 25 novembre marque la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Parce qu’elles sont des femmes. À Armentières, le centre d’accueil Olympe est l’une des portes qui leur est ouverte, et ce toute l’année.

Hélène, éducatrice spécialisée, est la « super référente » de Françoise* ici au premier plan. © J. D. P.

« Frapper fort, la sonnette est en panne. » À Armentières, sur la porte de l’accueil de jour Olympe, l’invitation à franchir la porte est lancée à toutes. Toutes les femmes victimes de toutes formes de violence. Et leurs enfants, car ils sont, de fait, eux aussi victimes (un décret de 2021 reconnaît aux enfants le statut de covictime lorsque des violences sont commises au sein de la famille).

Un jeudi, 13 h : l’heure du déjeuner pour l’équipe qui s’installe autour de la grande table au milieu de la pièce de vie. Cet accueil de jour ressemble beaucoup à une maison, avec son coin cuisine et ses fauteuils, avec sa salle de jeux qui permet d’occuper les enfants mais aussi de papoter avec eux et, plus largement, de les accompagner spécifiquement avec la présence d’éducatrices ou de psychologues spécialisées. Encore la salle de bains ou la chambre de repos, qui servent à accueillir des femmes à la rue le temps d’une douche et d’une sieste.

La salle de vie par où transitent les usagères de l’accueil de jour, à Armentières. Attablée, avançant sur ses dossiers dans l’attente d’un éventuel passage : Madisson Brebion, éducatrice spécialisée. © J. D. P.

Un endroit convivial que quelques indices distinguent d’une simple maison : le vestiaire où les femmes trouveront quelques vêtements femme et enfant pour (re) commencer ; une bagagerie où celles qui ont préparé leur départ auront déposé quelques affaires. Cette démarche s’accompagne, aussi et surtout, de la gestion d’un coffre-fort numérique qui permet aux femmes, généralement sous emprise administrative de leur bourreau, de conserver un maximum de documents. Quelques bureaux encore, des salles d’écoute pour les entretiens avec les travailleuses sociales ou les psychologues (uniquement des femmes en ce moment, mais ce n’est pas volontaire). « On fait très attention à ne pas induire des besoins qui sont les nôtres », prévient Bérangère Grauwin.

Vers le début des solutions

Elle est cheffe de service, salariée de l’association La sauvegarde du Nord car c’est une spécificité ici : le dispositif Olympe est porté par deux associations, La sauvegarde du Nord donc, plutôt spécialisée dans l’insertion professionnelle, et Solfa, référente sur la question des violences faites aux femmes. Cofinancé par l’État et la Métropole Européenne de Lille (MEL), le dispositif Olympe a emménagé dans l’accueil de jour en septembre dernier. Olympe pour l’hommage à Olympe de Gouges, figure du féminisme et autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne… en 1791… ça a laissé le temps d’intégrer les infos quand même. Jusque-là, l’accueil était dispatché en divers points du territoire dans les locaux des partenaires (PMI, mairies de quartier, centre hospitalier, sages-femmes, centres sociaux, commissariat…) qui viennent désormais ici se sensibiliser aux violences, pour mieux détecter et orienter. Une flexibilité géographique qui permettait « d’aller vers » ce public fragile mais qui perdait en spontanéité, un rendez-vous devant être fixé en amont.

Bérangère Grauwin, cheffe de service du dispositif Olympe, cogéré par les associations Sauvegarde du Nord et Solfa, à Armentières (59). © J. D.P.

Aujourd’hui, le dispositif Olympe c’est de l’hébergement d’urgence : 45 places en collectif et 10 places en diffus sur la ville d’Armentières qui permettent aux femmes d’être mises en sécurité et de se retourner, pour quelques jours ou quelques mois, et des nuitées d’hôtel financées par les mécènes et la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF, réseau de 83 associations féministes auquel appartient Solfa) quand les places ne suffisent plus. Le dispositif c’est aussi depuis septembre l’accueil de jour qui se veut comme un sas, la première réponse aux questions des femmes victimes de toutes les violences, conjugales c’est le premier motif d’accueil, mais aussi les agressions sexuelles, les violences de rue, au travail, intrafamiliales… Un guichet vers le début des solutions, « où on explique les possibilités d’actions et où on les accompagne dans leur choix », formule Madisson Brebion, éducatrice spécialisée.

Les femmes qui franchissent la porte le font pour avoir des conseils, être accompagnées dans leurs démarches, mais aussi parfois simplement pour souffler ou, c’est ce que permet ce lieu, croiser d’autres femmes comme elles. Comme elles ? Des victimes, et cette prise de conscience est la première étape. « Certaines viennent juste boire un thé ou se poser, conscientes qu’elles ont un problème mais sans savoir lequel. Elles pensent d’ailleurs souvent qu’elles sont le problème, ça fait partie de la stratégie des auteurs », rappelle la travailleuse sociale. « Voir d’autres femmes qui ont un peu avancé peut les aider aussi, sur le principe de la pair-aidance » : l’entraide entre personnes touchées par les mêmes problèmes même si, pour le public ultra-fragile que représentent ces femmes, on est très précautionneux sur la question.

