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| Par Virginie Pruvost

La vie d’André Delhaye, qui vient d’entamer sa 50e année au sein de la confrérie des charitables de Béthune, est à elle seule une épopée. Né rue Gambetta à Béthune, 89 ans plus tard, il y réside toujours, avec son épouse, car voilà cet homme est un Béthunois de cœur, profondément attaché à sa ville, à ses racines.
La confrérie des charitables a été créée à Béthune en 1188, alors que la peste tue. Il fallait soigner les malades, enterrer les morts et aider les personnes dans le besoin. Des hommes, bicorne sur la tête, vêtus de noir, et portant des gants blancs, se mobilisent et aujourd’hui la tradition perdure : ils continuent de participer bénévolement aux funérailles et grâce aux dons aident les personnes dans le besoin.
Après une enfance marquée par la guerre, avant un retour à Béthune et un début de scolarité au collège Saint-Vaast, le jeune André, issu d’une famille de huit enfants, quitte la maison familiale pour la Providence à Amiens. « À l’époque, cet établissement était tenu par les jésuites, ce n’était pas la même époque que celle de Macron ! », sourit-il. Il y découvre « une très belle ouverture d’esprit. Les jésuites sont des personnes très intéressantes et j’avais un professeur d’histoire fabuleux qui faisait de chacun de ses cours une véritable pièce de théâtre. »
Pour André Delhaye, qui a grandi aux côtés d’un papa avoué*, engagé politiquement pendant près de 40 ans au conseil municipal de Béthune, ce sera le droit. « J‘étais issu d’une famille de juristes et d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé le droit. »
Il entre alors à l’université catholique de Lille pour y faire son droit, avant d’entamer 26 mois de service militaire, d’abord en Allemagne puis en Algérie. Pour passer son examen d’avocat, il obtient une permission.
En 1961, il pose sa plaque d’avocat rue Gambetta à quelque pas de sa maison natale. « Mais mon père décède quelques années plus tard. Et je reprends l’étude d’avoués ». Quand le statut d’avoué est supprimé, André Delhaye se voit proposer la magistrature. « Mais en acceptant, je savais que je devrais quitter Béthune. Moi, je voulais rester, ici. Je suis tellement attaché à ma ville… » En 1972, il reprend donc sa robe d’avocat et ouvre un cabinet secondaire à Lens où il apprend à connaître une autre communauté celle des mineurs, « des hommes très attachants ».
C’est à cette époque que le fils de l’ancien maire Henri-Pad, qui brigue la mairie béthunoise, le sollicite. L’avocat n’hésite pas une seconde à emboîter le pas de son père en s’engageant dans la vie politique pour « défendre les habitants et l’intérêt général ». Et quand il se retrouve dans l’opposition, il fait valoir ses idées. « Quand j’étais dans l’opposition, face à Mellick, je ne faisais que des recours ! », s’amuse-t-il.
L’engagement et les convictions de ce Béthunois ne passent pas inaperçus. Et en 1975, il est invité, avec quelques amis proches, à rencontrer le Prévost de la confrérie des charitables, à l’hôtel du beffroi. « La confrérie peinait à recruter, nous avons proposé au Prévost de changer le fonctionnement », indique-t-il.
Avec un fonctionnement remanié, les rangs de la confrérie s’étoffent rapidement. « Nos réunions étaient très enrichissantes car de nombreux corps de métier étaient représentés. J’ai eu des confrères conducteurs de machines à vapeur et ensuite de TGV ! », confie-t-il. La confrérie des charitables est remise sur les rails et 50 ans plus tard, André et certains de ses amis sont toujours dévoués à la cause. « Notre premier devoir est d’enterrer les morts, le second de venir en aide aux déshérités », précise-t-il.
En 1988, année du huit-centenaire de la confrérie, il est nommé Prevost : « Pour l’occasion, nous avons exceptionnellement réédité les anciens méreaux en plomb, portant notre devise « Exactitude, union, charité ». Je me souviens, nous sommes allés fondre le plomb à Isbergues. »
C’est aussi en 1988, qu’il signe la charte de fondation des confréries européennes de Saint-Éloi (Saint patron des charitables) avec des confréries italienne, allemande, belge. Les moments mémorables ne manquent donc pas dans la vie d’un charitable, mais ceux qu’ils partagent avec les familles en difficulté quand ils leur rendent visite pour apporter une réponse à leur besoin, restent parmi les plus marquants : « Rien ne remplace leur accueil et leurs sourires. »
Virginie Pruvost

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