
Elle porte « la Pévèle en étendard », prévient Sophie Wauquier, à peine refermées les portes de la maison « Je travaille au vert » à Mons-en-Pévèle (59) où elle a donné rendez-vous. Elle a grandi à Bersée, bourgade de 2 200 âmes à quelques kilomètres de là, et y vit toujours, avec vue sur le clocher. C’est ce dont elle rêvait.
Elle a appris sur les bancs de l’institut de Genech avant un petit tour à Amiens pour empocher son master en agroproduction et environnement et puis revient dans sa Pévèle adorée. Elle a intégré le Civam, « pour compter les papillons et les lombrics », raconte-t-elle, les étoiles dans les yeux. Car depuis la fin du collège et son immersion dans un parc naturel, la trentenaire sait « qu’elle veut être animatrice au Civam ». Son stage de fin d’études se conclut par une embauche, et le tour est joué. « Ce qui fait que l’encéphalogramme de mon CV semble un peu plat », croit-elle, s’excusant presque de cette continuité.
Pourtant, la ligne, toute droite soit-elle, ne se traduit pas en ennui, loin de là. Car la jeune femme passionnée est profondément convaincue de l’importance de la communication positive sur l’agriculture et y met une énergie débordante. « C’est cool, c’est fun, c’est bon », traduit-elle en improvisant un slogan.
Né après-guerre en France d’une mouvance découlant de l’enseignement agricole, le Civam est arrivé dans les Hauts-de-France en 1971, à l’initiative du proviseur du lycée horticole de Lomme (59), raconte Sophie Wauquier. C’est dans ces murs que l’association garde ses locaux jusqu’en 2020. Le déconfinement est synonyme de déménagement pour l’unique salariée qui déballe ses cartons à deux pas des Moulins Waast qui ont transformé une habitation en lieu de coworking.
« Notre première mission est de défendre et promouvoir les produits fermiers et les savoir-faire », définit-elle avant de passer à la seconde : « Péréniser et développer les fermes en circuits courts. » Pour cela, l’association a deux cartes : les marchés fermiers et les portes ouvertes Tous en bottes.
Depuis 2001 en effet, le Civam propose à ses adhérents – ils sont environ 80 actuellement – d’accueillir et / ou de participer à des marchés fermiers. Au début, il y a quatre rendez-vous par an, tous à Wambrechies. « Cette année, 47 dates, 24 lieux, additionne Sophie Wauquier. C’est signe que ça plaît ! » Malgré l’engouement, en 2023, Sophie Wauquier n’a pu que constater la baisse du panier moyen en circuit court, avec en première coupable, l’inflation.
Certains marchés se tiennent chez des adhérents qui ouvrent les portes de leurs fermes, d’autres dans des lieux publics, des brasseries, « il n’y a pas trop de règles, on va là où on ne nous attend pas forcément », se réjouit la Berséenne, comme devant La Croix ou Pile, au cœur de la forêt de Marchiennes. En revanche, pas de doublons sur les produits. « Il n’y a qu’un boulanger, qu’un brasseur, qu’un apiculteur, qu’un maraîcher, en priorisant toujours l’agriculteur du coin. »
Et puis, l’autre carte prend la forme de portes ouvertes annuelles, baptisées Tous en bottes depuis 10 ans. Auparavant, elles avaient lieu fin avril partout en France. Mais les Hauts-de-France préféraient mettre toutes les cartes « météo » de leur côté et espéraient davantage de douceur en se rapprochant du solstice d’été. Cette année, elles ont lieu du 7 au 9 juin, dans plusieurs points de la région qui ont chacun comptabilisé entre 30 à 150 personnes.
Les enfants jouent le jeu et viennent en bottes, sourit l’animatrice. « On veut qu’il y ait une visite guidée à chaque fois, insiste-t-elle, pour que les gens repartent avec de l’information sur l’agriculture : c’est la fondation ! » On, c’est elle, en partie, mais pas seulement : le Civam s’appuie sur le réseau de ses adhérents, « qui se retrouvent entre pairs, entre gens qui regardent dans la même direction ».
Parmi eux, beaucoup ont eu plusieurs vies professionnelles et écrivent une nouvelle page chargée de sens. Ce sont, eux, les adhérents, qui imaginent « les grandes lignes qui vont colorer l’année. » À l’époque de son stage, c’était la biodiversité qui l’a amenée à compter les lombrics. Aujourd’hui, s’est ajoutée la formation, qui est voulue souple pour s’adapter à la demande, à l’actualité. « Shiatsu sur chaise, nouvelles normes des étiquettes, construction de toilettes sèches, acuponcture sur vache, réseaux sociaux, on y va ! », cite-t-elle, restant à l’affût.
L’envie est là : que ses adhérents – qu’elle connaît « par cœur » – se développent et vivent de leur passion ; que le Civam aussi, bien sûr, se développe et « continue à avoir le soutien » qui lui permette d’être « cet électron libre dans un maillage » alliant Civam national et réseau local, poursuit-elle en citant la Région, les parcs naturels, l’Agence de l’eau, le Point info diversification.
Sophie Wauquier aimerait aussi voir émerger un groupe Civam au versant sud de la région, où le réseau est encore peu présent. Pour cela, il faudrait que « des agriculteurs et des ruraux se rassemblent pour innover sur leurs territoires », car l’idée du Civam est bien là : « dynamiser nos campagnes ».
Louise Tesse
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