Lire aussi l’interview de Delphine Beauvais, directrice du pôle Violences faites aux femmes de Solfa.

14 h, c’est l’heure des rendez-vous pour les femmes déjà suivies. En réponse à l’invitation, des grands coups sur la porte qui s’ouvre sur cette bulle. Inaya*, 28 ans, s’installe dans le canapé devant un thé. Cette mère de quatre garçons est arrivée en France à 2019 et dans la région en 2023. Victime de violences conjugales, elle a été prise en charge dans le dispositif Olympe en juin dernier et est hébergée avec ses enfants, en attendant un appartement. Aujourd’hui elle a rendez-vous avec conseiller extérieur, et entre-temps elle blague avec l’équipe. L’occasion de regarder avec sa référente la liste des affaires qu’elle devra prévoir pour le voyage au ski de son aîné. « Et n’oublie pas le rendez-vous en dermato pour toi fin novembre, je viendrai avec toi. » Car ici on accompagne (y compris physiquement lorsque c’est souhaité et possible) dans toutes les sphères, de l’aide aux devoirs au café des mamans en passant par l’accompagnement psy, juridique ou social ; dans la recherche d’un logement ou celle d’un emploi.

Mission reconstruction

Françoise* tape à son tour à la porte. Cette jeune maman de 45 ans est hébergée en foyer depuis deux mois et a rendez-vous ce jour-là avec Estelle, la psychologue. « Je suis victime de violences conjugales depuis ma grossesse – ma fille a aujourd’hui huit mois – ça a été l’élément déclencheur : tout à coup il n’était plus le centre de mon monde », explique la jeune femme avec recul. La grossesse est l’une des périodes critiques, le compagnon n’acceptant pas la concurrence avec l’enfant à naître et/ou la future mère décidant que les violences subies jusqu’alors ne la concernent plus seulement, la goutte en trop.

3919, LE numéro de signalement et d’accompagnement pour les femmes victimes de violences. © Ministère de l’intérieur

Françoise a quitté la maison il y a quatre mois, a été hébergée par-ci par-là pendant deux mois avant d’être prise en charge par Solfa. « C’est la PMI qui m’en a d’abord parlé et quand je suis allée porter plainte, les policiers m’ont mise en relation avec l’intervenante sociale en gendarmerie qui m’a redirigée ici », retrace celle qui se sent « assistée, soutenue psychologiquement et d’un point de vue administratif. Elles sont formidables », lance Françoise sincèrement. Elle se dit en mission reconstruction avec sa « super référente », j’ai nommé Hélène. Alors qu’elles imaginent créer une chorale de femmes à la faveur du passage de l’une d’elles, qui chante également ; alors qu’elles se projettent sur la visite d’un appartement le lendemain, les deux femmes se séparent en se tapant joyeusement dans la main.

En accéléré

15 h 30. La porte se referme sur un quatuor : Laetitia*, 27 ans, et sa fille de 20 mois, endormie dans sa poussette. Aussi les deux sœurs de Laetitia, qui sont d’un soutien précieux. L’un des ingrédients du parcours « en accéléré » de la jeune femme. Léa, l’éducatrice spécialisée qui vient de les recevoir, résume : « La jeune femme subissait des violences de son compagnon, y compris sexuelles et elle se pose des questions concernant la petite qui sera reçue à l’unité médico-judiciaire pour déterminer s’il y a eu violences sexuelles sur elle aussi. Elle a quitté le domicile conjugal, est allée déposer plainte et est tombée sur un officier de police judiciaire bienveillant qui a pris au sérieux sa plainte, ce qui n’est pas toujours le cas. Elle avait préparé son départ, en venant à deux ou trois reprises et avait notamment eu un rendez-vous téléphonique avec notre juriste. Elle avait entendu parler de nous au centre médico-psychologique (CMP) qui avait été alerté lorsqu’elle avait évoqué les violences sur la petite. »

L’éducatrice poursuit : « Quand elle est venue la première fois, je lui ai confirmé qu’elle était victime, lui ai rappelé ses droits et par où commencer les démarches. Depuis tout a été très vite : dépôt de dossier auprès d’un bailleur et passage en commission, obtention d’une audience à bref délai devant le juge aux affaires familiales avec l’objectif de retirer l’autorité parentale au père : le parcours classique mais en accéléré. Elle a encore des inquiétudes, notamment parce que des membres de la famille de monsieur sont dans la police, ce qui lui met la pression. Mais elle se pose les bonnes questions, elle est bien entourée. Même s’ils sont rares, ces dossiers où tout roule nous font du bien à nous aussi », glisse Léa. Un dossier sur la centaine suivis à Olympe depuis le 1er janvier. Un de plus. Un de trop.  

Justine Demade Pellorce

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