
« Si demain on nous voyait comme des promoteurs du vivant, alignés, cohérents et joyeux, et qu’il se trouverait qu’en plus on ferait de la bière et des softs, ce serait parfait. » Alban Decoster, gérant de la brasserie Moulins d’Ascq (59), n’est pas un doux rêveur. On sent bien qu’il est solidement ancré, complètement professionnel et plutôt marketing dans l’âme, et le développement de la brasserie ne trompe pas. Mais ça ne l’empêche pas d’avoir des idéaux, notamment traduits cette année par la signature d’une feuille de route du développement de l’entreprise dans une optique régénérative. « 110 dirigeants des Hauts-de-France se sont engagés dans la convention des entreprises pour le climat, une émanation de la convention citoyenne lancée par Macron après les gilets jaunes : les entreprises, parce qu’elles ont la capacité de faire bouger les choses plus vite, sont l’échelon idéal », pense le quadragénaire qui n’est pas tombé dans la cuve quand il était tout petit.
Son parcours commence par du commerce et du marketing, quelques années à Paris dans une boîte de fidélisation clients en grande distribution puis encore quelques autres à Madrid, à faire la même chose. Quand il rentre en France, il repart faire la même chose chez un concurrent du premier jusqu’à ce jour de 2015. « Dans les années 90, mon oncle avait racheté une vieille ferme à Villeneuve-d’Ascq, qu’il avait complètement retapée. La Ferme du sens était née, qui accueillait des activités autour du bio – fournil, Biocoop… – ainsi qu’une brasserie, fondée par Mathieu Lepoutre en 1999. » En 2015, Alban Decoster met trois jours à décider de s’associer dans l’aventure avec le brasseur. Pourquoi ? « Parce que j’adore la transformation des matières premières, le contact avec les agriculteurs. C’est un métier qui est beau : on transforme de la matière, on vend de la convivialité, ce n’est pas rien », liste-t-il.
Pour le houblon, la brasserie, en bio depuis sa création, se fournit à 50 % auprès de Julien Hennon, houblonnier bio à Sercus (59), ainsi qu’auprès de quelques autres du coin. Impossible de se passer de certaines variétés américaines pour l’heure, même s’ils y travaillent. La brasserie a également planté six hectares d’orge en bio, pour une récolte de 25 tonnes environ, soit 8 % de la consommation qui s’élève à 340 tonnes environ, pour produire ses 15 000 hectolitres annuels.
« On me demande souvent si c’est compliqué de produire de la bière bio, sourit Alban Decoster. Je réponds que non, il suffit de faire de la bière… avec des matières premières bio. » On ne peut plus facile, mais ça a un coût : 900 € la tonne d’orge bio contre la moitié en conventionnel, idem pour le houblon.
Grosse brasserie artisanale mais petit poucet comparé à d’autres, la brasserie Moulins d’Ascq qui commercialise quatre marques – Moulins d’Ascq, Biclou, Hellemus et Série Mill – entend surtout poursuivre, voire accélérer sa philosophie. La fresque colorée qui orne le bar de la nouvelle brasserie, inaugurée en 2021 à 400 mètres des locaux historiques, traduit les trois piliers : savoir-faire, convivialité et protection du vivant.
« L’idée est qu’à chaque décision que nous prenons, nous regardions notre impact sur la biodiversité, sur le vivant, sur les collaborateurs aussi », égraine le Nordiste qui évoque entre autres choix celui des contenants réemployables, l’implantation d’un jardin en permaculture autour de la brasserie, l’achat de 15 vélos mis à disposition des collaborateurs… « Une somme de petites choses. Nous accompagnons aussi pas mal de projets : 1 % du chiffre d’affaires de notre marque Biclou (vendue en magasins spécialisés, ndlr) est reversé à des associations à vocation environnementale », illustre Alban Decoster. L’idée est aussi que « chaque gorgée soit un moyen de sensibilisation heureuse », formule-t-il.
« Nous sommes 22 personnes, passionnées, et devons être dans les 40 premières brasseries françaises sur les 2 600 qui existent aujourd’hui » (leur nombre était tombé à 100 en 1999, avoisinait les 500 en 2015), explique le gérant, actionnaire principal aux côtés de Benoît Dervaux, directeur de production, et Felix Becquart, responsable commercial.
L’emménagement en 2021 dans la nouvelle brasserie a permis d’augmenter la capacité de production, certes, mais aussi d’accueillir du public, dans son vaste bar privatisable. « Nous améliorons également notre empreinte environnementale avec un bâtiment moins énergivore à ossature bois des Hauts-de-France, sans chauffage, qui produit le quart de ses besoins électriques par des panneaux photovoltaïques, où les effluents sont traités… Le pilier du vivant est un sujet important dans la brasserie », appuie Alban Decoster qui fait donc partie des chefs d’entreprise régionaux à avoir paraphé la feuille de route de la convention des entreprises pour le climat. Aligné.
Justine Demade Pellorce

Actualité
Agenda, Les sorties, Loisirs, Société

Actualité
Agriculture, Consommation, Diversification, Société

Ecoutez son histoire !
par Justine Demade Pellorce
<< Gérante de la brasserie Thiriez, Clara parle de son parcours - venue pour 3 mois... il y a 11 ans ! >>
écouter