Vendredi 7 juin, lorsqu’Agnès Pannier-Runacher entre dans le café Chez Muriel, le soleil brille sur le Pas-de-Calais. Le coup de tonnerre du surlendemain n’a pas encore ébranlé le pays, les élections européennes se conjuguent toujours au futur proche. La ministre déléguée à l’Agriculture et à la Souveraineté alimentaire, en poste depuis février dernier, est une habituée des lieux. Elle fait la bise à la patronne et commente les résultats des Sang et or. La ferveur du football coule dans les veines de cette Marseillaise, Lensoise d’adoption, qui retrouve au stade des valeurs de partage et de brassage culturel.
Grimpant toujours plus au nord au fil des rencontres et des années, elle a passé autant de temps dans le privé que dans le public, calcule-t-elle. « Rien ne me prédisposait à m’engager en politique », sourit celle souvent présentée comme « la ministre des crises », entrée au gouvernement par la porte Bercy. Quand vient la pandémie, elle se voit confier la tâche de reconstruire une filière tandis que la France fait face à une pénurie de masques. Elle négocie avec les laboratoires l’accès à des doses de vaccins et fait en sorte que l’Europe s’empare du dossier. Puis elle porte la relance industrielle.
En 2022, la Première ministre et le Président de la République lui attribuent le portefeuille du climat. Elle obtient la reconnaissance du nucléaire dans la politique énergétique européenne et la sortie des énergies fossiles lors de la COP 28. « Le nucléaire est un levier incontournable et noble de la transition énergétique », réaffirme celle qui n’hésite pas à « nommer l’ennemi : l’énergie fossile ».
En février 2024, elle est nommée ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, en pleine crise agricole « toujours avec cette force : réussir à faire courir les gens ensemble », image-t-elle. Ses convictions sont sa force, son pragmatisme sa solution. Son baptême du feu a pour décor le Salon de l’agriculture, « moment très tendu où l’accueil est positif lorsque les caméras s’éclipsent ».
Le monde agricole, elle l’a déjà rencontré lors de la crise du covid : il fallait bien « assurer l’approvisionnement, de la ferme aux cuisines des Français », relate-t-elle. Via sa carte énergie, également, à travers la méthanisation et l’agrivoltaïsme.
L’enjeu aujourd’hui, est bien que « les promesses soient mises en œuvre et palpables, le plus vite possible dans les cours des fermes ». Tous les engagements seront « mis en œuvre en 2024 », assurait-elle avant que l’Assemblée nationale ne soit dissoute, mettant sur pause certains dossiers aux premiers rangs desquels la loi Egalim et celle d’orientation agricole. Un suivi mensuel est publié en ligne, gage de grande transparence, clame la ministre. « Néanmoins, le travail de simplification administrative demande de modifier des pans entiers de politiques », ce qui ne se fait pas du jour au lendemain.
Sur la vision de l’agriculture du Président Macron, Agnès Pannier-Runacher le réaffirme, « il n’y a pas d’ambiguïté, notre objectif est de produire. Ce qui est difficile dans un contexte de dérèglement climatique et d’effondrement de la biodiversité. » Les agriculteurs en sont d’ailleurs les premiers témoins, les victimes et la solution, assure-t-elle. « Si on nie le dérèglement climatique – comme le fait l’extrême-droite – on tue l’agriculture. L’impact n’est pas théorique, il est majeur sur le revenu des agriculteurs. »
« La souveraineté alimentaire est l’une des clés, d’autant que l’on a la chance d’être en France, bénie des dieux ! La production énergétique passera toujours derrière la production alimentaire et les puits carbone », hiérarchise la ministre.
Si la vision nationale est nécessaire d’un point de vue stratégique, les projets se créent sur les territoires. Les projets alimentaires territoriaux (PAT) en sont un exemple, « un élu qui s’intéresse à ce qui se passe dans ses cantines est forcément gagnant ».
Au gré de ses déplacements sur le terrain, la ministre se dit « impressionnée par certains agriculteurs à la pointe de l’innovation ». L’innovation, d’ailleurs, permettra de répondre à certains défis. L’eau, qui doit mériter un « raisonnement systémique », la capturer quand elle est excédentaire pour la réinjecter quand elle vient à manquer. Pour cela, Agnès Pannier-Runacher veut ici aussi simplifier les processus administratifs des projets d’irrigation, de stockage, etc.
Le renouvellement des générations, autre défi du XXIe siècle, qui, pour être relevé, doit montrer « un métier désirable, reconnu. »
Les alternatives aux phytosanitaires, pour lesquelles le gouvernement français est le premier en Europe à mettre autant de moyens sur la recherche d’alternatives : un milliard d’euros sur trois ans, additionne-t-elle.
Ministre des crises, Ministre des défis.
Louise Tesse
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