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| Par Céline Bergeron
Ils tirent la sonnette d’alarme. Dans le Boulonnais l’eau se fait rare. « Depuis 2020, on a commencé à voir les effets du changement climatique », rappelle Frédéric Cuvillier, maire de Boulogne-sur-Mer et président de la communauté d’agglomération du Boulonnais (CAB). La crainte des institutions : qu’un jour, plus aucune goutte d’eau ne sorte des robinets. L’or bleu manque sur le territoire.
« La situation est grave », lance François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais. Dans le département, en septembre, il a plu 44 % de moins que les années précédentes sur le même mois. En ce qui concerne le début du mois d’octobre ce manque s’élève à 17 %. Des chiffres qui ont de quoi inquiéter.
D’ailleurs, si l’automne est arrivé accompagné de pluie, ce n’est pas suffisant pour pouvoir relâcher la pression. Les nappes phréatiques sont à un niveau très faible.
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Le territoire souffre d’un déficit en eau depuis février dernier, les nappes phréatiques n’ont pas pu se reconstituer. Au-delà des nappes, les forages ne donnent plus autant d’eau que ce qu’ils devraient en temps normal. « Quand on regarde sous terre et dans les fleuves », nous sommes en grande difficulté, constate le préfet du Pas-de-Calais.
Un regard confirmé par Véolia, délégation pour le service public de l’eau pour la communauté d’agglomération du Boulonnais. Pour Rudy Baillet, responsable eau potable pour Véolia, que ce soit les forages ou les fleuves, « l’ensemble des ressources sont ultra-sollicitées pour assurer la capacité du service de l’eau ». D’après lui, le bassin de 113 000 habitants vit sur les capacités de stockage lié à l’année précédente. Et d’ajouter : « Ce déficit de pluie depuis février fait que la situation peut très vite devenir critique. »
Le responsable pointe un autre problème. Puiser l’eau trop profondément, c’est prendre le risque d’être exposé au biseau salé. C’est-à-dire de mettre en contact de l’eau salée et de l’eau douce. « Ce serait catastrophique puisque ça rendrait la ressource inutilisable », s’inquiète Rudy Baillet.
Pour sécuriser la ressource en eau, plusieurs mesures ont déjà été mises en place. Afin d’éviter le gaspillage, Frédéric Cuvillier informe que chaque année, ce sont 7,4 kilomètres de réseau qui sont contrôlés soit pour des fuites soit pour renouveler le réseau afin de le consolider. Le rendement atteint 87 % contre 80 % au niveau national. Cela signifie qu’en France, 20 % de l’eau n’atteint pas le robinet.
Cet été, un chantier d’ampleur a été réalisé puisque six kilomètres de canalisations ont été construits afin de relier l’alimentation en eau de la communauté d’agglomération des deux baies du Montreuillois et la communauté d’agglomération du Boulonnais Une initiative de « solidarité » comme tient à le rappeler Frédéric Cuvillier. Une interconnexion qui permet d’assurer un complément en eau avec une distribution de 1 000 à 1 500 m3 par jour.
À deux reprises, la CAB a obtenu des autorisations exceptionnelles de la part des services de l’État pour puiser de l’eau dans la Liane. « Tout cela a des limites », déclare le préfet. Notamment en raison de la continuité écologique – assurer un niveau d’eau suffisant pour les poissons – qui est proche d’atteindre ses limites.
François-Xavier Lauch en a profité pour annoncer l’autorisation d’utiliser les eaux usagées. « C’est de l’eau issue des stations d’épuration. Elles sont évidemment contrôlées lors de leur sortie. » Une décision qui réjouit le président de la communauté d’agglomération du Boulonnais. Cette eau pourrait servir pour des « usages de propreté » des communes, ce sont « 12 000 m3 d’eau par jour qui peuvent être réutilisées par les collectivités », se félicite Frédéric Cuvillier.
Désormais, ils lancent un appel aux citoyens pour qu’ils participent à ce défi général. « S’il n’y a pas de prise de conscience collective alors tous ces efforts seront invisibles », lance Le président de la CAB.
En attendant que des pluies durables arrivent et que les nappes phréatiques se rechargent, le préfet demande à son tour de faire attention à sa consommation d’eau. Il constate que malgré l’arrêté de sécheresse en alerte renforcée en vigueur, qui implique notamment des restrictions renforcées d’arrosage, de lavage des véhicules et d’irrigation de cultures, la consommation d’eau chez les particuliers n’a pas baissé. Alors que « les industriels ont fait des efforts, ils ont diminué de 15 % » leur consommation en eau cette année. Pour François-Xavier Lauch « l‘idée n’est pas de créer une panique mais de sensibiliser ».
Frédéric Cuvillier craint que des entreprises du territoire soient contraintes au chômage technique si les niveaux d’eau ne remontent pas.
Céline Bergeron

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