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Rencontre avec Sébastien Angers : « Les agriculteurs sont les catalyseurs du changement »

17-03-2023

Actualité

Culture

Le Canadien Sébastien Angers était à Arras il y a quelques semaines. Convaincu par l’agriculture régénérative, il partage ses pratiques.

Sébastien Angers © D. R.

Il y a quelques semaines, le Canadien Sébastien Angers, expert international en agronomie, était de passage en France, notamment à Arras, pour échanger sur l’agriculture. À 42 ans, cet éleveur de porcs et producteur de graines de citrouille, entre autres, a opéré un virage dans sa manière de travailler : il a mis un terme à 35 ans de culture biologique sur ses terres pour se tourner vers l’agriculture régénérative. Une philosophie du métier différente qu’il est venu exposer lors d’une journée technique et d’échanges, « pas dans une démarche d’évangéliser les autres, je souhaite juste partager mes réussites ».

Pourquoi avoir décidé d’arrêter l’agriculture bio ?

C’est une décision qui a été profondément difficile à prendre car la bio, j’y ai cru énormément… C’est aussi une décision pleine de nuances car il y a des choses qui ne fonctionnent pas en agriculture bio, mais il y a des choses qui sont très bien. Pour moi, la bio n’était plus un lieu sécuritaire socialement et financièrement. J’ai un profond doute sur son potentiel d’évolution car pour fonctionner, le consommateur doit accepter de payer plus cher mais jusqu’à quel niveau est-il prêt à le faire ? Je n’accepte plus de recevoir une pression d’être dans un modèle où l’on exige d’être parfait avec la nature, je n’ai pas encore tout compris à la manière dont elle fonctionne donc je me donne le droit de faire des erreurs. J’avais aussi envie d’expérimenter d’autres techniques.

Qu’est-ce que l’agriculture régénérative ?

L’agriculture régénérative est une façon de redéfinir un nouveau modèle qui a du sens dans l’évolution humaine. On ne s’interdit pas d’utiliser des produits phytosanitaires, même si l’objectif est d’utiliser un maximum de diversité végétale pour créer des leviers d’autofertilité dans les processus agronomiques. Et plus on va maîtriser ces leviers d’autofertilité, plus on sera capable de faire sans ces intrants. L’agriculture régénérative est dans un schéma plus souple que celui du bio et il le faut car avec les enjeux climatiques qui nous attendent, je ne suis pas sûr que la rigidité soit la solution. Il faut offrir aux agriculteurs de la sécurité face à la grande complexité du vivant. L’agriculture régénérative va également permettre de créer une adéquation avec la nature entre le « je donne juste et je prends juste ». C’est vers ce mouvement que je veux aller.

« Donner juste et prendre juste », qu’est-ce que cela veut dire ?

On ne cultive pas juste une plante pour nos besoins, on intègre une série de couverts végétaux pour nourrir également les besoins du sol. C’est un échange bidirectionnel avec la nature. On utilise le plus possible l’intelligence de la nature dans nos processus. On est dans la permaculture à grande échelle. La loi centrale de l’agriculture régénérative est de ne pas prendre plus de 80 %. On laisse les 20 % restant à la nature. Je vois ça comme un placement sur l’avenir. J’évite un problème que j’aurai pu avoir dans les années futures et donc un investissement que je n’aurai pas à faire pour le régler. Mais forcément ce n’est pas facile car les leaderships monétaires et sociaux ne sont pas construits de cette manière. Si on se compare à son voisin qui ne fait pas pareil, on sera forcément moins riche de 20 %, les banquiers ne comprennent pas non plus. Mais selon moi, pour définir la qualité d’un agriculteur, il faut mesurer la qualité des flux (carbone, azote…) qu’il met en place sur sa ferme et non pas se baser sur sa production. Dans l’agriculture régénérative, on ne met pas l’homme au-dessus de la nature, on le met à côté. On se positionne en humilité face à elle. La nature a ses besoins et si tu veux négocier un bon deal avec, il faut répondre à ses besoins.

Selon vous, quels sont les points positifs de l’agriculture française ?

Vous avez un climat plus doux qu’au Canada et des filiales très développées ce qui permet un potentiel de diversification beaucoup plus élevé. Nous, en Amérique du Nord, c’est maïs, soja, céréales et après c’est un peu le néant… Il y a également plus d’initiatives de mutualisation des ressources. J’ai rencontré beaucoup d’agriculteurs français innovants, mais aussi des agronomes qui ne se positionnent pas au-dessus des agriculteurs, mais à côté. Je trouve cela important pour les échanges car les agriculteurs sont les catalyseurs du changement.

Et les points négatifs ?

L’administration française ! C’est un tue-agriculture ! La lourdeur administrative est un énorme frein ! La PAC enlève également beaucoup de souplesse aux agriculteurs notamment pour s’adapter à la réalité de la fluctuation climatique. 

Sébastien Angers en trois dates

2007. Sébastien Angers reprend une ferme qui fait du bio depuis 1987.

2020. Il se lance dans la production de graines de citrouille.

Juin 2022. Il arrête l’agriculture biologique et se tourne vers l’agriculture régénératrice.

Hélène Graffeuille

Lire aussi : Stéphanie Vanderhaeghe, pour un monde (agricole) meilleur

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