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| Par Virginie Pruvost

Quand on découvre cette longère du XVIIIe siècle perdue à l’abri des regards, au fin fond d’un étroit chemin de terre à Loison-sur-Créquoise (62), on ne peut que tomber sous le charme… Cette vieille dame, édifiée vers 1725, avec des techniques ancestrales et des matériaux locaux, arbore aujourd’hui une nouvelle jeunesse.
Loïc Vambre et Julien Gossart, les heureux propriétaires de ce bâti chargé d’histoire, n’en sont pas peu fiers ! Cette maison est lumineuse : ses murs de torchis fraîchement restaurés reflètent la lumière du soleil, ses huisseries dont le vert rappelle celui du jardin qui borde la maison, invitent à la découverte. « Nous avons racheté cette longère en 2021, raconte Julien Gossart. Nous l’avions repéré en nous promenant… Et notre volonté était de restaurer et valoriser ce patrimoine bâti ancien et le patrimoine naturel, en s’appuyant sur le diagnostic d’un architecte du patrimoine ».
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Une rénovation avec l’art et la manière donc, qui leur a valu, en 2025, d’être lauréat du programme d’éco-restauration de la Fondation du patrimoine. « Parmi les 15 projets labellisés en France, la longère de la Sereine est l’unique représentante de la Région Hauts-de-France », précise Dominique Rembotte, déléguée départementale (62) de la Fondation du patrimoine.
Ce label marque la fin d’une partie du chantier de restauration. Et il symbolise la volonté des propriétaires de transmettre ce qu’ils ont appris à d’autres propriétaires qui, comme eux, veulent restaurer de vieilles bâtisses en gardant l’âme de l’ancien, en partageant des techniques, des conseils, des adresses, etc.
Mais avant d’en arriver là, les deux hommes n’ont pas ménagé leurs efforts, n’hésitant pas à mettre la main à la pâte après avoir été initiés aux techniques anciennes par des experts : « Nous tenions vraiment à restaurer cette bâtisse selon les méthodes ancestrales. Les propriétaires précédents avaient déjà fait quelques transformations mais l’habitation s’était éloignée de son état originel. Nous donc avons retiré le ciment qui couvrait la façade. Il avait malheureusement fait pourrir les colombages dessous… Nous avons refait le torchis, aidés par un entrepreneur du secteur. Puis nous avons fait, nous-même, le badigeon. »
Lors des visites de la Sereine, qu’ils organisent régulièrement, Loïc et Julien s’attachent ainsi à démontrer au public que beaucoup de techniques de restauration sont accessibles à tous et peu coûteuses, une fois que l’on est bien conseillé par un entrepreneur et que l’on utilise des matériaux locaux. « Quand on remplit le dossier pour la Fondation du patrimoine dans le cadre de l’écorestauration, précise Loïc Vambre, il faut prouver que 98 % des matériaux utilisés étaient d’origine naturelle et provenaient d’un périmètre de moins de 200 km. »


Parmi les objectifs que se sont fixés Loïc Vambre et Julien Gossart, celui d’améliorer la performance énergétique du logement n’était pas un mince défi ! Mais il est sur le point d’être rempli.
« Même si les matériaux utilisés dans la construction de la maison en torchis paillé avec enduit terre, permettent une bonne isolation, nous avons souhaité optimiser les performances énergétiques notamment en remplaçant la chaudière au fioul par une pompe à chaleur air-eau, explique Loïc Vambre. Nous sommes passés d’une classe énergétique F à une classe C ». Et les vitrages simples ont été remplacés par des doubles vitrages très fins, fabriqués par un compagnon du Tour de France, installé dans le Ternois.
Loïc Vambre et Julien Gossart ont souhaité aussi ajouter une dimension environnementale à leur projet car il s’inscrit dans une réflexion globale du patrimoine. Et le vaste espace naturel bucolique qui borde l’arrière de la longère parle aujourd’hui de lui-même. On ne sait où poser les yeux tellement tout appelle à la curiosité. « La chouette qui vit dans la grange est en train de couver », note l’un des propriétaires en nous faisant découvrir son potager, bordé de ruches.
Un peu plus loin, des moutons s’occupent d’entretenir la pelouse. « Et là, nous avons créé une mare pour réactiver la biodiversité locale, poursuit Julien Gossart, qui est (aussi) professeur de SVT. Toutes les eaux de pluies des toitures arrivent dans la mare. » Les libellules, les reinettes vertes, les tritons, et un martin-pêcheur y ont élu domicile. Et toutes les plantations de cette vaste étendue sont issues des pépinières locales. « Nous avons aussi installé plusieurs nichoirs qui ont déjà trouvé des locataires ! En deux ans, 60 nouvelles espèces ont élu domicile à la Sereine », se félicite Julien. Le site accueille aujourd’hui 188 espèces dont 21 sont considérées comme patrimoniales.
Cette démarche qui allie les valeurs patrimoniales, énergétiques et environnementales, ces deux passionnés n’ont qu’une envie : la partager et donner envie aux propriétaires de suivre cette voie en se lançant dans des restaurations écoresponsables. Ils ouvrent donc régulièrement au public la Sereine qui est devenue un lieu d’expérimentation et de transmission autour du bâti ancien et de la transition écologique.
Virginie Pruvost

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