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12-11-2025

Patrick Goldstein, un parcours au service de la santé régionale

Patrick Goldstein, l’ex « patron » du Samu du Nord, est aujourd’hui conseiller à l’ARS avec toujours le même objectif : servir.

Patrick Goldstein © H. G.

Il y a quelques semaines, Patrick Goldstein a reçu le prix de médecine de la Société des sciences, de l’agriculture et des arts de Lille. Une distinction de plus pour l’ancien chef des urgences du CHRU de Lille et du Samu 59, aujourd’hui conseiller médical du directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS). Mais à 71 ans, celui qui a passé près d’un demi-siècle à « servir » ne semble toujours pas prêt à poser définitivement sa blouse.

S’il a accumulé les distinctions, celle dont il parle avec le plus de fierté reste sa nomination comme officier de la Légion d’honneur. « Les honneurs de la République, c’est ce qui compte le plus pour moi. Parce que je suis très attaché à ses valeurs, à ce devoir de servir, de servir à quelque chose. »

« Produit local »

Arrivé à 13 ans dans le Nord, Patrick Goldstein se définit comme un « produit local ». « J’ai fait toutes mes études à la faculté de médecine de Lille avec un internat en anesthésie-réanimation et très vite je me suis destiné à quelque chose qui était émergeant à l’époque, la médecine d’urgence. C’étaient les prémices. »

L’hôpital public s’impose à lui comme une évidence : « Parce que je voulais travailler aux urgences, et que ça ne pouvait se faire qu’à l’hôpital public. Mais aussi parce que cela correspond à mes valeurs. Je suis un agent hospitalier, j’ai autant de respect pour le brancardier qui pousse le patient que pour le chirurgien qui opère. Sans tout ce monde, rien ne marche. » Un goût du collectif qu’il a toujours cultivé : « Lorsqu’on vit des situations de tension, il faut être entouré de gens admirables, le petit café du matin avec eux – les médecins mais pas seulement, les infirmiers, les brancardiers, les ambulanciers – a toujours été un moment important. Animer ces équipes est ce qui m’a rendu le plus heureux dans ma vie professionnelle. Et c’est une fierté de les voir aujourd’hui eux-mêmes animer leurs propres équipes. »

47 ans au cœur de l’action

Dans ces couloirs du CHRU, il a passé 47 ans de sa vie, au cœur de l’action, mais aussi de l’humain : « Aux urgences, c’est une médecine très technique mais c’est avant tout une médecine humaine. Il faut aimer les gens et savoir faire preuve de compassion. Si on apprend à lire un électrocardiogramme, la compassion, elle, ne s’apprend pas, elle se partage. » Derrière la rigueur et la technicité, il n’a donc jamais perdu de vue la dimension humaine de son métier. Patrick Goldstein garde moins le souvenir des catastrophes et des drames que celui des visages croisés. « Les rencontres individuelles, c’est ce qui m’a le plus marqué. Chaque année, je reçois cinq ou six cartes de vœux de la part de patients qu’on a tirés d’affaire ou de familles de patients qu’on n’a pas pu sauver mais avec qui on a partagé quelque chose. »

Et pourtant, des situations extrêmes, il en a vécues. Par exemple, avec le Samu mondial, qu’il a contribué à créer, il est intervenu sur des zones de guerre, du Kosovo au Rwanda. « On se rend compte que l’horreur est parfois à une heure et demie d’avion de chez nous. »

En 2022, après avoir géré la crise du Covid-19 – « pendant un an, je ne suis pas sorti de l’hôpital », se souvient-il – il a cédé sa place, « le 2 avril, parce que je me suis dit que faire ça le 1er avril, ça ne faisait pas sérieux », sourit-il. Mais sans tourner la page pour autant.

Une nouvelle mission

Depuis trois ans, il met son expérience au service de l’ARS. « Je connais par cœur le système hospitalier du Nord-Pas de Calais. Mon rôle aujourd’hui, c’est un peu celui d’un décodeur. »

De son poste de conseiller médical, il observe la santé dans sa globalité : « Il y a un lien évident entre les conditions socio-économiques et la santé. Ceux qui vont mal, souvent, ce sont ceux qui sont fragilisés socialement. » Il met également en évidence le lien entre la santé animale mais aussi végétale et celle de l’homme. Et de prendre l’exemple du covid : « La possibilité plus que probable est que cela provienne d’un virus qui soit passé de l’animal à l’homme », rappelle le médecin.

Il s’inquiète aussi de la montée de certaines addictions chez les jeunes, « les drogues dures sont un fléau. Il n’y a pas un mois sans qu’un nouveau produit apparaisse sur le marché ». Le médecin urgentiste a d’ailleurs, il y a quelques années, été l’un des premiers à alerter sur la consommation de protoxyde d’azote. Il évoque aussi l’impact de la pollution : « il y a des pathologies qui sont très clairement liées à la pollution. De plus en plus de cancers du sein ou du pancréas chez des jeunes sont probablement liés à certains polluants. »

Servir, encore et toujours

S’il continue à « servir » la santé publique, le médecin n’a pas limité son engagement à l’ARS. Il préside aussi l’association Médecins solidarités libres, qui prend en charge les personnes sans droits – migrants, mineurs isolés – et s’investit aussi dans la Sauvegarde du Nord, dont il est vice-président du conseil d’administration, notamment sur la protection de l’enfance. « J’ai découvert le monde des éducateurs, des travailleurs sociaux. Ce sont des gens extraordinaires, qui mériteraient toutes les médailles. »

À 71 ans, Patrick Goldstein parle toujours avec la même énergie, la même foi dans le collectif et dans l’utilité de l’action publique. « Je suis traversé par un sentiment d’utilité. J’ai envie de servir à quelque chose. » 

Hélène Graffeuille

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