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26-02-2026

« J’ai eu une deuxième chance », greffé du cœur à 17 ans, Antoine Sénéchal témoigne sans relâche

Greffé du cœur à 17 ans après une cardiomyopathie hypertrophie héréditaire, Antoine a transformé l’épreuve en engagement.

Alexandre Sénéchal lors d’un congrès à Niort. © Adot

La vie n’a pas de prix. Ça, Antoine Sénéchal le sait bien. Il en mesure chaque battement. Né le 19 novembre 2000, il grandit dans une famille où plane l’ombre d’une maladie cardiaque héréditaire. Son père est atteint d’une cardiomyopathie hypertrophique, une pathologie qui épaissit progressivement le muscle du cœur. « Jusqu’à mes 11 ans, je vivais comme tout le monde. » Antoine a une sœur cadette et un frère plus jeune. Ce dernier est suivi très tôt. Pour lui, les contrôles existent mais rien d’alarmant en apparence. Les analyses génétiques révéleront plus tard un implacable concours de circonstances. Sa mère est porteuse d’un gène sans le savoir, son père en possède deux. Antoine hérite de la combinaison la plus sévère. Il sera le seul, avec son père à développer la maladie.

À la recherche d’un « grand » cœur

Adolescent, les symptômes progressent. Les escaliers deviennent des obstacles. Au bout d’un moment, monter un étage nécessite plusieurs pauses. « Je m’arrêtais toutes les quatre marches. » Les médecins évoquent une intervention pour réduire l’épaississement du muscle cardiaque. « Le problème, c’est que cet acte risquait de me causer des infarctus », explique le jeune homme. Une seule option s’impose alors… la greffe. Il est inscrit sur liste pédiatrique, ce qui lui permet d’être prioritaire. Antoine se rappelle très bien du jour où il a appris qu’un cœur allait lui être greffé. « C’était durant la nuit », un peu comme si son corps savait, « je m’étais réveillé peu de temps avant que le téléphone sonne ». Dans la maison, l’émotion reste contenue. La pudeur familiale reste de mise, même lors de très bonnes nouvelles. Le 1er août 2018, à l’aube de sa majorité, il reçoit un nouveau cœur.

Pour un nouveau départ

La suite est faite de patience et de discipline. Traitements antirejet lourds, système immunitaire fragilisé, contrôles réguliers. Six mois plus tard, il reprend les cours. Le sport, dont il n’était « pas forcément fan », devient un défi : reconstruire, renforcer, chouchouter ce cœur donné. « J’ai eu une deuxième chance, à moi d’en faire quelque chose. » Du donneur, il ne sait rien, sinon qu’il avait sensiblement le même âge. Une pensée, toujours : « Merci à lui ou à elle. Et merci à la famille qui a accepté. » Cette reconnaissance devient un moteur. Antoine s’engage dans la sensibilisation au don d’organes. Il rejoint Cardiogreffes dans le Pas-de-Calais puis devient président d’Adot (Associations pour le don d’organes et de tissus humains) dans le Nord. Réunions publiques, interventions en lycées, forums santé : il témoigne sans relâche dans l’espoir que cela paye. Et justement, il y a quelques jours, l’Agence de biomédecine révélait qu’en 2025 : 6 148 greffes d’organes ont été réalisées en France, soit 95 de plus qu’en 2024. C’est le nombre le plus élevé jamais enregistré, mais cette progression reste contenue (+ 1,5 %). « C’est un premier pas mais on peut faire plus. Travaillons sur les refus qui restent encore nombreux. Si on diminue de 1 %, c’est cent dons en plus. Dans les Hauts-de-France, les refus représentent environ 40 %, soit au-dessus de la moyenne nationale.« 

Un livre pour rendre hommage à son père

L’écriture, elle, s’est imposée progressivement. Après la greffe, il ressent « l’envie d’écrire pour partager son témoignage ». Puis le drame survient. Le 3 septembre 2024, son père, atteint de troubles bipolaires, met fin à ses jours. Le choc est immense. L’écriture du livre devient nécessité. Publié en juin 2025 aux éditions Panthéon, La vie n’est pas un jeu prend la forme d’un ouvrage autobiographique. Avec cette certitude : « La vie peut s’arrêter du jour au lendemain. »

Aujourd’hui, il ne connaît pas de complication majeure. Et, il se projette. Devenir père, un jour… il le souhaite. « La recherche avance sur les maladies génétiques. Je peux croire qu’un jour la science permettra à mes futurs enfants de ne pas subir le même sort », espère-t-il. Antoine Sénéchal avance avec ce cœur reçu comme « une seconde chance ». Un cœur qui bat pour deux, peut-être. Mais surtout pour tous ceux qui attendent encore…

Dylan Pique 

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