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20-11-2024

Violences faites aux femmes : une femme sur trois concernée dans le monde

Delphine Beauvais est directrice du pôle Violences faites aux femmes de l’association Solfa. Pour elle, trois étapes : la protection, la responsabilisation et la prévention.  

Delphine Beauvais, directrice du pôle violences faites aux femmes de l’association Solfa © J. D. P.

Quelles sont les missions de Solfa ? Solfa (Solidarité femmes accueil), est une association fondée en 1947 pour aider les femmes. Adhérente de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), Solfa fonctionne en trois pôles : protection de l’enfance ; hébergement, insertion et responsabilisation et enfin violences faites aux femmes (VFF). Je dirige ce troisième pôle, qui se consacrait exclusivement aux violences conjugales jusque 2017. En 2023 sur ce pôle, nous avons compté 8 000 passages en accueil de jour (+ 20 %), 961 nuitées hôtelières, 246 femmes et 262 enfants hébergés, 14 000 appels, 80 permanences du van En voiture Nina et Simon.e.s qui sillonne le territoire et a permis l’accueil de 1 500 personnes.

Retrouvez le rapport d’activité de l’association.

Qu’est-ce qu’une violence faite aux femmes ? Il s’agit de toute forme de violence commise à l’égard d’une femme parce que c’est une femme. Par exemple, dormir dehors est une violence pour les femmes comme pour les hommes mais dormir à la rue engendre d’autres formes de violences pour les femmes parce qu’elles sont des femmes : 100 % d’entre elles seront concernées. Idem pour les personnes en situation de handicap : 80 % des femmes ont subi une forme de violence, chiffre qui monte à 90 % pour les autistes. Une femme sur trois dans le monde connaît, connaîtra ou a connu une forme de violence parce que c’est une femme. Cette définition de l’ONU intègre les violences faites aux femmes dans un continuum de violences, permises par un système patriarcal.

Relisez notre article sur le travail d’une assistance sociale en gendarmerie, à Hazebrouck

Les mouvements comme MeToo ont-ils fait avancer les choses ? Il y a une évolution indéniable de la prise de parole et de l’intérêt que cette question peut susciter auprès des élus politiques et des institutions. Ce qui m’interroge toutefois c’est le côté spécifique, le fonctionnement en silos : on va focaliser sur les violences dans le sport de haut niveau, sur la soumission chimique… et les hypermédiatiser avant de les oublier complètement. Comme s’il fallait du buzz alors que ces questions concernent toutes les sphères : familiale, privée, professionnelle. Il faut une conscientisation sociétale. Les violences peuvent avoir lieu y compris dans des lieux censés protéger comme les Ehpad ou les ambulances. Sans oublier le domicile où les femmes sont de plus en plus exposées. On observe des violences de plus en plus prégnantes chez les femmes de plus de 70 ans et les très jeunes femmes à travers les mal nommées « violences amoureuses ». Avec un groupe de jeunes du Douaisis, nous sommes d’ailleurs en train d’adapter le violentomètre au jeune public.

A relire : Ruralité, la double peine des femmes victimes de violences

Quelles solutions pour faire face et quels manques encore ? Il y a trois piliers selon nous : la protection avec la phase d’urgence puis d’accompagnement, le processus de responsabilisation des auteurs et la prévention. Nous intervenons auprès des jeunes pour expliquer, par exemple, qu’aller dans le téléphone de quelqu’un c’est déjà un souci sur l’intimité : nous avons sensibilisé 2 091 jeunes et enfants et avons formé 1 700 professionnels à ces questions en 2023. En France, une loi prévoit trois interventions par an de la maternelle à la fin du lycée sur les questions de sexualité et de rapport au corps. À ma connaissance ça n’est jamais appliqué, parce qu’on manque de financement et de plannings familiaux, d’associations spécialisées. Il manque aussi des places d’hébergement, des psychologues, d’accueil des enfants, de la prévention, la formation du personnel, des dispositifs qui vont vers la population… 

Propos Recueillis Par J. D. P.

Lire aussi le reportage à l’accueil de jour du dispositif Olympe, à Armentières

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