« Pour des campagnes vivantes, soyons fermes ! » Le slogan de la Confédération paysanne traduit l’ambition du syndicat paysan qui se pose en « seule réelle alternative » face au duo, ou duel, des deux autres. Trois enjeux de cette élection pour la Confédération paysanne : augmenter le score de 2019 pour atteindre trois ou quatre représentants pourquoi pas, mesurer le poids de chaque syndicat et la représentativité. « Au-delà de 10 % des voix, nous pouvons siéger dans les instances comme la Safer, la CDOA, différents tribunaux… » rappelle le porte-parole du syndicat pour le Nord-Pas de Calais. Antoine Gomel, éleveur de bovins viande et de poulets bio à Wierre-Effroy, qui est tête de liste pour le Pas-de-Calais (collège 1) précise : « L’idée est de pouvoir défendre les projets qui correspondent à nos valeurs, comme nous le faisons actuellement. Pour ça il faut aller voter car une trentaine de voix, c’est 1 % des suffrages en plus. Ça compte. »
Chantal Cornée et Mathieu Glorian étaient les élus de la Confédération paysanne dans le mandat en cours. Si la première se présente pour un troisième mandat « pour accompagner les jeunes », le deuxième raccroche pour cause de difficultés personnelles et professionnelles (la crise de la brasserie et du bio se combinent chez ce paysan-brasseur installé à Gavrelle). Sur le mandat qui s’achève, ils regrettent « l’absence de dialogue interne à la Chambre d’agriculture, qui fonctionne de façon très corporatiste et arc-boutée ». Des ordres du jour et autres motions reçus en dernière minute, une impossibilité d’obtenir des informations à l’instar du déficit XXL, « hérité de la précédente mandature » et sur lequel les élus n’ont obtenu aucune réponse. « Nous ne siégeons pas au bureau et n’avons donc accès à rien. Seuls un changement de mode de scrutin (qui respecterait la proportionnelle et ne fonctionnerait plus sur le principe de la prime au premier, ndlr) ou un changement d’attitude du syndicat majoritaire pourront améliorer les choses », imagine Mathieu Glorian qui rappelle une petite victoire, celle de l’adoption d’une motion en faveur des fromages au lait cru. « Pour le reste, et alors que nous votons toujours les motions qui correspondent à nos valeurs, les nôtres sont généralement retoquées par dogmatisme. Il y a encore du chemin à faire en termes de démocratie syndicale », observe l’actuelle tête de liste du Pas-de-Calais qui regrette « un mépris de base de certains élus majoritaires qui considèrent qu’en dessous d’une certaine échelle, on n’est pas un paysan ». « Une course à l’hectare », abonde Chantal Cornée qui rappelle qu’à force de s’agrandir, les fermes ne seront plus « reprenables ».
Trois thèmes centraux pour le syndicat paysan : le combat pour le revenu paysan, la transition agroécologique liée à la gestion des risques climatiques et la question de la transmission.
Sur le revenu, « pas très juste en ce moment », euphémise Chantal Cornée, maraîchère – arboricultrice à Sémeries et tête de liste pour le collège 1 dans le Nord, l’enjeu du « prix juste ». « Il faudrait corréler le prix de nos produits au coût de production + une rémunération minimale au Smic + les charges sociales de 42 % au minimum », calcule celle qui évoque la nécessité de respect de ce prix juste par les coopératives, la grande distribution ou les industriels ainsi que « l’importance du prix minimum d’entrée » pour les produits importés.
Estelle France, maraîchère bio à Campigneulles-les-Grandes et en deuxième position sur la liste du Pas-de-Calais (collège 1) rappelle, elle, combien les agriculteurs sont en première ligne face au dérèglement climatique et combien dans un même temps « les politiques agricoles actuelles sont un danger pour le climat » parce qu’elles soutiennent « l’agriculture industrielle, grosse émettrice de gaz à effet de serre ». La jeune agricultrice juge que « la seule alternative est l’agriculture paysanne, parce qu’elle préserve les milieux naturels et limite au mieux son impact ». La relocalisation de la production est, aussi, une solution.
Sur la question primordiale de la transmission, Thomas Lefebvre, maraîcher à Auberchicourt, (2e sur la liste du Nord, collège 1) rappelle le sujet crucial du foncier. « La France a perdu 100 000 fermes en dix ans et ce sera 250 000 en 20 ans. Un paysan sur deux va partir à la retraite. » Et alors que l’intérêt pour l’agriculture est croissant, y compris de la part de personnes non issues du milieu agricole, l’accès reste très compliqué. « Il faudrait 1 million de paysans, mieux accompagnés par les chambres d’agriculture qui devraient s’adapter à tous les profils. Il faut aussi un soutien massif aux structures d’accompagnement, soutenir la production alimentaire face à la production d’énergie », exhorte le trentenaire qui appelle aussi à « davantage de transparence dans le domaine du foncier agricole ».
Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne, fait le tour de France en soutien aux listes paysannes, « présentes dans tous les départements », se réjouit-elle. « Nous avons choisi ce métier parce que nous l’aimons mais nous sommes le seul métier à travailler à perte, sans filet de sécurité », pose-t-elle avant de calculer : « Moins 1 000 exploitations dans le Nord ces dix dernières années, idem pour le Pas-de-Calais : ce n’est pas une fatalité mais la conséquence d’une politique économique qui broie les paysans. » En cause, « la concurrence déloyale entre paysans » notamment permise par les traités de libre-échange (et le démontage du McDo de Millau en 1999 par José Bové le dénonçait déjà, ndlr). La porte-parole regrette « l’importation de la moitié des fruits et légumes consommés en France » quand on pourrait les produire, pour peu qu’on soutienne les producteurs. Des choix politiques que « la cogestion historique entre les gouvernements et la FNSEA, responsables de cet échec à garder et rémunérer les paysans » ne font pas. Et pour ne pas oublier « l’autre adversaire », j’ai nommé la Coordination rurale, elle dénonce « le discours hypersimpliste du repli sur soi, les paysans contre le reste du monde : c’est irresponsable de faire croire ça aux paysans. Nous militons pour l’inverse : un maximum de paysans pour des campagnes vivantes. Nous voulons des fermes, pas des firmes. »
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Justine Demade Pellorce

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