
Dans les Hauts-de-France, ils sont de plus en plus à se lancer dans la filière vitivinicole. Il faut dire qu’avant 2016, « c’était interdit. La loi ne permettait pas de planter de la vigne en dehors des bassins vitivinicoles historiques. Puis, les pouvoirs publics, pour plusieurs raisons, ont changé d’avis », rappelle Elie Talaga, fondateur de Photosynterre, entreprise de conseil spécialisée dans la vigne, « de la terre au verre ».
Parmi ces raisons, probablement les effets de plus en plus visibles du réchauffement climatique et la volonté d’ouvrir les possibilités afin de maintenir un marché de la vigne dynamique, face à des voisins belges ou anglais qui n’ont pas attendu les Français pour faire le pari de la vigne.
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Aussi, depuis cette date, dans les Hauts-de-France, les initiatives se multiplient. Bilan, analyses et perspectives avec Elie Talaga, qui est également agronome et œnologue (ça aide !).
Dans une étude agro-œnologique de terrain sur le développement de la filière vitivinicole dans le nord de la France réalisée par Photosynterre en 2023, 80 exploitations viticoles ont été recensées sur le territoire pour environ 100 ha de vignes contre 3 800 ha en Angleterre ou encore 800 ha chez nos voisins belges. « Plus de 90 % des plantations se font sur des exploitations agricoles déjà existantes. On est donc vraiment sur de la diversification et on a très peu de création complètement ex nihilo de vignoble. » Quant au cépage choisi, il est à 95 % du chardonnay !
En termes économiques, Elie Talaga estime à 35 000 euros, en moyenne, le coût d’installation d’un hectare de vigne (hors foncier, à raison de 5 000 pieds par hectare) et à 100 000 euros l’investissement moyen en matériel d’entretien et de transformation. Sachant qu’il faut compter environ trois ans avant la rentrée en production de la plantation.
Sur le territoire, on comptait jusqu’à récemment deux types d’acteurs de la filière : Ternovéo et les autres. « Ternovéo a joué un rôle important dans le développement et la reconnaissance de la filière dans les Hauts-de-France. Mais c’est un négoce, il rachète le raisin et le fait vinifier. Ce ne sont pas des vignerons », décrit Elie Talaga. En septembre, une vingtaine de vignerons indépendants ont créé l’association des Vignerons des Hauts-de-France avec l’objectif de garantir leur savoir-faire de vigneron et la qualité de leurs productions. « Seuls les vignerons ayant déjà planté ou ayant un projet de plantation avec pour objectif de vinifier eux-mêmes peuvent rejoindre l’association, et toute nouvelle adhésion doit être approuvée par le bureau », explique dans un communiqué de presse ladite association.
Pour Elie Talaga, « c’est une bonne chose car ça manquait sur le territoire ». En effet, dans son étude, Photosynterre identifiait déjà que le manque d’une association était pénalisant pour animer la filière et donc organiser et mettre en place du conseil, de la prestation de services et le suivi de la production.
En 2024, l’ensemble des vignobles ont tous sorti leurs cuvées (certains pour la première fois). Que des vins blancs. Et c’est là que pour Elie Talaga, les Hauts-de-France ont peut-être loupé un coche.
« On a planté du chardonnay, qui est l’un des cépages le plus présent dans le monde, et on en a fait du vin blanc, ce que font la majorité des vignerons qui plantent du chardonnay. Or, on est sur le marché français : des vins blancs à base de chardonnay, je peux en citer des centaines. La concurrence est extrêmement forte ! En Belgique et en Angleterre, bien sûr que c’est une bonne idée mais ici, je n’en suis pas certain. »
Selon l’œnologue, les Hauts-de-France ont une chance inouïe, celle « de la page blanche. Nous n’avons pas d’AOC donc on peut faire ce qu’on veut, tester des choses. On peut penser à implanter des cépages différents comme les cépages résistants qui sont issus d’un processus de sélection variétale les rendant plus résistants aux maladies fongiques. Ainsi, les Hauts-de-France pourraient proposer des vins sans utilisation de produits phytosanitaires par exemple… »
Dans les formats proposés également, Elie Talaga regrette un certain classicisme : « On aurait pu penser à des fûts pourquoi pas ? Des canettes, des bouteilles en lin, en carton… » Dans les lieux de vente également, ne pas se contenter des cavistes et restaurants…
« Les Hauts-de-France ont une chance inouïe, celle « de la page blanche. On peut faire ce qu’on veut, tester des choses. »
Elie Talaga, fondateur de Photosynterre
Mais c’est surtout sur le produit fini que selon Elie Talaga, les Hauts-de-France ont un boulevard d’opportunités : « On pourrait mixer œnologie et zythologie (étude de la bière, ndlr). On peut utiliser des méthodes de vinification innovantes, faire des assemblages qui détonnent ! Le grand avantage de la page blanche c’est ça : c’est qu’on peut tester et toujours améliorer. »
Aussi, pour lui, « dans ce milieu qui est extrêmement concurrentiel, la filière vitivinicole (l’ensemble de la viticulture et de la vinification, ndlr) des Hauts-de-France aurait tout intérêt à jouer la différence pour durer ! Il y a un très bel avenir et un très beau potentiel agronomique pour les vignobles du nord de la France. »
Eglantine Puel

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