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19-02-2026

Clim’eau fil, un projet collectif pour gérer l’eau

Face au réchauffement climatique, l’agriculture joue sa survie. Les acteurs territoriaux en sont conscients, et ont décidé de se saisir du problème de la gestion de l’eau dès aujourd’hui, avec des ateliers de sensibilisation, comme le 10 février dernier à Saint-Laurent-Blangy.

Avec le changement climatique la gestion de l’eau devient un enjeu majeur pour le maintien des systèmes agricoles dans la région. © L. T.

Un paysage désertique, une terre craquelée, des cultures qui dépérissent… Ces paysages qui semblent relever de la science-fiction sont déjà visibles lors de certains étés. Mais alors, qu’en sera-t-il en 2050, dans 24 ans ? Comment l’agriculture va-t-elle se prémunir ? Comment peut-elle / va-t-elle s’adapter ? Les Hauts-de-France ont-ils une carte à jouer ? Ces sujets étaient l’objet d’une journée d’atelier à Saint-Laurent-Blangy, le 10 février. Objectifs : réunir les parties prenantes pour décloisonner les réflexions et définir de possibles trajectoires. Un point d’étape a été dressé.

Adapter et atténuer

L’agriculture, qui occupe près de deux tiers du territoire régional, représente un poids économique majeur. Mais aussi environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre (2ᵉ derrière les transports). Elle se trouve donc à la croisée des chemins : s’adapter aux effets climatiques tout en contribuant à leur atténuation. « Il n’y a pas une mais plusieurs solutions », insiste Emmanuelle Clomes, de la Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (Draaf) Hauts-de-France.

En 2050, la France pourrait connaître une hausse moyenne des températures de 2,7 °C, selon le GIEC.

Le projet Clim’eau fil, porté entre autres par les Chambres d’agriculture, les agences de l’eau Artois Picardie et Seine-Normandie avec l’appui de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de la Draaf et de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) et le Conseil régional, vise précisément à co-construire des feuilles de route par filière. Le but ? Accompagner l’agriculture du bassin Artois-Picardie vers des trajectoires compatibles avec la quantité et la qualité de la ressource en eau à l’horizon 2050. Il s’agit de réunir les informations disponibles, d’analyser les variables d’influence, d’identifier les ruptures possibles et d’imaginer des scénarios d’évolution.

Des leviers concrets

Prenons des exemples. Lors des ateliers consacrés aux grandes cultures, pommes de terre, légumes et maraîchage, trois leviers majeurs ont émergé. Le premier concerne les variétés. Leur adaptation au stress hydrique est cruciale, mais leur choix dépend souvent de l’aval. Les participants plaident pour des filières plus locales, un dialogue renforcé entre industriels et sélectionneurs et une facilitation des nouvelles technologies de sélection. Le deuxième levier est la matière organique. Augmenter le taux de matière organique présent dans les sols améliore leur capacité de rétention en eau. Des réseaux d’échanges entre éleveurs et céréaliers pourraient être développés. Troisième axe : la couverture des sols. Couvertures végétales, intercultures, agroforesterie… autant de pratiques favorisant l’infiltration des pluies et limitant l’érosion. Faudra-t-il faire plus ? « Les assolements risquent de changer », prévient Emmanuel Leveugle de la Chambre d’agriculture. D’autres pistes ont été évoquées : binage, agriculture de précision, outils d’aide à la décision pour piloter l’irrigation…

Vers des plans d’action ?

« En 2023, certains nous disaient : « Vous faites du catastrophisme. » Aujourd’hui, les agriculteurs ont compris que le manque d’eau allait devenir un problème économique majeur », observe Isabelle Matykowski de l’agence de l’eau Artois-Picardie. Après une première phase de diagnostic et de priorisation, la seconde phase engagée en 2024 vise à élaborer plusieurs scénarios. Un nouveau séminaire – final cette fois-ci – pourrait se tenir durant l’été afin de définir collectivement les plans d’actions qui seront mis en œuvre. Au-delà des chiffres et des projections, une conviction s’impose : l’adaptation ne pourra être que collective. 

Le climat de la ville espagnole de Bilbao à Lille

Rappel des faits. La démarche Clim’eau fil trouve son origine en 2022. Cette année-là, de violents épisodes de sécheresse frappent le territoire. « Réagir plutôt que subir, mesurer l’impact sur l’eau », résume Pascale Mercier, de l’agence de l’eau Seine-Normandie. Le point de départ s’inscrit dans la continuité du Varenne de l’eau lancé en 2021 à l’échelle nationale pour renforcer la résilience du modèle agricole face aux aléas climatiques puisque le changement climatique n’est plus une projection lointaine. Il est déjà à l’œuvre dans les Hauts-de-France. De 1959 à 2015, la température moyenne a augmenté de 0,3 °C par décennie. « D’ici 2100, Lille devrait avoir le climat de Bilbao », rappelle la présidente de l’agence de l’eau Seine-Normandie. Concrètement, cela signifie des hivers moins rigoureux et deux fois plus de journées estivales dépassant les 25 °C. La pluie, elle, ne disparaît pas… mais elle change. Les cumuls annuels évoluent peu, mais leur répartition devient plus irrégulière. Des épisodes pluvieux plus intenses, des printemps et étés plus secs. Résultat : davantage de ruissellements. Or, dans le bassin Artois-Picardie, 93 % de l’eau potable provient des nappes souterraines. « Étant une région du nord de la France, on en oublie que la pression sur la ressource est réelle alors que nous avons une densité de population deux fois supérieure à la moyenne nationale, une forte activité agricole et des cours d’eau au niveau naturellement bas », rappelle Isabelle Matykowski de l’agence de l’eau Artois-Picardie. 

Dylan Pique 

Lire aussi : Climat : les Hauts-de-France, une terre de vignes en 2050 ? – Terres et Territoires

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