
Il est tombé dedans à la naissance. Ou presque, car Louis Vanhaecke se souvient de ce temps où, gamin, ses parents l’ont inscrit au foot pour se dépenser parce qu’il avait trop d’énergie. « Mais je me mettais dans les buts pour ne rien faire. » Changement de stratégie pour la famille originaire de Flandre intérieure : « Ma mère m’a mis au cheval avec ma sœur », se souvient-il. « J’avais 7 ans, j’en ai aujourd’hui 23 et j’ai atteint le Galop 7. » Ce niveau, le plus élevé qu’un cavalier puisse atteindre, il l’a visé non par sens de la compétition mais pour « faire les concours du samedi, afin que ma sœur puisse m’accompagner. Les diplômes pour les diplômes, juste pour se la péter, ça ne sert à rien », a-t-il décidé.

Tranquille, posé, Louis Vanhaecke dit l’être devenu au fil du temps passé au contact des animaux, et des chevaux en particulier. « Ils ressentent tout, comme s’ils pouvaient lire dans nos pensées. Quand on est énervé, les chevaux le ressentent ; quand on est détendu, ils le ressentent aussi. » Et c’est ce qui motive notre jeune homme dans sa pratique : apprivoiser ses émotions, se forcer à rester calme quand sa nature première le pousserait à s’irriter facilement dit-il, sans qu’on puisse faire autrement que de le croire sur parole.
En grandissant, Louis Vanhaecke a passé un Bac technologique STI2D, pour sciences et technologies de l’industrie et du développement durable, au lycée des Flandres d’Hazebrouck, « une sorte de Bac S simplifié. Je n’étais pas trop école et je ne me voyais pas passer l’année derrière un bureau, ça non », résume le jeune homme visiblement doté d’une bonne dose de détermination. Et c’est en Première qu’il se découvre une véritable passion pour la maréchalerie. « Mon cheval, Neros, était au centre équestre de Saint-Sylvestre-Cappel, les Écuries des 3 Monts, où je voyais régulièrement Hervé intervenir : ça me fascinait. » Hervé Devries est maréchal-ferrant, et Louis Vanhaecke, qui passe son temps à l’observer, demande à le suivre deux semaines, pendant les vacances. « Je voulais voir concrètement en quoi consistait le travail », explique-t-il.

Convaincu, il sait qu’il deviendra maréchal-ferrant… après avoir levé quelques freins. Ses parents d’abord, qui insistent pour qu’il passe son Bac. Après ça vient la difficulté d’obtenir un apprentissage dans une profession où la grande majorité sont des indépendants. « D’autant que je voulais être formé par quelqu’un de réputé, qui connaissait son travail », ne fait-il pas à moitié. Louis Vanhaecke se retrouve alors inscrit en BTS analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole, où les cours de gestion et de comptabilité lui seront notamment très utiles pour la suite. « Et puis, issu d’un milieu agricole par mes parents et grands-parents, j’étais aussi intéressé par les aspects agronomiques et zootechniques, mais je ne lâchais pas mon projet de devenir maréchal-ferrant. »
Diplôme en poche, Louis Vanhaecke se rend à Pôle emploi pour un accompagnement dans la formation au métier, très coûteuse, mais il ne peut obtenir de financement car il est trop qualifié. Qu’à cela ne tienne, il décide de travailler pour pouvoir se payer la formation et travaille six mois au service de remplacement d’Hazebrouck, à enchaîner les missions ici et là. Il peut enfin s’inscrire à la formation de maréchalerie pour adultes dispensée à l’Institut de Genech. Deux jours à l’école, trois jours en entreprise c’est idéal pour celui qui ne veut pas trop s’éloigner pour pouvoir s’occuper des chevaux à la maison. Quant à l’entreprise, c’est évidemment celle d’Hervé Devries, qui l’accueille bras ouverts. Nous sommes en 2021 et Louis Vanhaecke a enfin bouclé la boucle. Il se souvient avoir « beaucoup appris le travail de force à l’école, en faisant d’une barre de ferraille un fer à cheval : aujourd’hui on achète les fers tout faits », précise-t-il. Avec son maître de stage, mentor conviendrait mieux, il a appris à ferrer. Ou pas d’ailleurs puisque « chaque cheval est différent, chaque pied est différent. Il y a des chevaux qui sont mieux pieds nus, et d’autres qui n’aiment pas du tout. Chaque cheval est un nouveau casse-tête », apprécie le jeune professionnel.
Lui opte pour le ferrage à chaud avant pose des broches. La moitié des chevaux dont il s’occupe sont simplement parés, c’est-à-dire que l’excédant de corne est raccourci pour un bon aplomb, et l’autre est ferrée. La première technique est plus rapide et plus économique, l’autre plus technique, il aime cette diversité. Jusque dans les chevaux rencontrés, qui changent selon les races et les individus plus ou moins fragiles, plus ou moins sensibles : « Certains refusent de prendre les jeunes chevaux car ils sont plus fougueux et plus compliqués à travailler, moi je les prends tous. » Et tant pis pour les courbatures. En conséquence, Louis Vanhaecke n’a pas à se plaindre, il a du travail, même qu’il a pu investir récemment dans une fourgonnette : là ses réserves de fers et de clous mais aussi une forge au gaz, une perceuse à colonne ou une enclume, pour être partout comme dans un atelier.


Parmi ses clients, des particuliers ou des centres équestres, et même quelques ânes qui ont, on le devine, « beaucoup plus de caractère ». Il aime particulièrement les chevaux de loisirs, habitués, dont certains lèvent déjà la patte quand ils le reconnaissent. Consciencieux, il dit désormais vouloir s’améliorer encore pour pouvoir s’occuper davantage de chevaux à problèmes. Un pas après l’autre, avec ou sans fer.
Justine Demade Pellorce

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