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| Par Hélène Graffeuille

Il y a quelques années encore, Julien Bing pouvait jouer devant… huit personnes. Aujourd’hui, il lui arrive d’entrer sur scène sous une standing ovation. Au Kursaal de Dunkerque en mars dernier, l’enfant du pays raconte avoir vécu ce moment comme une première : « Je rentre, les gens se lèvent, je n’ai même pas fait une blague ! »
Entre ces deux scènes, il y a beaucoup de travail, de la persévérance et surtout un rêve d’enfant que Julien Bing n’a jamais lâché. « Petit, je n’étais pas le plus intelligent, pas le plus beau, j’avais les oreilles décollées, on m’embêtait parfois avec cela… Finalement, c’est par l’humour que je me faisais ma place », raconte-t-il. Et d’ajouter : « Faire rire, c’est mon essence, je ne peux pas faire autre chose. »
S’il souhaite en faire son métier, le jeune Julien Bing, qui grandit à Dunkerque, se dirige d’abord dans une voie assez conventionnelle : « Je passe le bac, je poursuis mes études, puis je travaille pour un bailleur social », explique-t-il.
Une rencontre va changer le cours de sa vie, celle de sa meilleure amie, Carole Kelly : « Elle me parle du Spotlight (scène ouverte dédiée aux jeunes humoristes à Lille, ndlr), et m’y inscrit. Si je ne l’avais pas rencontrée, je ne sais pas si j’en serais là aujourd’hui », admet-il. En 2017, à 31 ans, le Dunkerquois fait alors ses premiers pas sur scène en tant qu’humoriste. En 2020, il est repéré par Guy Marseguerra, à la tête de Verone productions.
Une autre rencontre qui accélère son parcours. Julien Bing décide alors de tout lâcher pour se consacrer à ce qu’il a en tête depuis des années : faire rire les gens. « J’ai l’habitude de me poser 15 000 questions avant de prendre une décision, mais pas à ce moment de ma vie car c’était maintenant ou jamais pour moi ! »
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Mais arrivent le covid et ses confinements : « Je me retrouve sans travail, je ne peux pas monter sur scène, je me sépare aussi… » Plus de travail, plus de scène, plus de vie de couple : il se retrouve enfermé, avec des revenus qui ont chuté. Le timing n’est pas idéal, doutes et angoisses s’installent… « Si j’avais su par quoi je serais passé, pas sûr que j’y serais allé », reconnaît-il. Avant de retrouver son réflexe habituel : l’humour. « Mais comme disait Churchill : si vous traversez l’enfer, continuez à avancer », plaisante-t-il. Malgré les difficultés, pas question pour lui de lâcher. « Heureusement aussi, que ma famille et mes amis étaient derrière moi. Tout le monde m’a dit « fonce » », confie-t-il.
La crise sanitaire passe, la vie reprend son cours et Julien Bing remonte sur scène. « Les trois premières années ont été très compliquées, je jouais parfois devant… huit personnes ! » Pour autant, jamais il n’a jamais regretté sa décision de tout plaquer car les salles sont peut-être loin d’afficher complet mais les (quelque) spectateurs qui sont là rient. Et c’est bien l’essentiel ! Julien Bing est fait pour faire rire, encore faut-il que les gens le connaissent.
C’est finalement grâce aux réseaux sociaux que sa notoriété prend de l’ampleur. Le Nordiste y poste de petits sketchs ou encore des impros de ses spectacles. Ses sujets de prédilection : la famille, l’amour et l’amitié. Des thèmes universels où chacun peut se reconnaître : « Je suis attentif à ce que je vis, ce que les gens autour de moi vivent. Je suis souvent dans la lune, j’entends parler de quelque chose, j’en fais un film dans ma tête et cela finit en sketch. » Julien Bing prône « un humour qui rassemble plus qu’il ne divise », pas de blague sur des faits divers, pas de politique non plus ! Il préfère observer le quotidien et transformer les petites choses de la vie en matière comique.
Chez Julien Bing, faire rire permet aussi d’exorciser et de relativiser les angoisses, les doutes et autres remises en question, un monsieur tout le monde finalement que le succès n’a pas apaisé : « Je stresse tout le temps. Au début c’est parce qu’on a peur de ne pas y arriver et une fois que ça marche, on a peur que ça s’arrête… Et puis, un moment on se pose et on essaie de prendre un peu de recul sur tout cela ! » D’autant que pour le moment, l’humoriste n’a pas vraiment de quoi s’inquiéter, il entame les dernières dates de son spectacle The last Bing tour et contrairement à ses débuts, les salles se remplissent bien (alors ne tardez pas).
Et la suite ? Évidemment que cet anxieux de nature y pense déjà : s’il rêve de cinéma, il ne veut pas s’éloigner de la scène trop longtemps. « Je planche sur mon prochain spectacle. Cette fois il parlera de l’enfant du milieu – la place qu’il occupe dans la fratrie. À cette place, on est entre le marteau et l’enclume, ni la légende réservée à l’aîné, ni le petit chouchou, rôle du dernier… » Et il prévient déjà : « Ça va taper fort ! »
Hélène Graffeuille

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