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15-07-2026

À Lewarde, le Centre historique minier amorce sa transformation pour ses 40 ans

Quarante ans après sa création, le Centre historique minier de Lewarde engage sa transformation. Entre restauration patrimoniale et nouvelle muséographie, il veut relier mémoire minière et enjeux d’avenir.

5 minutes

Lewarde – Centre minier : Le puits n°2 s’efface derrière les bâches le temps de sa restauration. © M. S.

Le chevalement du puits n°2 disparaît derrière son imposant cocon métallique. Depuis plusieurs mois, les visiteurs du Centre historique minier de Lewarde découvrent le symbole du site enveloppé d’échafaudages et de bâches. Le chantier culmine à 35 mètres de hauteur : 1 500 m² de couverture à remplacer, 3 000 m² de peinture à reprendre et des éléments métalliques restaurés en atelier avant leur remise en place.

Cette première phase de travaux vaut aujourd’hui au musée la deuxième place au Grand Prix du patrimoine et tourisme local 2026. Avec le prix vient une enveloppe de 125 000 €. Mais derrière cette actualité patrimoniale se dessine une réflexion plus profonde sur l’avenir du site.

Déjà lorsque le Centre historique minier figurait parmi les douze finalistes du Grand Prix, Luc Piralla, son directeur, se réjouissait : « Cela montre l’attachement du territoire à son musée ». Une reconnaissance bienvenue dans un contexte où les financements de la culture demeurent fragiles.

« Un lieu de passage dans la vie régionale »

À Lewarde, il ne s’agit plus seulement de conserver la mémoire de la mine. Quarante ans après la création du musée, ses responsables s’interrogent sur la manière de transmettre cette histoire à des générations qui n’ont jamais connu l’exploitation du charbon.

Le Centre historique minier occupe une place singulière dans la région. « C’est un lieu de passage dans la vie régionale, commence le directeur. On le découvre enfant avec une sortie scolaire. On y revient plus tard avec un regard adulte. On y retourne encore pour le montrer à sa famille, à ses amis de passage. Tout autant pour montrer ce site que pour donner une idée de ce que c’était la mine. »

La dimension mémorielle reste au cœur du projet. Pourtant, le directeur estime que le musée ne peut plus se contenter de faire revivre le passé. « C’est important de ne pas jouer uniquement sur la nostalgie », affirme-t-il. Une évidence à ses yeux alors que les témoins directs de l’épopée minière se font chaque année plus rares.

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Lorsque le Centre historique minier ouvre ses portes dans les années 1980, les dernières fosses de la région ferment progressivement. Le bassin minier traverse alors une période douloureuse. « Les mines viennent de fermer, la blessure est encore ouverte pour la région. Le deuil se fait doucement », rappelle Luc Piralla. À cette époque, l’urgence consiste à sauvegarder une mémoire menacée de disparition.

Quarante ans plus tard, le contexte n’est plus le même. Les enfants qui visitaient le musée lors de son ouverture sont devenus parents ou grands-parents. La distance historique permet d’aborder autrement cette période. Le directeur souhaite désormais enrichir le récit proposé aux visiteurs.

Un virage à l’heure des transitions

Le parcours actuel présente principalement l’histoire du charbon, sa formation géologique et son exploitation industrielle. Une approche qui correspondait aux attentes de l’époque. Mais pour Luc Piralla, il faut désormais replacer cette aventure dans une histoire plus large de l’énergie.

Il ne s’agit pas de jeter la pierre. Au contraire. « Il faut être fier de nos mineurs, ils ont beaucoup donné à la France », insiste-t-il. L’objectif est d’expliquer pourquoi cette énergie s’est imposée pendant plus d’un siècle et pourquoi la société française a ensuite choisi de s’en éloigner tandis que d’autres continuent son exploitation aujourd’hui encore. Le musée veut aussi raconter ce qui s’est passé après la fermeture des fosses : la tragédie sociale, les transformations du territoire et les défis qui attendent désormais le bassin minier.

Le Centre historique minier de Lewarde a ouvert ses portes dans les années 1980. © M. S.

« Je suis convaincu que le patrimoine minier possède des clés pour accompagner la Région face aux enjeux d’avenir », estime le directeur. Dans son esprit, l’histoire de la mine permet d’éclairer des débats qui traversent aujourd’hui la société : les choix énergétiques, la décarbonation, les conséquences économiques et sociales des transitions ou encore l’adaptation des territoires.

Le bassin minier lui-même offre un terrain d’observation privilégié. Depuis plusieurs années, il se transforme profondément. « Les cités minières sont réhabilitées, les terrils connaissent de nouveaux usages, certains sont devenus des espaces naturels remarquables ». Le classement du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco a contribué à changer le regard porté sur cet héritage industriel.

Dans ce contexte, Lewarde cherche sa propre place. « Nous n’avons ni terril, ni cité. Il faut qu’on sache sortir du carreau », résume Luc Piralla. Le musée multiplie ainsi les partenariats avec d’autres acteurs du territoire. Des expositions sont organisées dans différents sites patrimoniaux et des collaborations ont été nouées avec le monde sportif afin de faire vivre autrement « les valeurs héritées de la mine, comme la solidarité ou la cohésion. » Le centre est ainsi devenu partenaire du Valenciennes FC et plus récemment du RC Lens.

Décarboner la mine de charbon

Le Centre historique minier veut aussi devenir un acteur de la transition énergétique. Le symbole est fort : dans une ancienne mine de charbon, la question de la décarbonation s’impose désormais comme une priorité. « C’est fondamental et plein de sens », commente le directeur.

Les contraintes sont toutefois nombreuses. Les bâtiments historiques doivent être préservés et les solutions techniques habituelles ne sont pas toujours envisageables. « On ne peut pas juste installer des panneaux solaires sur les toits », souligne le directeur.

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Parmi les pistes étudiées figure la géothermie. Les premiers forages de faisabilité se révèlent encourageants et pourraient permettre de chauffer une partie du site grâce aux ressources du sous-sol. Une perspective qui fait écho à l’histoire du lieu : après avoir extrait pendant des décennies une énergie fossile du sous-sol, Lewarde pourrait demain puiser dans ce même sous-sol une énergie renouvelable.

Lewarde apparaît ainsi à un moment charnière de son histoire. Le musée continue de préserver les traces d’un monde disparu, mais il entend également participer aux réflexions qui façonnent l’avenir de la région. 

Maxime Schilt

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