Philippe Vasseur fait partie des figures politiques de la Ve République. Personnage emblématique, profondément attaché au terrain, au parcours professionnel atypique, il s’est mis en retrait de la vie publique depuis une dizaine d’années dans la ville qui l’a vu naître il y a 83 ans, le Touquet. Ne comptez pas sur lui pour commenter la vie politique, « en disant ce que j’aurai fait à leur place, je n’aime pas ça ! Aujourd’hui, je me pose en spectateur ».

Journaliste il a été (pendant près de 20 ans) et journaliste il restera. Rédacteur en chef des Échos, chef du service économique et social de TF1, rédacteur en chef puis directeur de la rédaction économique du Figaro : « Aussi petit que j’étais, j’ai toujours eu envie de faire ce métier ». Quant à la politique, il précise qu’il « a toujours eu de l’intérêt pour la chose publique et la Région ».
C’est alors naturellement qu’il s’engage en 1986. Alors rédacteur en chef du Figaro économique, il est élu député du Pas-de-Calais, sous l’étiquette UDF : « C’est la seule année, où l’élection a eu lieu à la proportionnelle départementale, deux ans plus tard, on passait au scrutin de circonscription ». Dans un département traditionnellement à gauche, Philippe Vasseur devient l’un des premiers députés de droite élu depuis des années. Après cinq ans de présidence mitterrandienne, ces législatives amènent une première cohabitation avec la droite conduite par Jacques Chirac.
À ceux qui le fustigent – « on disait : « c’est un économiste que connaît-il à la réalité du terrain » ! »-, il répond par son omniprésence sur sa circonscription. Élu sur un territoire rural, qui fédère huit cantons, et sans connaissance particulière du monde agricole, Philippe Vasseur enchaîne les rencontres et consulte : « J’ai fait un travail de journaliste. J’ai écouté tous les acteurs du terrain, tous ceux qui avaient quelque chose à dire et j’ai confronté leurs discours ».
Il se rapproche alors de l’ensemble des responsables syndicaux : Jean-Marie Raoult, président de la FDSEA du Pas-de-Calais ; Dominique Ducroquet, président de la confédération générale des planteurs de betteraves ; Michel Compiègne, responsable syndical qui deviendra président de la Safer Flandres Artois, Marc Buet, président de la caisse régionale du Crédit Agricole du Pas-de-Calais…
« C’étaient des poids lourds du secteur agricole, des personnes avec lesquelles on pouvait discuter. Quand je consultais, je recevais tout le monde sans distinction ce qui ne m’a pas empêché d’avoir une relation privilégiée avec la FDSEA », poursuit-il. À l’Assemblée nationale, il intervient d’ailleurs beaucoup sur le volet agricole. Durant ces neuf années de députation, il tisse des liens avec Jacques Chirac, que l’on sait profondément attaché au monde agricole. « Un jour, j’étais en vacances, il appelle sur mon portable, car Chirac appelait toujours directement les gens ! Et il me dit « demain j’annonce ma candidature à la présidentielle dans la Voix du Nord, tu me suis ? » »
En pleine campagne électorale, il lui demande de l’accompagner au Salon de l’agriculture : « On s’installe dans sa CX et là il me dit : « Dis donc, tu as une sacrée cote avec les agriculteurs, t’es une rock star, tu ne serais pas en train de prendre ma place ! » » Quand viendra le temps quelques mois plus tard de constituer le gouvernement, celui que certains prédestinent à l’industrie ou l’économie, tombera sous l’arbitrage du président : « Vasseur ce sera l’agriculture ».
Débutent alors deux années marathon, « aussi denses que passionnantes », marquées par la crise de la vache folle. « C’était terrible, reprend l’ancien ministre. Ça reste un moment fort de ma carrière. Il fallait restaurer la confiance, gérer les situations de crise et la crise sanitaire. Finalement on a réussi à mettre un milliard pour indemniser les éleveurs qui avaient subi cette crise. »
Mais Philippe Vasseur ne peut raconter cette période sans évoquer son grand regret : « Il nous a manqué, en 1997, une année pour faire passer la loi d’orientation agricole, alimentaire et forestière… » Durant plus d’un an, il lance une vaste consultation du monde agricole, à la demande de Jacques Chirac, « Mais nous n’avons pas pu l’amener jusqu’au bout, la dissolution est arrivée trop vite. »
Toutefois, il restera de son passage au ministère de l’Agriculture beaucoup d’avancées comme le travail qu’il a entrepris pour favoriser l’installation des jeunes agriculteurs, celui sur la valorisation des productions françaises en lien avec la qualité des produits, la sécurité alimentaire, etc.
Et il aura aussi été parmi les premiers à poser les bases du développement de l’agriculture biologique : « J’ai toujours pensé qu’il y avait différents types d’agricultures, l’essentiel étant que chacun trouve sa place ».

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