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17-07-2025

Sociologie. « Nous sommes des animaux sociaux »

Jeudi 19 juin, le sociologue Serge Guérin donnait une conférence pour l’ADU Lille sur le vieillissement de la population. Découverte d’un anticonformiste.

Dynamique, percutant et corrosif, Serge Guérin parie que les vieux sauveront le monde. © F. D.

Sociologue et professeur à l’Inseec GE, une école en management, Serge Guérin est reconnu comme un spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux des liens intergénérationnels.

Quel cheminement vous a amené vers la sociologie et particulièrement l’étude du vieillissement de la population ?

Diplômé en économie et gestion, j’ai eu une première vie professionnelle dans le domaine. Hyperactif, je donnais aussi des cours à côté. Un jour, un professeur m’a remarqué et j’ai décidé de faire une thèse sur le vieillissement de la population. L’idée de transmission et les racines m’ont beaucoup marqué. Mais j’avais envie de me tourner vers les gens fragiles, ce qui n’est pas possible si on ne change pas soi-même. En 1998, j’ai donc soutenu ma thèse, puis en 2000, j’ai écrit mon premier bouquin. Puis d’autres pour en arriver à 40 aujourd’hui, dont un sur le chocolat, une autre grande passion. J’ai commencé en parallèle à donner des conférences dans des écoles privées et à aider des entreprises.

À quoi reconnaît-on un « vieux » en 2025 ?

En France, il y a 14 millions de personnes de plus de 65 ans, soit 21 % de la population. Avant, on reconnaissait un vieux à sa canne et lunettes. Aujourd’hui, certains se valorisent avec un livre dans les mains sur Tinder ou Meetic. En 1900, l’espérance de vie était de 46 ans en France. Elle est aujourd’hui de 83 ans. On s’aperçoit qu’elle commence à baisser aux États-Unis. En tout cas, les personnes âgées sont en meilleure forme. Il y a quelques années, François Hollande se présentait même comme le « Président de la jeunesse » !

Ouvriers et agriculteurs ont pris de plein fouet des transformations radicales de la société et de l’économie. Plus récemment, les professions intellectuelles subissent la même chose. Une 4énorme transition, géopolitique, s’est produite après guerre : nous avons connu 37 ans sans guerre en Occident. Avant, l’état normal de la société, c’était la guerre. D’autre part, par souci d’égalitarisme, dans les années 70, on préférait ne pas voir les problèmes comme le financement futur de la Sécurité sociale. Pierre Laroque, l’un de ses pères, admettait dès 1962 : « On a oublié le vieillissement ».

Concrètement, comment pouvez-vous agir sur le réel ?

Le thème des aidants et ma passion pour le chocolat m’ont amené à créer la boîte de seniors « Aux Gourmands », qui se charge de distribuer des boîtes de chocolats. Il s’agit en l’occurrence de création d’emplois pour les seniors. C’est une solution pour les aidants et personnes en fragilité. La PME a cinq ans. Dans la vie on peut être malmené, il faut de la solidarité. Avec l’un de mes amis, on s’est dit : la gauche a vraiment changé parce que le monde a changé. Le monde d’aujourd’hui donne le tournis et même les jeunes ne sont pas épargnés. Induisant également des enjeux de santé mentale. Heureusement, il y a une valorisation des métiers du soin (le care). Mais, a contrario, le côté victimaire de la société agit parfois négativement. Mon métier de professeur à l’Inseec GE, mes conférences et mes livres, tout cela fait que je me remets constamment en question. Je lis beaucoup de philosophie et suis un adepte d’Albert Camus et Hannah Arendt. L’idée c’est de faire constamment un pas de côté.

Quels changements profonds identifiez-vous dans la société française et quelles solutions vous semblent pertinentes ?

Je m’intéresse à la France qu’on méprise. Sans parler de la France périphérique où il y a moins d’équipements et pas assez de médecins. Je m’intéresse aux jardins partagés, qui recréent une trame et des liens sociaux. Cela crée du beau et rapproche les gens. Par ailleurs, il faut améliorer l’habitat pour qu’il facilite le lien social. La perte de la culture ouvrière a fait beaucoup de mal. Par exemple, les bowlings ont périclité. Aujourd’hui les gens jouent au bowling tout seul. Or, nous sommes des animaux sociaux. Il nous faut de l’espérance et de l’espoir !

Vous semblez aller un peu à contre-courant d’une pensée contemporaine un peu monolithique…

Une des grandes conquêtes des Lumières, c’était de ne pas nous enfermer dans des catégories. Notre identité ne se réduit pas à notre âge, à notre couleur de peau ou à notre religion. Il se trouve qu’aujourd’hui il y a des gens qui veulent s’enfermer d’eux-mêmes dans une catégorie. C’est triste mais c’est comme ça ! Je considère qu’il y a plusieurs vérités. Il n’y en a pas qu’une. Mes travaux s’appuient sur l’expérience, l’expertise, mais je pense que l’on peut avoir des désaccords lorsque l’on discute. Ce n’est absolument pas grave.

Propos Recueillis Par Frédéric Douchet 

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Hauts-de-France Sociologie

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