Le réseau « la Ferme digitale », créé à l’occasion du Salon International de l’Agriculture en 2016, fête ses 10 ans. L’occasion de revenir sur le chemin parcouru par les nouvelles technologies comme l’IA dans le monde agricole.

Au cÅ“ur du Hall 5, dédié à la découverte des institutions agricoles, des métiers, et autres syndicats, un cube vert s’impose. Incontournable, il se détache par sa structure « salon dans le salon » et sa décoration branchée. C’est le pôle de la Ferme digitale, et de ses dizaines de start-up innovantes autour de l’agriculture et du numérique, comme « carbon farmers » qui accompagne la transition vers le bas carbone ou Gaïago pour la préservation des sols.
Pendant tout le salon, leur village a prévu de donner environ 80 conférences sur les enjeux de demain, avec des journées thématiques : intelligence artificielle, sol, carbone et biodiversité, eau/énergie, élevage… Incluant le témoignage d’exploitants et de spécialistes. Si le stand s’est forgé une place privilégiée dans le milieu de l’innovation, l’aventure d’il y a dix ans commençait avec beaucoup moins d’ambition.
La création de l’association relevait alors de l’initiative de cinq entreprises de la tech esseulées dans l’immensité du marché. « On s’est rencontrés sur un événement, on s’est dit qu’on avait besoin de plus de visibilité et on a eu l’idée de participer au salon de l’agriculture », témoigne David Joulin, l’un des cofondateurs lui-même fils d’agriculteur. L’idée germe fin 2015, et trois mois plus tard, sans aucune expérience du salon auparavant, ils présentent leur premier stand. « C’était un pari un peu fou », reconnaît le fondateur dans un sourire.
Dix ans plus tard le petit réseau a bien grandi, et est passé de 5 adhérents à une centaine, dont 80 start-up et 20 partenaires : « On fait les salons agricoles majeurs, on anime des clubs et des hackathons », raconte David Joulin. Ce projet, créé il y a trois ans est l’un des plus importants et des plus concrets de la ferme digitale : « Il permet de travailler sur des cas d’usage de l’IA, qui est une révolution des usages », explique Hervé Pillaud, ancien agriculteur devenu membre d’honneur et responsable professionnel de la Ferme digitale. Le concept : donner 48 heures à des équipes motivées pour développer un prototype censé résoudre un cas pratique, sur des thématiques variées comme la transmission des exploitations, l’attractivité des métiers de l’agriculture et des formations, la conduite des cultures, le management des élevages, les achats et les ventes, ainsi que le décryptage des normes et des règlements.
Les équipes doivent trouver l’outil qui saura convaincre les jurés : « Ça peut être une appli, un chatbot, un assistant, un traitement de données… », énumère David Joulin. Avec un niveau d’exigence élevé : « En général ce processus de développement prend un à six mois, là on impose un timing serré pour pouvoir juger très vite si cette intelligence va être utile à l’agriculture », explique-t-il. En trois ans, les deux hommes ont conduit huit éditions de ce défi, dont trois au salon et une à Abidjan en Côte d’Ivoire.
En 10 ans, ils peuvent aussi se targuer d’avoir révolutionné l’AgTech française, avec un réseau d’innovateurs unique au monde qui « va au-delà du numérique : on a des start-up dans les biotechs, dans le carbone, dans l’énergie, on fédère un système d’innovation très complexe », rappelle Hervé Pillaud. « On remarque aussi qu’il y a plus de solutions, plus de concurrence donc c’est devenu plus accessible », complète David Joulin. Le défi pour les années à venir : étendre leur écosystème en Europe, et dépasser les fractures entre le monde agricole et celui des start-up.
Anaëlle Charlier

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