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22-12-2025

Sophie Warot-Lemaire : « La légitimité se gagne par le travail, les efforts »

De la politique à la présidence du parc naturel régional des caps et marais d’opale, Sophie Warot-Lemaire cultive une approche ancrée dans le terrain.

©Sophie Warot-Lemaire

« J’ai eu un coup de cœur pour le parc. » Dans sa voix, l’évidence tranquille de quelqu’un qui a trouvé sa place. Sophie Warot-Lemaire est présidente du parc naturel régional (PNR) des caps et marais d’opale depuis 2021. Pourtant, ce poste n’avait rien d’une évidence il y a 10 ans de cela. C’est son engagement dans la politique qui va l’y conduire, presque par hasard.

Chimiste de formation, ancienne enseignante de mathématiques, elle revendique un parcours atypique. « J’ai des études scientifiques derrière moi mais j’ai fait d’autres choses aussi. » La banque, le commerce, les mathématiques, autant d’expériences qui « élargissent le champ de vision », assure-t-elle.

Élue du Pas-de-Calais

Elle fait ses premiers pas dans le monde de la politique en 2014, lorsqu’elle rejoint une liste municipale dans sa commune natale, Éperlecques (62). L’année suivante, Bertrand Petit la sollicite pour se présenter avec lui aux élections départementales : « C’était au moment de l’arrivée de la parité, il m’a proposé d’être candidate à ses côtés. » Le binôme est élu dès le premier tour. L’expérience est à la fois déstabilisante et fondatrice. « Je n’avais pas de carrière d’élue locale derrière moi. Je devais tout apprendre, et le temps que ça demande est énorme. »

Enseignante contractuelle en parallèle, elle finit par mettre son activité entre parenthèses : « Je ne voulais pas être à moitié sur le travail d’élue et à moitié sur celui d’enseignante. Quand je m’engage, c’est pleinement. » En toile de fond, elle compte bien montrer que sa place ne relève pas du quota. « Une fois, on a dit à mon binôme : « C’est votre secrétaire ? » J’ai répondu que j’étais titulaire et que je pouvais même voter », sourit-elle aujourd’hui. De ces expériences, elle a tiré une certitude : « la légitimité se gagne par le travail, les efforts et les rencontres ».

Faire ses preuves, encore

En 2015, le Département la désigne pour être chargée du tourisme, ce qui lui vaut de siéger au conseil d’administration du PNR. Elle s’y investit, mesure la richesse du réseau, la diversité des acteurs, la portée concrète des projets. « Quand on vient d’un milieu différent, il y a toujours cette question de légitimité, alors j’ai voulu comprendre, m’impliquer, être utile. J’ai redoublé d’efforts. »

Elle intègre le bureau du syndicat mixte puis finit par poser sa candidature à la présidence. « Je voulais être plus aux commandes, mettre des choses en place. D’autres membres du bureau m’ont encouragée. » Pari réussi, la voilà présidente en 2021.

« Je suis habitante du parc moi-même, on y a fait de belles choses. » Son attachement est d’autant plus fort qu’il s’enracine dans une conviction : la politique doit partir du terrain. « Il faut revenir aux territoires, je suis pour une politique ascendante, pas descendante. »

« Le parc est un outil de développement »

Cette philosophie irrigue son action au parc naturel régional. « Le parc est un outil de développement. On s’occupe de biodiversité mais c’est bien plus large. » Elle évoque les partenariats avec la chambre d’agriculture pour « implanter des changements de pratiques », avec la chambre des métiers pour « mener des chantiers aux matériaux plus responsables ». Le parc, c’est aussi un réseau : communes, artisans, agriculteurs, habitants. Ainsi l’élue favorise les chantiers participatifs : « Les habitants amènent leur pierre à l’édifice et sont fiers de dire qu’ils ont participé à l’histoire de leur commune. »

« Il faut écouter tous les acteurs qui font le territoire. » Sophie Warot-Lemaire aime le débat. « Au parc, j’ai mis à la même table chasseurs et LPO. Au début, on m’a dit que j’étais folle, et finalement ça marche très bien. Ils veulent tous le meilleur pour le parc. » La présidente prépare aujourd’hui le renouvellement de la charte du parc pour les 15 prochaines années : « Nous réalisons des ateliers et des séminaires pour construire avec tous les acteurs du territoire l’avenir du parc. Ce sont eux, les mieux placés pour décider. »

Comme un héritage

Après dix ans d’engagement public, Sophie Warot-Lemaire garde la même énergie. « Pour le moment, j’ai toujours la volonté de faire bouger les lignes, alors je continue », dit-elle simplement, avant d’ajouter, comme pour se préserver toute liberté : « Je ne suis pas carriériste, je veux juste donner de mon temps pour les autres. Peut-être qu’un jour j’aurai envie d’aller servir ailleurs. »

La présidente du parc songe parfois à ses débuts, à sa mère élue municipale, à son grand-père syndicaliste. « Le seul regret que j’ai, c’est qu’il ne m’ait jamais vue élue. Il aurait été tellement fier. J’ai grandi avec ce modèle du don de soi. » Elle définit son engagement comme une fidélité : à sa famille, à son territoire, à cette idée qu’elle transmettait à ses élèves : « Si vous voulez faire bouger les choses, engagez-vous partout où vous le pouvez, donnez-vous les moyens. » 

À lire aussi : Les combats de Sandrine Delory

Maxime Schilt

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