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14-01-2026

Municipales : à Wirwignes, la parité sans difficultés

La loi du 21 mai 2025 étend le scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1 000 habitants. Si la réforme peut poser problème là où on n’a pas anticipé, d’autres communes n’ont finalement que quelques ajustements à faire, à l’image de Wirwignes.

Le scrutin de liste paritaire impose un nombre égal de femmes et d’hommes sur la liste, reste à voir combien d’entre elles seront élues maires par leurs conseils. © J. D. P.

« La liste est complète, sous réserve que tous adhérent au projet que nous présenterons mi-janvier. » En cette après-midi brumeuse de début janvier, André Goudalle est serein : le maire de la commune de Wirwignes, à quelques vallons de Boulogne-sur-Mer, n’a pas eu de difficultés à constituer sa liste pour les municipales malgré l’extension aux communes de moins de 1 000 habitants du scrutin de liste paritaire.

Il explique : « Avec 800 habitants, nous avons 15 conseillers municipaux. Aujourd’hui, il y a neuf hommes et six femmes, je n’ai pas réussi à équilibrer davantage en 2020. En 2014 il y avait huit hommes et sept femmes. » Un quasi-équilibre qui se double d’une réalité : tous les conseillers n’ont pas souhaité repartir, pour raison d’âge, parce qu’ils ont déménagé, estiment en avoir fait assez ou toute autre raison leur appartenant. Résultat, le maire élu en 2018 (il avait été premier adjoint en 2008 et avait succédé au maire en exercice en 2018 en cours de mandat) repart avec dix conseillers actuels : cinq hommes et cinq femmes.

« Et parfois, monsieur laisse sa place à madame »

Dans son cas donc, pas besoin de remercier un ou des hommes pour faire de la place à des femmes. Ça aide, parce qu’on se demande parfois si le plus compliqué dans cette histoire de parité n’est pas tant d’aller chercher des femmes que de demander aux hommes de leur laisser la place.

Pour André Goudalle, maire de Wirwignes, commune de 800 âmes dans le Boulonnais, la parité sera atteinte sans difficulté. © J. D. P.

Sur la question, les communes qui ont anticipé sont moins en difficulté. « Sûr que dans les communes comptant deux femmes pour neuf hommes, par exemple, il a fallu demander à certains de se mettre en retrait », reconnaît le par ailleurs membre du bureau de l’association des maires ruraux du Pas-de-Calais depuis 2023. « Et parfois, monsieur laisse sa place à madame », a entendu dire l’ancien principal de collège. Des situations à la marge, espérons.

Elle dit non, lui oui

De son côté, André Goudalle a fait connaître son souhait de se représenter dès cet été, date à laquelle il a pris attache avec les premiers potentiels candidats avec « le souhait de rajeunir la liste » notamment. Résultat : « Seulement deux retraités sur les 15 conseillers municipaux » dont il fait partie. Dans le viseur du maire, « des personnes déjà investies dans un mandat associatif ou qui montrent un intérêt pour la vie communautaire : il faut qu’ils aiment participer à la vie locale », estime l’édile qui note : « Pour les femmes, il existe encore une très forte charge mentale, notamment pour les mamans de jeunes enfants. »

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Pour preuve, il avait identifié une potentielle colistière habitant dans l’un des hameaux éloignés du centre du village. « Elle m’a répondu que ça aurait été avec plaisir, mais qu’avec ses deux jeunes enfants et le travail, ça ne serait pas possible. Je me suis alors tourné vers un homme qui avait le même profil, en 15 minutes il disait oui. » Pour le maire de la petite commune du Boulonnais, « si les mentalités évoluent, il reste à parcourir du chemin ».

La parité pour les adjoints, ou presque

Lui affirme avancer les mêmes arguments vis-à-vis d’une femme que d’un homme – il a repéré son investissement, estime qu’elle participe à la représentativité au sein de l’équipe – mais il reconnaît que si l’égalité mathématique est atteinte, elle ne l’est pas encore complètement en termes de contenu. « La parité s’applique aux conseillers municipaux mais aussi aux adjoints : ça veut dire que pour une commune qui peut nommer quatre adjoints, il faudra veiller à cette parité. » Qui ne s’applique pas au premier adjoint : on peut avoir un maire et un premier adjoint du même sexe.

Branlant

À Wirwignes, avec 800 habitants, quatre élus peuvent être nommés adjoints (qui sont indemnisés, à l’inverse des conseillers municipaux). Il y en a trois : les adjoints aux fêtes et aux travaux sont des hommes, l’adjointe en charge de l’école, de la communication, du centre de loisirs, de la bibliothèque une femme, donc. Des compétences naturellement attribuées aux femmes contrairement aux travaux. Sans parler des compétences liées aux finances, à l’urbanisme… Le maire le reconnaît, « il y a encore du chemin ».

D’autant que s’il y a parité au sein des listes, il est improbable qu’on arrive à une parité des maires élu(e) s ensuite. « Ça mettra plusieurs mandats », imagine le sexagénaire qui voit dans l’augmentation du nombre d’adjointes l’augmentation mathématique, à terme, de maires élues. Les mêmes qu’on retrouvera siégeant dans les conseils communautaires, non soumis à la parité, eux, et auxquels siègent automatiquement les maires, sauf volonté explicite de laisser leur place. La parité de liste n’est pas une révolution en soi, seulement une pierre à l’édifice encore branlant de l’égalité.

La fin du panachage, bonne nouvelle démocratique ?

Autre aspect de la réforme : la fin du panachage, cette pratique consistant à rayer des noms des listes pour des motifs plus ou moins assumés. Le tir au pigeon, c’est le surnom de cette pratique, a longtemps permis de régler les comptes dans les petites communes. Ancré dans les habitudes, c’est l’aspect de la réforme le moins bien reçu par la population, quand les élus s’en satisfont logiquement. « Comme pour la parité, il n’y avait aucune raison que les petites communes ne fonctionnent pas comme les plus grandes, argumente André Goudalle. On ne votera plus à la tête mais pour un projet, une équipe et donc une liste. » Un système qui, s’il évitera les vengeances personnelles, empêchera de fait les candidatures indépendantes, la loi imposant de déposer des listes complètes (avec une marge de manœuvre de plus ou moins deux noms). « Il deviendra plus compliqué de faire deux listes dans les plus petites communes : estce que la démocratie y gagnera au final ? Je ne sais pas », reconnaît celui qui avait été élu dans l’équipe de 2008 face à une deuxième liste, réélu en 2014 avec une liste unique et qui se souvient de sa première élection en son nom : en 2020, neuf candidatures avaient été déposées en plus de sa liste. Une mixité désormais impossible. L’édile s’interroge notamment sur l’opportunité qu’il aurait pu y avoir à agir progressivement, en baissant le nombre de conseillers municipaux par communes, « favorisant la création de plusieurs listes, ce qui aurait été plus démocratique ».

Justine Demade Pellorce

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