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13-08-2025

« Vivre l’espérance chrétienne au cœur du rural »

Agriculteur et prêtre : telles sont les deux vocations d’Yves Spriet, qui a tenu à vivre sa foi au cœur de la société, dans un esprit d’ouverture.

Yves Spriet, avec Griotte, jument primée en 2020 et en 2025, le 20 juillet à Cambrai. Ses deux poulains la suivent, Kirsch à gauche et Punch que l’on devine à droite. © F. D.

C’est assurément un destin hors du commun, que celui d’Yves Spriet, 75 ans aujourd’hui. Touché très tôt par la grâce, il a toujours tenu à ancrer sa foi chrétienne dans une vie d’homme accompli, actif au milieu des autres, avec les autres. Mieux qu’un sacerdoce : la preuve par l’exemple.

Yves Spriet, pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?

Je suis né en 1947 à Herlies, dans les Weppes (59), dans une famille d’agriculteurs. J’ai tout de suite aimé le métier d’agriculteur et d’éleveur. Parallèlement, j’ai senti une vocation pour l’Église. J’ai fait le séminaire et j’ai été ordonné prêtre en 1972. Je ne voulais pas être prêtre de paroisse, même si, à la retraite, je le suis devenu à Saint-Amand-les-Eaux suite au décès du curé et je continue aujourd’hui de célébrer des cérémonies. J’ai donc été prêtre au travail. Dans le grand mouvement suite au concile de Vatican II, l’idée était d’être au cœur de la société, pas dans une opposition critique ou en retrait, de vivre l’espérance chrétienne au cœur du rural.

Concrètement, j’ai fait partie du mouvement rural de jeunesse chrétienne, à Méteren, entre 1968 et 1982. J’ai commencé à travailler comme salarié agricole dans le service de remplacement. Nous avons créé une aumônerie rurale, maison dans laquelle nous vivions, à trois prêtres. Et nous accueillions des groupes. Un jour, un ami m’a proposé de m’associer à lui. J’ai accepté, mais pas qu’à deux, pour garder de la disponibilité à côté et faciliter l’entente. Une démarche a été entamée pour trouver un troisième partenaire et une ferme.

Nous sommes arrivés ici, à Escautpont (59), en 1982,  à la ferme du Pas de l’Ayau, en Gaec. Nous avons été bien accueillis. Un gars du coin est devenu notre associé, puis un autre en 1984. Nous avions 60 ha avec des céréales, des pommes de terre et nous faisions de la vente directe.  Nous avons arrêté en 2007. J’avais tous mes trimestres, donc j’ai pris ma retraite à 60 ans. Un jeune a repris et j’ai gardé cette maison.

On m’a dit que vous étiez un grand passionné de chevaux de trait…

Oui, c’est une passion. Cette passion me vient de mon père. Jeunes, nous étions cavaliers avec mon frère. Quand mon père est décédé, je n’ai plus eu de chevaux. Puis, pour mes 50 ans et 25 ans de prêtrise, mes amis et ma famille m’ont offert une pouliche.

On m’a demandé, la retraite venue, de devenir président du syndicat d’élevage du cheval Trait du Nord. J’ai accepté et je l’ai été de 2007 à 2020. Je suis encore au conseil d’administration. Cela m’a pris beaucoup de temps. Il fallait être un lien entre les éleveurs, organiser les concours d’élevage, orienter la sélection dans la race ou la représenter au plan national et international. J’ai encore quatre chevaux, dont une jument, Griotte, que je fais pouliner tous les ans. Elle a encore été primée le 20 juillet dernier à Cambrai.

Comment définiriez-vous votre action de prêtre dans la société ?

Je me suis inscrit dans cette volonté d’une Église rurale présente au monde rural, en voulant vivre de l’intérieur, comme agriculteur, les questions et les contradictions qui traversent la profession. Je suis pour l’ouverture et contre les systèmes fermés, rigides, qui excluent. Dans le milieu agricole comme dans l’Église ! Je me suis donc impliqué dans le mouvement rural de jeunesse chrétienne et dans Chrétiens en monde rural.

Je me suis également syndiqué à la Confédération paysanne et j’ai contribué à la création des associations du réseau Agriculture paysanne. Avec l’Arad, aujourd’hui Arcade, nous nous sommes aussi occupés des agriculteurs en difficulté. À la fin des années 70, des questions se sont posées. Comme le choix du bio. Beaucoup de gens font la morale de l’extérieur, c’est facile. Mon idée, c’était de vivre ces questions de l’intérieur. J’ai fait une agriculture traditionnelle, et j’ai évolué vers une agriculture durable et raisonnée.

Lire aussi : Le regain des baptêmes d’adultes – Terres et Territoires

Frédéric Douchet

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Agriculture église Élevage Hauts-de-France

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