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19-11-2025

Solidarité : Elle cultive le lien entre agricultrices

Présidente de l’Association féminine de développement agricole, Charlotte Bécot fait de l’entraide un moteur quotidien. Retour sur le parcours d’une agricultrice qui revendique l’autonomie et le lien entre les femmes du monde agricole.

Charlotte Bécot est présidente de l’Afda depuis 2018. ©M. S.

« Je ne me sens pas spécialement menacée, alors je ne sais même pas comment je réagirais si ça devait m’arriver », s’interroge Charlotte Bécot en réajustant son écharpe. Agricultrice présidente de l’Association féminine de développement agricole (Afda), elle parle des violences faites aux femmes. L’Afda organise, le 22 novembre, une journée à La Herlière (62) autour de cette cause, en écho à sa journée internationale du 25 novembre (lire aussi en page ci-contre).

Un événement qui n’allait pas de soi : « Quand l’idée a été proposée par Laurence Traisnel (une adhérente de l’Afda, ndlr), la première réaction du conseil a été « bah pourquoi ? Nous ne sommes pas concernées ». Là, j’ai réalisé que ce n’était pas normal. Il faut que chacun mesure l’importance du problème. »

« C’est important de faire avancer les choses en en parlant, surtout en tant que femmes du monde agricole. Il faut tout faire pour que ça s’arrête. » La journée sera aussi concrète que symbolique : une initiation à l’art martial pour apprendre des réflexes, un moment d’échanges et un don intégral des recettes au Coin familial d’Arras, un accueil de jour pour les femmes victimes de violences. « C’est important pour nous d’avoir un effet local. »

L’Afda, un déclic

Son ton est posé, un léger sourire s’affiche au coin des lèvres. Agricultrice à Puisieux, dans le Pas-de-Calais, formatrice en BTS Gestion de la PME et en informatique au lycée Saint-Joseph, Charlotte Bécot aime « l’autonomie du métier » et la diversité de ses journées.

Issue d’une famille d’agriculteurs, elle n’avait pourtant pas envisagé de reprendre l’exploitation parentale : « En grandissant, l’idée ne m’était pas venue à l’esprit. » Pendant dix ans, elle travaille comme assistante de direction à la conserverie de Vaulx-Vraucourt, aujourd’hui Bonduelle. Elle quitte le poste au début des années 2000, une période de questionnements pour Charlotte. Le tournant arrive avec sa découverte de l’Afda.

Elle y entre en 2004. « C’est ma mère, adhérente, qui m’a poussée à venir. Je venais de quitter mon poste à la conserverie, je me cherchais. » La formation « Hier, aujourd’hui, demain » agit alors comme un déclic. « On faisait le point sur notre vie, sur ce qu’on attendait de l’avenir. Il fallait repartir avec un projet. Moi, c’était de retrouver quelques heures de travail à l’extérieur. » La voilà repartie, elle devient formatrice sur Amiens et aide son mari sur son exploitation.

Retour aux sources

En 2011, à l’heure du départ à la retraite de ses parents, elle se lance. Elle reprend leur exploitation. « Cette année-là, j’ai eu le statut d’agricultrice. Je n’étais plus juste conjointe collaboratrice. » Une reconnaissance essentielle à ses yeux : « C’est une forme de respect pour mon travail, mon investissement et mes compétences. Quand un démarcheur me demande à voir le chef d’exploitation, j’aime lui répondre que c’est moi. Souvent, ils sont tout gênés. » Son exploitation, réunie depuis 2022 avec celle de son mari, compte désormais 120 vaches, deux salariés et un apprenti.

Elle n’a jamais quitté l’Afda. D’abord adhérente, elle s’implique davantage jusqu’à intégrer le conseil d’administration. En 2018, elle devient présidente. « Ce n’était pas dans mes plans, mais le conseil m’a encouragée. Et j’aime quand ça bouge. Tous les dix ans, je change de vie. » Elle sourit : « Ça colle presque avec les neuf ans d’un bail rural. »

Sous sa présidence, l’Afda garde la même philosophie : sortir les femmes de leur isolement. « Sur les exploitations, les femmes cumulent. Entre les cultures et l’administratif, la pression monte et surtout, elles s’enferment dans leur rythme. » Pour cela, l’association propose des rencontres, des échanges et des formations.

« Nous sommes partenaires de la chambre d’agriculture et appartenons au Geda mais sommes moins axées sur le technique. Nous travaillons sur le développement personnel. » Les thèmes abordés vont de la santé à la confiance en soi, des relations dans un Gaec à la gestion administrative.

L’association mise sur la convivialité. « Les adhérentes se retrouvent, échangent des conseils. C’est très tourné sur les relations humaines. » Certaines demandent des moments plus légers : « Un après-midi taille de rosiers, par exemple, ou des visites de musées. » Elle chérit ces moments partagés. « Quand j’y suis, je pense à autre chose. C’est ma bulle, j’oublie les petits et gros problèmes. »

Les générations changent

La difficulté, désormais, est de recruter de nouvelles adhérentes. « Aujourd’hui, les jeunes agricultrices sont plus souvent multi-actives ou seules à s’installer et donc à gérer leur exploitation. Elles courent après le temps. » Pourtant, Charlotte veut leur montrer « que c’est aussi important de sortir, de respirer, de profiter de la parenthèse qu’est l’Afda ».

Elle aime regarder le chemin parcouru en se disant que son objectif de combiner l’agriculture et ces moments à l’extérieur est atteint. À 50 ans passés, elle revendique désormais le droit de ralentir : « Maintenant, j’aimerais plus de temps pour moi. Ma retraite arrive, ça devrait aider », plaisante-t-elle. Mais avant cela, elle affirme qu’il reste des combats à mener, des sujets à ouvrir, des femmes à convaincre. 

Maxime Schilt

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