La Coupole d’Helfaut, à Wizernes (62), c’est l’histoire d’une des plus formidables infrastructures de la Seconde guerre mondiale. La demi-sphère en béton armé de 77 m de diamètre, d’une épaisseur de 5,50 mètres, pèse 55 000 tonnes. Pourtant elle a manqué son rendez-vous avec l’Histoire.
À la fin des années 1920, la République de Weimar « capte les scientifiques qui travaillent sur la recherche balistique », conte Philippe Queste, directeur du site. Entre 1933 et 1936, Werner Von Braun crée un site, pendant de celui de Los Alamos aux États-Unis. Il se situe à Pennemunde, sur la Baltique, inatteignable depuis l’Angleterre. Des milliers d’ouvriers et d’ingénieurs ont œuvré, ainsi que des déportés, dont certains du « train de Loos ».
3 octobre 1942 : c’est le premier vol réussi de la V2 (Vergeltungswaffe 2 ou « arme de représailles ») , d’une portée de 250 à 300 km. Six ans ont suffi aux Nazis pour mettre au point leur fusée. Elle mesure 14 m de haut et emporte 10 tonnes de carburant et de comburant, engloutis en une minute, et peut quitter l’atmosphère terrestre à Mach 5 (5 500 km/h), avec 800 kg de charge explosive. Démentiel.
Fin 1942, dans une région nord de France occupée par les Allemands, Helfaut est choisie à dessein, Londres est à portée de tir. L’ancienne carrière offre une craie friable et facile à creuser. La situation en forêt dissimule une partie de la structure. Le site d’Helfaut a été pensé par Wernher von Braun. Porté par l’organisation Todt, le chantier démarre réellement en 1943 à Helfaut. « Même les bureaux d’études, toujours accessibles, étaient en souterrain, à Hallines », précise Philippe Queste.
« Une nouvelle technique va être utilisée pour le coffrage du béton, l’erdshalung, littéralement coffrage en terre. Tant que la chappe supérieure n’est pas coulée, les bunkers restent fragiles lors d’un bombardement. Les ingénieurs décident de commencer par la chappe supérieure et de couler en dessous », révèle le directeur. Ce qui nous vaut cette demi-sphère en béton, posée sur l’ancienne carrière.
Dès la fin août 1943, Éperlecques, comme Pennemunde, repérés par les Alliés, sont bombardés. Au total, 3 000 tonnes de bombes sont tombées sur et autour de la Coupole. Même les grosses bombes Tallboy anglaises de cinq tonnes ne viendront pas à bout de cette demi-sphère en béton, dont la forme bombée faisait « rebondir » les bombes, qui ne pouvaient pénétrer la structure. Mais elles mettront hors d’usage des centaines de mètres de tunnels destinés à stocker les terribles V2. Et signeront avec le Débarquement et l’avancée des Alliés la fin de la base de lancement, jamais achevée.
L’approche du site suffit à produire son effet. Ce mastodonte de béton évoque la science-fiction davantage que la Seconde guerre mondiale. Et à l’intérieur, c’est encore mieux. Passé le hall, munis d’un Histopad (une tablette numérique), on s’engouffre avec curiosité dans le tunnel d’accès. Dès l’abord, sur la gauche, un énorme générateur d’électricité Schneider en impose.
Plus loin, c’est une exposition sur le « train de Loos », du 1er septembre 1944, qui s’insère dans un espace latéral.
L’accès des trains qui transportent les V2 depuis Pennemunde, à peine ébauché car jamais fini, nous ramène plus de 80 ans en arrière. Sur l’Histopad, c’est du virtuel, mais on comprend facilement comment les V2 descendus des trains devaient être mis à la verticale, avant d’être amenés sur leur pas de tir. Seuls deux murs de la salle de préparation de tir furent réalisés. « C’est une simulation, pour montrer comment le site aurait dû fonctionner. Deux pas de tirs étaient prévus pour 50 tirs de V2 par jour. La capacité de stockage a été estimée à 200 V2 en souterrain », précise Philippe Queste.
Sous la coupole, 42 mètres plus haut accessible par ascenseur, on se rend compte de l’échelle des fusées V2, des bombes volantes V1 et l’on découvre les structures des différents bunkers édifiés par les Nazis. Des expositions thématiques sur la conquête de l’espace, la Libération avec « Le nord de la France dans la main allemande », le camp de Dora ou la vie sous l’occupation complètent l’offre muséographique.
Réhabilitée en 1997 comme un centre d’histoire et de mémoire, la Coupole accueille des chercheurs et étudiants… et bien sûr des visiteurs.
En 2012, pour faire référence à la conquête de l’espace qui a suivi la guerre et à laquelle a participé Wernher von Braun, qui passera après-guerre au service des Américains et participera à la conquête de la Lune, un planétarium vient s’ajouter à l’offre muséographique. Il est modernisé en 2021. L’équipement de 130 places est le plus grand du monde. Et surtout le plus moderne : en qualité 10 K, propulsé par 24 ordinateurs, avec une modélisation de l’ensemble de l’univers en 3D. L’écran lui-même mesure 15 mètres de large. Immersif et instructif.
« Les films projetés vont du dessin animé éducatif pour enfants, au film D-Day, sur le débarquement. À voir aussi : ISS, film où l’on est plongé dans la station spatiale internationale, au milieu des astronautes canadiens », révèle Philippe Queste. Un autre sur les sondes Voyager parties à la fin des années 70, est projeté. Une grande diversité d’univers pour tous. Une préséance animée par un animateur permet, par exemple, de découvrir le ciel du soir, la naissance ou la mort d’une étoile, etc. Durant les vacances, à 11 h se déroule la séance en direct. Elle est animée pendant une heure par les animateurs du musée.
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Fréderic Douchet

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