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| Par Hélène Graffeuille

À 29 ans, Thomas Dehenry a déjà 1 001 vies. « J’ai grandi à Floyon, le village certainement le plus perdu de l’Avesnois mais le plus beau », sourit-il. Son territoire, il l’a dans la peau.
Mais comme pour beaucoup, c’est en découvrant d’autres horizons qu’il a appris à apprécier la richesse de son lieu d’origine : « En bougeant de ma campagne, j’ai réalisé la chance que j’ai eue d’y grandir. » Car une fois son bac en poche, le jeune homme débarque en métropole lilloise pour y faire ses études en éco-gestion avant d’intégrer l’IAE (Institut d’administration des entreprises) en alternance. Études qu’il finance grâce à divers petits boulots.
En parallèle, il en profite aussi pour découvrir le monde avec ses amis : « En 2018, on a fait un tour d’Europe en Peugeot 205, on a traversé 20 pays en 23 jours pour amener des fournitures scolaires dans les pays de l’est. En 2019, on se lance un nouveau défi : parcourir toute la côte, des plages du Nord à celles du Débarquement en mobylette. En 2020, on a fait un tour des Alpes à moto avec pour budget 1 € par jour et par personne pour dormir et manger. En 10 jours, on s’est retrouvé deux nuits dehors, pour le reste on a toujours réussi à se faire inviter par des gens. En 2021, c’est le covid, le projet initial était d’aller au Danemark à pied mais avec la fermeture des frontières, c’est tombé à l’eau. Alors on s’est dit pourquoi pas traverser la France pour aller manger… avec Jean Lassalle, un personnage qui représente, selon moi, un pilier de la ruralité. On a mis 14 jours pour traverser la France et nous avons fini notre séjour chez… Jean Lassalle ! », se remémore Thomas Dehenry, le sourire aux lèvres.
Des voyages propices aux rencontres : « Je me suis rendu compte à quel point l’humain peut être incroyable. » Une « claque » pour le jeune Avesnois qui, à chaque retour de ces aventures, se retrouve confronté à son quotidien « métro, bureau, dodo ».
Durant le confinement, difficile pour celui qui a la bougeotte de rester enfermé dans 20 m2, Thomas Dehenry décide alors d’investir dans une caméra et d’aller à la rencontre des restaurateurs de l’Avesnois afin de les mettre en lumière dans cette période particulièrement compliquée.
« Je proposais de venir les filmer, on partageait un repas autour duquel il me racontait leur parcours, leur passion du métier, la manière dont il travaillait… ». Des vidéos qu’il met en ligne sur une chaîne YouTube baptisée L’appétit vient en soutenant. « C’était génial, je me suis rendu compte que ce sont des gens qui aiment le contact humain et les bons produits. Je me retrouvais beaucoup dans leurs discours. »
En 2022, lors d’une insomnie, il a l’idée d’ouvrir un bar dans l’Avesnois qui ne proposerait que des produits du secteur. « À l’époque, j’étais étudiant et j’avais un projet à monter avec mes camarades. Nous nous sommes donc lancés là-dedans. »
Le projet se concrétise sous forme d’association et des soirées sont organisées de manière éphémère dans différents lieux comme un ancien corps de ferme ou encore le MusVerre. Et à chaque fois, c’est un carton mais surtout Thomas Dehenry confirme son envie d’avoir un établissement à lui, un lieu où les gens se rencontrent autour de bons produits du secteur.
Et un jour il a une opportunité : en 2024, le restaurant gastronomique Le Carillon, à Liessies, est en vente. Le jeune homme et sa fiancée, Pauline, l’achètent. Ils y effectuent quelques travaux avec des artisans du coin, évidemment. Quant au mobilier, ils achètent tout aux enchères,« sinon c’était hors de prix pour moi ». L’établissement, baptisé le Jeune Avesnois a ouvert ses portes il y a tout juste un an, le 16 mai 2025. Derrière le bar : Thomas Dehenry mais également son « pote de collège », Léonce Jablonski.
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Sur la carte, une majorité des produits viennent du coin : des jus de fruit des Jardins d’Eugénie à Sars-Poteries, du cidre des vergers bio d’Ohain, du café de Plume de café à La Longueville… Pour leurs planches apéros, ils proposent de la viande de la ferme Angus de Trélon, du fromage de la ferme aux hirondelles à Dompierre-sur-Helpe…« Ce sont des produits locaux, de qualité produits par des gens avec qui le feeling passe », détaille le jeune homme. Des produits qu’il va chercher lui-même toutes les semaines à bord de sa 104.
Un endroit où les gens se rencontrent, échangent. Les gens du village, comme Colette 84 ans, cliente quotidienne du Jeune Avesnois, des jeunes, des familles mais aussi des touristes. « Ici, les générations cohabitent, discutent, échangent sur les bons tuyaux. Les gens du Nord sont accueillants mais c’est particulièrement vrai dans l’Avesnois. Il y a un savoir-vivre ensemble. »
Thomas Dehenry et Léonce Jablonski organisent également de nombreux événements, comme ce qu’ils ont appelé les balades avesnoises où les participants découvrent le secteur à bord de voitures de collection et vont visiter des brasseries, par exemple, avant de partager un repas ensemble. Mais aussi des concerts, des sorties running avec un départ du bar… Alors si vous passez par Liessies, n’hésitez pas à franchir la porte du Jeune Avesnois, il y aura toujours quelqu’un pour vous accueillir !
Hélène Graffeuille

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