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| Par Maxime Schilt
Depuis sa prise de fonction, Yann-Gaël Amghar passe beaucoup de temps sur la route. Arrivé à la tête de l’Agence régionale de santé (ARS) Hauts-de-France en juin, son agenda se remplit de rencontres avec les professionnels, les élus ou encore les établissements de santé. « Je sais que je vais tous les voir. Le plus difficile, c’est de décider dans quel ordre », sourit-il. Une façon de prendre le pouls d’une région qu’il connaît déjà, mais qu’il découvre désormais sous un autre angle : celui de la santé.
Après une carrière largement consacrée à la conception et au pilotage des politiques publiques à l’échelle nationale, le nouveau directeur veut voir comment celles-ci vivent une fois confrontées au terrain. « Le grand plus avec l’ARS Hauts-de-France, c’est que je vais enfin attaquer la déclinaison territoriale des lois et des grands projets. »
Yann-Gaël Amghar travaille depuis ses 18 ans et a construit toute sa carrière dans les administrations de la santé, des affaires sociales et de la Sécurité sociale. Cabinets ministériels, direction de l’Urssaf, passage par Matignon : les fonctions changent mais le fil ne rompt jamais. « C’est un parcours continu. »
Un parcours qui lui a longtemps donné une vue depuis Paris. Désormais, il veut regarder dans l’autre sens. « Je pense qu’il est important de vivre la limite de l’approche purement nationale. » Car derrière une politique pensée pour tout le pays se cachent des réalités démographiques, sociales ou sanitaires très différentes. « Il est indispensable de venir se confronter aux particularités territoriales. »
Les Hauts-de-France lui offrent un terrain d’observation particulièrement contrasté. Territoires urbains et ruraux, disparités dans l’offre de soins, indicateurs de santé publique dégradés, conséquences des habitudes de vie mais aussi de l’histoire industrielle et agricole de la région : les enjeux ne se posent pas partout de la même manière.
Cette nécessité de partir du terrain, il l’avait déjà éprouvée à la tête de l’Urssaf. À ce premier poste opérationnel, il prend l’habitude d’aller à la rencontre des équipes régionales pour construire les projets avec elles. Une expérience qui ancre une conviction : « Les décisions nationales ne sont bonnes que si elles intègrent les territoires. »
Yann-Gaël Amghar vit à Lille depuis 2019, tout en ayant continué à travailler à Paris. Lorsque l’opportunité de prendre la direction de l’ARS se présente, il n’est pas en embuscade. « Je n’étais absolument pas dans la posture d’attente du poste. Ça n’aurait pas été sympathique du tout pour celui qui était en place ! » Mais son installation dans la région est connue et sa motivation aussi. « L’opportunité s’est présentée, j’étais très enthousiaste. »
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Ces années passées dans le Nord lui ont déjà permis de se familiariser avec la diversité régionale. Une métropole lilloise elle-même très contrastée, le littoral, le bassin minier, les territoires agricoles… Il évoque aussi ce qui a façonné les Hauts-de-France, de la révolution industrielle aux guerres et aux crises successives. « Tout cela imprègne profondément la culture de la région. Je pense que ça donne forcément une approche plus intuitive. »
Reste maintenant à traduire cette connaissance en action. Avec un fil rouge : « la santé de la population ». Et pour Yann-Gaël Amghar, celle-ci ne commence pas à la porte de l’hôpital. Il y a bien sûr l’accès aux soins, avec la nécessité de rééquilibrer l’offre dans certains territoires. Le nouveau directeur évoque le travail mené avec les élus et les professionnels autour des maisons de santé, mais aussi l’enjeu d’attirer les futurs médecins dans les zones qui en manquent. Les promotions plus importantes qui se préparent constituent, selon lui, « une occasion unique à ne pas manquer ».
Mais il insiste tout autant sur « l’amont ». Tabac, alcool, nutrition, sédentarité ou facteurs environnementaux : agir sur la santé suppose de travailler sur tout ce qui augmente les risques de maladie et de mortalité. « Pour avoir un impact, nous devons travailler sur l’ensemble des facteurs. »
Parmi ses préoccupations figure aussi la santé mentale, dont la situation s’est, souligne-t-il, dégradée depuis le Covid-19. « C’est le mal de notre époque, c’est essentiel. » L’ARS finit de déployer le service d’accès aux soins en santé mentale dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il permet de passer par le 15 pour obtenir une première évaluation et être orienté vers une prise en charge adaptée.
Interrogé sur ce qui l’a conduit vers son domaine de carrière, Yann-Gaël Amghar hésite. Il ne sait pas exactement. Peut-être sa mère, qui travaillait dans le milieu hospitalier ? Oui, il sent bien que grandir avec elle l’a rendu plus sensible à ce qu’il appelle « les politiques de la vie et de l’humain ».
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« Derrière chaque décision, il y a des enjeux directs sur les conditions de vie, la santé, la mortalité. » Après avoir longtemps contribué à penser ces politiques depuis l’échelon national, le voilà désormais chargé de les confronter à une région, à ses contrastes et à ses habitants. Un changement d’échelle plus qu’un changement de cap.
Maxime Schilt

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