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14-01-2026

Initiative : Une première en France pour Grégory Delassus et son abattoir porcin à la ferme

Grégory Delassus est éleveur bio à Moustier-en-Fagne. Il élève, notamment, des porcs depuis plus de 20 ans. Face à la difficulté de faire abattre ses animaux, l’exploitant a décidé de construire un abattoir sur son exploitation. Une première en France.

Faire les choses bien, dans le respect des animaux, des consommateurs et de l’environnement, c’est le leitmotiv de Grégory Delassus à la tête de la Ferme du beau pays. Il y a 25 ans, ce fils d’agriculteur reprend la ferme de ses parents à Borre dans les Flandres et y lance un élevage de porcs bio plein air. En 2012, il acquiert une exploitation à Moustier-en-Fagne (59). Idéal pour élever ses cochons – mais aussi ses bovins – dans les verts pâturages de l’Avesnois.

De la naissance à la vente…

Grégory Delassus maîtrise pratiquement entièrement la chaîne de production : de la naissance des bêtes jusqu’à la découpe de la viande et la vente. La viande est transformée dans son atelier de découpe basé à Borre et écoulée dans son magasin attenant à l’atelier de découpe ainsi qu’aux Halles de Wazemmes à Lille.

« Il arrive que je fournisse quelques restaurateurs comme Florent Ladeyn, mais c’est toujours eux qui s’adaptent à ce que j’ai, pas l’inverse. » Car Grégory Delassus a un principe : faire coller sa production à sa vente. « Je produis ce que je vends et je vends ce que je produis ! » Huit cochons sont ainsi abattus chaque semaine.

… en passant bientôt par l’abattage

L’unique étape qu’il sous-traite – jusqu’à présent – est donc l’abattage de ses animaux. D’abord à l’abattoir d’Hazebrouck qui a fermé en 2012, puis à celui de Valenciennes qui a, à son tour, baissé le rideau en 2021. Grégory Delassus s’est alors tourné vers celui de Nouvion-en-Thiérache qui a finalement déménagé en 2023 à Gauchy près de Saint-Quentin. Il a ensuite travaillé avec celui d’Hirson qui a fermé brutalement en janvier 2025.

Depuis, il se rend deux fois par semaine à celui de Gauchy. « J’ai été bien accueilli, c’est un bel outil. Mais le problème, c’est la distance. Je dois faire quatre heures de route pour conduire mes bêtes le mardi et à nouveau quatre heures le vendredi pour récupérer les carcasses. Une perte de temps importante et, en plus, cela génère des trajets inutiles pour les animaux », regrette l’éleveur.

Des solutions

Depuis quelques mois, Grégory Delassus étudie donc des solutions alternatives. « J’ai d’abord envisagé de créer un abattoir collectif à l’échelle du canton. Mais d’un point de vue sanitaire, faire venir des animaux de différents élevages est compliqué à gérer. »

L’agriculteur a pris contact avec un spécialiste en la matière : Jacques Alvernhe, président de l’association Pour des abattages paysans. « Il a un œil sur tous les projets de ce type qui se font en France. En échangeant avec lui, nous sommes arrivés à la conclusion que le plus simple serait de créer un abattoir directement sur l’exploitation de Moustier-en-Fagne dédié uniquement aux cochons. Si les normes sanitaires sont les mêmes pour tous les abattoirs, créer un outil sur l’exploitation qui ne servirait que pour mes cochons supprime la nécessité d’avoir une étable supplémentaire pour stocker les animaux avant de les abattre. Il n’y a pas non plus besoin de dispositif de lavage de camions puisqu’il n’y en aura pas. »

Autre avantage pour les cochons : pas de stress durant le transport, les bêtes resteront dans leur univers. Ce sera donc aussi une viande de meilleure qualité pour les consommateurs.

Depuis plusieurs années, l’éleveur cherche à améliorer le bilan carbone de son exploitation.

Sur le plan environnemental également, cela est bénéfique. Depuis plusieurs années, l’éleveur cherche à améliorer le bilan carbone de son exploitation. Les trajets en camion jusqu’à l’abattoir ne l’aidaient clairement pas pour cet objectif. « En internalisant l’abattage, c’est 2 700 litres de gasoil et 7 210 kg de CO2 d’économisés chaque année », calcule Grégory Delassus. « Finalement c’est la solution la plus logique et j’assume la dernière étape manquante, un aboutissement de mon travail. »

Un abattoir fabriqué à partir de modules clé en main

Grégory Delassus travaille donc le sujet : il trouve un fournisseur qui propose un module clé en main, il se forme pour acquérir les bons gestes, les bonnes conduites pour la protection animale, les bonnes pratiques d’hygiène.

Boucler la boucle

Une demande d’agrément a été déposée auprès de la Direction départementale chargée de la protection des populations et… acceptée ! « Le projet, baptisé Abel-P, va donc être lancé. Ce sera le premier abattoir d’élevage porcin à la ferme de France », se réjouit l’éleveur qui est également accompagné par Bio en Hauts-de-France car le futur abattoir de Grégory Delassus pourrait devenir un démonstrateur régional.

« C’est un outil qui pourrait être adapté à tous les éleveurs qui vendent en circuit court », met-il en avant. La chambre d’agriculture accompagne également l’agriculteur pour monter les différents dossiers et notamment ceux des subventions. Car bien évidemment tout cela à un prix : « Celui d’un gros tracteur », indique l’éleveur.

Le financement est donc la dernière étape de son projet. Grégory Delassus espère recueillir le soutien de ses clients, il a donc ouvert une cagnotte en ligne sur la plateforme Miimosa, site de financement participatif pour l’agriculture et l’alimentation, ainsi qu’une possibilité de soutien défiscalisable via le fonds de dotation Citoyens solidaires. L’objectif est de collecter entre 6 000 et 10 000 €. Cela démontrera aussi le soutien de son réseau et des citoyens pour la création de ce premier outil d’abattage porcin à la ferme et permettra de faire levier pour les autres financements. 

L’abattoir devrait être construit d’ici mars ou avril. Une étape importante pour Grégory Delassus qui lui permettra ainsi de boucler la boucle !

Hélène Graffeuille

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Abattoir Élevage porcins Nord

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