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29-01-2025

Élodie Boutelier, mission reforestation

Et si on reforestait nos territoires avec des arbres et arbustes… fruitiers ? C’est le rêve d’Élodie Boutelier, qui a lancé en septembre la pépinière du Bois Gourmand, à Lestrem, une pépinière en agriculture biologique dédiée à la plantation de forêts comestibles.

Kakis, nashis, asiminiers, pacaniers… Ces noms ne vous disent rien ? Ils font pourtant partie des nombreuses espèces fruitières rustiques, qui peuvent pousser en France. À Lestrem, dans le Pas-de-Calais, Élodie Boutelier rêve de faire découvrir cette incroyable richesse fruitière au grand public.

En septembre, la jeune femme de 38 ans a lancé la pépinière du Bois Gourmand, un projet entièrement dédié à la plantation et à la promotion des forêts comestibles. « Une forêt comestible c’est un écosystème qui imite le fonctionnement d’une forêt naturelle, nous explique la pépiniériste. On y fait pousser des arbres et arbustes fruitiers, des légumes, mais aussi des plantes médicinales, ou des essences pour le bois de chauffage. L’objectif d’une forêt comestible, c’est de recréer un écosystème forestier complexe, qui nécessite très peu d’interventions une fois mis en place. »

Sur un terrain personnel d’un peu plus de 2 000 m², Élodie Boutelier cultive en pots une diversité impressionnante de plants : agrumes rustiques, hybrides de pruniers, camérisiers, kiwaïs et mûriers côtoient des variétés plus classiques comme des pommiers et des poiriers. La jeune femme a également implanté sa propre forêt comestible, qui n’en est « pas encore au stade forestier » mais qui « produit déjà quelques fruits ».

Reforestation nourricière

Élodie Boutelier n’a pas grandi à la campagne, mais a toujours ressenti « un lien profond avec la nature ». Née en banlieue parisienne, elle découvre les grands espaces et l’esprit d’équipe grâce au scoutisme. « J’ai fait partie des Éclaireurs de mes 8 à mes 17 ans, c’est là que j’ai appris à observer ce qui m’entourait, en particulier les arbres et les plantes », raconte-t-elle. Cette connexion profonde avec l’environnement ne l’a jamais quittée, au point de trouver les journées d’école un peu trop… ennuyeuses. « J’ai arrêté l’école en classe de première, l’école ce n’était clairement pas fait pour moi ! »

Elle enchaîne alors divers petits boulots dans la restauration rapide avant de décider en 2009, à 23 ans, de s’installer dans le Pas-de-Calais. L’année qui suit, elle obtient un diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU), un équivalent du bac qui lui permet de décrocher un poste dans l’animation auprès des enfants. Pendant sept ans, elle exerce comme auxiliaire de vie scolaire (AESH) dans plusieurs établissements publics de la métropole lilloise, où elle découvre le plaisir de transmettre et d’accompagner.

Cependant, quelque chose lui manque. « J’avais besoin de renouer avec ma passion pour la nature et de construire un projet qui ait du sens », confie-t-elle. Le déclic survient en 2015, lorsqu’elle découvre le film Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent. Ce documentaire porteur d’espoir met en avant des initiatives concrètes pour un avenir durable. « Après avoir vu ce film, j’ai ressenti un élan d’optimisme. C’est peut-être un peu utopique, mais cela m’a donné envie de passer à l’action. » D’abord attirée par le maraîchage, Élodie Boutelier se tourne rapidement vers le métier de pépiniériste, plus en phase avec son amour de longue date pour les fruits. « Depuis que je suis enfant, j’adore les fruits, encore plus que les légumes ! », sourit-elle. En 2019, elle quitte son poste d’auxiliaire de vie scolaire pour se consacrer pleinement à son projet de pépinière.

« Je me suis formée en autodidacte, en lisant et en regardant beaucoup de vidéos sur YouTube, car en France il n’y a pas vraiment de formation dédiée au métier de pépiniériste, c’est dommage », déplore la jeune maman de trois enfants. Afin d’approfondir ses connaissances, elle réalise plusieurs stages pratiques, notamment chez Thomas Parent, à la pépinière du Fruitier, à Le Quesnoy (59), et chez François Soudan des Fermiers Bio, à Beuvry (62). Elle y apprend les bases du métier : greffage, bouturage et entretien des arbres fruitiers.

Puis en 2024, elle valide un brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA) au lycée horticole de Lomme (59), ce qui lui permet d’obtenir la capacité agricole. Elle entre dans la foulée en couveuse d’entreprise avec l’association A Petits Pas, un dispositif qui l’aide à « tester son projet dans un cadre sécurisé » puis lance un financement participatif sur la plateforme Miimosa, récoltant un peu plus de 7 000 euros. « Cette somme m’a permis d’acheter mes premiers pots, 18 m³ de compost et mes premiers pieds mères. J’ai également bénéficié d’un don de 3 500 euros de la part de la marque de jus de fruits Innocents, qui soutient des projets de reforestation locale. Ça m’a permis de me lancer sans faire de prêt à la banque ! », se félicite la pépiniériste.

Patience est mère de vertu

Élodie Boutelier en est consciente, « être pépiniériste, c’est un métier qui demande de la patience. On doit semer dès maintenant des plants qu’on vendra peut-être dans deux ou trois ans ». Côté commercialisation, la pépiniériste prévoit d’ailleurs de vendre ses plants en ligne, tout en établissant des partenariats locaux, notamment avec l’association Réagir qui œuvre dans sa commune pour la réinsertion sociale par le maraîchage biologique.

Avec l’aide de son mari, Élodie Boutelier développe en parallèle un projet associatif visant à planter une forêt comestible pédagogique sur un terrain d’un hectare, mis à disposition par la mairie de Lestrem. « À long terme, j’aimerais en faire un lieu pédagogique. Mon objectif est de sensibiliser la population locale à un nouveau modèle de production agricole, qui s’inspirerait davantage de la forêt et des écosystèmes forestiers. » 

Julien Caron

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