
« Je vous attendais », invite l’enseigne : une jolie boutique débordant de fleurs, fraîches et sèches, de bonbons et de fondants parfumés, de vases et autres objets « pour faire plaisir et se faire plaisir » : bienvenue à Fleurbaix, « deuxième ville la plus riche du Pas-de-Calais après Le Touquet ». La précision vaut son pesant de graines de pavot quand on installe son affaire.
Hélène Monnez est originaire des Weppes, à une vingtaine de minutes de là. Son truc à elle au départ, c’est la décoration et, après des études dans l’art, la jeune femme entame des études supérieures de décoration, étalagiste et merchandising. Objectif : faire la déco des magasins. « J’ai d’abord fait mon apprentissage dans une boutique haut de gamme du Vieux-Lille, où j’ai été licenciée économique car la dernière arrivée. J’avais une vingtaine d’années et ça a été très dur », remonte la désormais trentenaire. « J’ai ensuite passé cinq ans chez Alinéa, où je m’occupais de la décoration dans le magasin. La création d’univers, d’ambiances et d’agencements : j’adorais ça », explique celle dont l’élan se brise net en 2021, lorsque le groupe procède au licenciement de l’ensemble de son personnel : 1 000 personnes sur le carreau, dont Hélène. « C’était mon deuxième licenciement économique et l’occasion d’une remise en question. Est-ce que je restais dans la décoration sachant que le type de poste que j’occupais disparaissait ? Et puis je voulais ouvrir ma propre boutique, mener ma barque et au pire, si je me plantais, je ne pouvais en vouloir qu’à moi-même : je ne voulais pas vivre avec des regrets », retrace Hélène Monnez.
Son idée : un magasin d’objets cadeaux. « Mais il fallait que je fasse quelque chose de mes mains en attendant le client, que je crée. » Et la voilà repartie sur les bancs de l’école pour un CAP de fleuriste en un an à l’Institut de Genech, côté formation pour adultes. Le titre en poche, elle se met en recherche d’un local, dans les Weppes où elle habite pour commencer. « Et il y a eu l’opportunité de ce local pour lequel j’ai eu un coup de cœur, dit-elle au milieu de ses bouquets. La dame partait à la retraite ce qui me laissait du temps pour les démarches. Et je connaissais la commune car mon mari y travaillait, il est architecte et m’a d’ailleurs aidée à tout rénover. »
Avril 2023, c’est l’ouverture de la boutique, célébrée depuis chaque année par l’organisation d’un marché de créateurs. Derrière la porte, quelques bouquets élégants aux tons naturels. Des fleurs séchées de toutes les couleurs, des vases de toutes les formes. Et puis des bonbons au coquelicot, du sirop de lavande, du miel de rose, des fondants parfumés aux huiles essentielles ou des cosmétiques naturels : « Mon fil conducteur c’est la fleur », résume celle qui ne se reconnaît pas dans l’idée fourre-tout du concept-store.
Dans la caverne d’Hélène, on n’est jamais loin de la poésie et de la douceur, de la création et de l’artisanat également, car l’approvisionnement n’est pas laissé au hasard. Les cosmétiques sont fabriquées en France, les fondants parfumés dans la région. Quant aux fleurs, elles viennent de France à 70 %. « Je vous attendais » adhère au collectif de la Fleur française (lire aussi page suivante), qui milite pour une production locale plus raisonnée. « Je complète ma gamme avec des fleurs achetées en Hollande pour l’essentiel, parce qu’il faut satisfaire les demandes, mais pas à tout prix. Je fais très attention à la provenance des fleurs, en évitant notamment les fleurs qui viennent d’Équateur car elles y poussent sans aucune norme, notamment en termes de pesticides or je fais attention à ma santé et à celle de mes clients, sans parler des producteurs », liste la jeune femme.
Une tâche difficile dans la mesure où l’étiquetage sur l’origine n’est pas obligatoire sur les fleurs coupées aux Pays-Bas, d’où proviennent (directement via la culture intensive sous serres éclairées et chauffées ou via le transit) 80 % des fleurs mondiales. « Je comprends que les fleuristes traditionnels soient installés dans des systèmes autres, mais il m’apparaît impossible de mettre des œillères en m’installant aujourd’hui, et avec toutes les informations à notre disposition », prévient Hélène Monnez avec la douceur qui semble la caractériser.
Un parti pris qui va plus loin encore puisque, dans sa boutique, on ne trouve pas une fleur fraîche en hiver. « J’arrête les fleurs fraîches de novembre jusqu’à la Saint-Valentin, parce que la nature se met en pause en hiver. » Tout simplement. Et quand vient l’heure de célébrer les amoureux, on pourra compter sur une magnifique brassée d’anémones rouges, exit les roses qui ne poussent plus dans le Nord depuis longtemps et dont la culture intensive sous serres chauffées ne colle définitivement pas avec le parti pris environnemental d’Hélène Monnez. Elle milite encore : « Je suis parfois à 100 % de fleurs françaises en haute saison, et on peut vraiment s’éclater. D’autant que les coûts de production ont explosé aux Pays-Bas et que le tarif des horticultrices est stable, contrairement à celui des grossistes dont les prix fluctuent en fonction du calendrier : un bouquet de fleurs françaises ne coûte pas plus cher », invite Hélène Monnez.
Lire aussi : Fleurs : Floa Poa, des fleurs séchées naturelles et du Nord
Justine Demade Pellorce

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