
« On nous qualifie régulièrement de maillon manquant dans la création d’entreprise féminine. » Violette Clabec, 52 ans, est née à l’entrepreneuriat par hasard en créant Keblow en 2000 : une agence de création digitale, on parlait alors d’informatique. Avec son conjoint, ils travaillent pour TF1, M6, Samsung electronics, Thalès… et embauchent une douzaine de collaborateurs.
Le binôme convient rapidement de taire la nature de leur relation à la ville, pour ne pas ajouter de biais aux biais habituels. « L’informatique est un milieu très masculin et il n’était pas rare qu’en rendez-vous on ne s’adresse pas à moi, ou qu’on me prenne pour la secrétaire. Dès les premiers symptômes nous avons mis en place cette mesure de protection », évoque la Nordiste sans amertume. Face à ces entraves, elle décide simplement de « muscler (s)a posture », formule-t-elle.
Lorsque Fatiha Lexali, une des fondatrices de l’association Initiatives plurielles la contacte une première fois pour faire du mentorat auprès de femmes entrepreneures, elle commence par dire non. « Je pensais n’avoir pas le temps, n’être pas légitime non plus », explique la jeune quinquagénaire qui finit par accepter en mentorant plusieurs créatrices durant quelques années, nous sommes en 2010.
En 2016 l’association s’arrête, après 15 ans d’accompagnement, asphyxiée par des financements européens qui tardent trop. Une vingtaine de bénévoles décident de recréer une association de soutien à l’entrepreneuriat féminin, à plus petite échelle, qui priorise le mentorat. Little big women était née.
L’association accompagne la création d’entreprise dans tous les axes et développe de nombreuses actions très concrètes qui naissent de l’observation des besoins du territoire ainsi que des gros événements (en moyenne quatre par an) qui permettent de se rencontrer et de faire réseau. « Rendre les femmes visibles, présenter des femmes inspirantes œuvre à gommer ces biais », aspire Violette Clabec. Un millier de femmes a été accompagné en dix ans, qui ont adhéré à l’association pour la somme de 10 € mensuels.
« L’association n’est pas féministe au sens du combat, nous voulons créer une société du vivre ensemble. Il n’y a pas de notion de revanche, par contre nous œuvrons pour l’équité, l’égalité au sens où Bourdieu (Pierre, le sociologue) l’entendait : l’égalité des chances. Parce que les femmes ont tout autant envie de créer leur entreprise, et qu’elles en ont tout autant les compétences. Cependant de nombreux biais historiques, culturels et sociétaux les en éloignent », précise Violette Clabec qui avance quelques chiffres : sur 100 créateurs d’entreprises, seulement 30 femmes alors que celles-ci sont plus diplômées que les hommes. « Et c’est encore pire dans le domaine de la reprise d’entreprise où il faut davantage de tout : fonds, leadership, temps… La moyenne nationale tombe à 7 % de femmes. »
En cause : moins de réseau, moins de fonds disponibles, une tradition des grandes familles d’entrepreneurs qui transmettaient au premier garçon ou encore un syndrome de l’imposteur plus marqué, observe l’entrepreneure qui illustre : « Face à une offre d’emploi où une femme cocherait 90 % des cases, elle n’ira pas à cause des 10 % manquants alors qu’un homme ira sans se poser de questions à partir de 50 % de cases cochées. »
Pour Violette Clabec, la création d’entreprise répond au besoin de reconnaissance, œuvre à l’émancipation et à l’autonomisation économique. Elle rappelle que les femmes ont souvent des retraites plus faibles en raison de carrières en pointillé ou de temps partiels plus ou moins choisis (900 euros en moyenne vs. 1 600 euros pour les hommes).
Née à Valenciennes de parents ouvriers (un père carrossier et une mère aide-soignante) dont les parcours professionnels se sont mal terminés (un harcèlement en raison de son engagement syndical et une invalidité à 50 ans pour le père et un burn out à 63 ans pour la mère), Violette Clabec dit n’avoir « jamais rêvé de devenir salariée ».
Elle le sera brièvement avant de créer Keblow en 2000 puis son cabinet d’expertise des compétences en 2022, connue depuis 2025 sous le nom de Madame transmission. « Je suis spécialisée en transmission des compétences, dans tous les domaines, depuis l’ouvrier jusqu’au dirigeant. Je suis méthodologue, c’est-à-dire que je vais détecter les compétences clé de la personne dans son écosystème car si elle transmettra ses compétences conscientes, elle ne transmettra pas toutes les autres : tout ce qu’elle sait faire sans le savoir. »
Si elle, a eu la ressource pour balayer les obstacles, d’autres ont besoin de soutien. C’est là qu’interviennent les Little big women, surtout actives sur la métropole lilloise et qui essaiment dans le Lensois. Et comme l’accompagnement grossit plus vite que les financements (Région, Ville de Lille, fondations), Violette Clabec rappelle que l’asso est classée d’intérêt général et permet la défiscalisation des dons à hauteur de 60 %. À bons entendeurs.
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Justine Demade Pellorce

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