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| Par Hélène Graffeuille

Antoine Le Guilloux a eu un papa qui était plutôt présent pour « le bisou du soir et le week-end », « et j’ai de très bons souvenirs avec lui, souligne-t-il. Mais pour mes enfants, je souhaitais être plus présent », affirme le jeune homme aujourd’hui papa de deux enfants, Jean, 6 ans, et Saule, 2 ans.
Lorsque sa compagne, Zoé, tombe enceinte de leur premier enfant, Antoine Le Guilloux a 25 ans et cherche des informations pour soutenir au mieux la future mère de son enfant et se préparer à l’arrivée du bébé. « Mais ce n’était pas quelque chose dont je pouvais parler avec mes amis. Lorsque je me suis rendu aux différents rendez-vous médicaux, les professionnels de santé s’adressaient davantage à ma compagne qu’à moi et sur internet je ne trouvais que du contenu qui s’adressait aux femmes », constate à l’époque le futur papa. Une expérience qui lui donne l’idée de créer l’association Devenir Papa afin de permettre aux hommes d’avoir un espace de préparation, d’échange et de réflexion autour de la paternité.
Cet habitant de Croix, en métropole lilloise, a aussi décidé de se former en passant le diplôme universitaire des 1 000 premiers jours. « La période qui va de la grossesse jusqu’aux deux ans de l’enfant est importante dans son développement », souligne-t-il mais pas seulement. « C’est également une période charnière pour la construction de la paternité, pour l’équilibre du couple et pour une répartition plus égalitaire des responsabilités parentales. »
Via son association et les connaissances qu’il a apprises, Antoine Le Guilloux propose aujourd’hui une préparation à la paternité composée de plus de 40 vidéos réalisées en lien avec des sages-femmes et puéricultrices, ainsi que plusieurs outils pratiques. « Des informations pratiques, concrètes dont on peut se saisir pour alimenter son cheminement », précise cet ancien ingénieur agronome aujourd’hui à la tête d’une boîte de communication. L’objectif n’est en effet pas de fournir une méthode unique pour être un « bon père », mais d’aider chacun à construire sa propre place, « car il n’y a pas un mode d’emploi universel ».
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Les thèmes abordés sont nombreux : la grossesse, l’accouchement, le post-partum, le peau à peau, le sommeil du bébé, les pleurs, l’organisation familiale ou encore les démarches administratives… « J’y évoque aussi des sujets plus délicats comme le syndrome du bébé secoué car avec le manque de sommeil, on peut tous être à bout mais ce qu’il faut c’est avoir des solutions pour parvenir à se canaliser. »
Parmi les outils proposés figure également des to-do lists destinées aux futurs parents. On y retrouve aussi bien le choix du prénom, l’annonce de la grossesse que la préparation du sac de maternité, le suivi des rendez-vous médicaux, les démarches auprès de la Sécurité sociale ou encore les phrases motivantes pour encourager la mère de l’enfant lors de l’accouchement.
L’association organise également chaque mois des groupes de parole, en présentiel sur la métropole lilloise et en visioconférence, « ce qui permet à tous les papas de France d’y participer ». Leur particularité : ils ne reposent pas sur le conseil. « Nous ne sommes pas moralisateurs », insiste Antoine Le Guilloux. Les papas participants y partagent leur vécu, leurs difficultés ou leurs questionnements, sans recevoir de solutions toutes faites. Une approche qui permet aux pères de se sentir écoutés et de constater qu’ils traversent souvent des expériences similaires. « Tous les papas disent pareil : on vit les mêmes choses mais on n’en parle pas », affirme le fondateur.
« Devenir papa propose également des activités père-enfant autour de séances d’escalade chaque trimestre. Et d’ici quelques semaines, un autre atelier père-enfant associera activité autour des sports de combat et temps d’échange à destination des pères d’enfant en situation de handicap verra le jour à Roubaix », liste le père de Jean et Saule. Enfin, Devenir papa organise chaque année un Festival de la paternité avec des conférences et interventions autour des enjeux liés à la place du père dans la famille et dans la société.
Car justement selon le fondateur de Devenir papa, la place occupée par les pères aujourd’hui ne relève pas uniquement de choix individuels mais s’inscrit dans un héritage social et des choix politiques. Le congé maternité, l’organisation du travail mais aussi le suivi médical de la grossesse contribuent à faire de la mère la principale référente parentale, tandis que le père reste dans un rôle « d’accompagnant, d’aidant ».
Convaincu que l’engagement paternel se joue dès la grossesse, Antoine Le Guilloux, via son association, va participer à une recherche-action consacrée aux 1 000 premiers jours de l’enfant, en partenariat avec l’université de Lille et l’association Premier cris. « L’ambition est de comprendre les freins et les opportunités d’investissement des pères afin de sensibiliser les professionnels de la petite enfance et de santé à une meilleure prise en compte de leur place pour qu’il y ait davantage d’inclusion du papa. Je l’ai vécu et au travers des groupes de parole je me rends compte que nous sommes nombreux à l’avoir constaté : le père est parfois très peu pris en compte, on ne lui pose pas de question, il est un peu spectateur de ce qui se déroule. Cette situation peut contribuer à installer dès le départ l’idée que la mère est la figure parentale de référence. »
La manière dont est conçu le congé parental joue également un rôle pour le père de famille : « Les pères ont besoin de disposer d’un temps seul avec leur enfant pour développer leur confiance et trouver leur place. Le congé parental devrait être plus équilibré, comprenant une période réservée au père après le retour de la mère au travail. Sinon, il est toujours en mode aidant », estime-t-il.
À ses yeux, c’est en assumant seul le quotidien de l’enfant que le père prend réellement conscience de l’ensemble des responsabilités parentales et construit une relation forte avec son bébé. Une évolution qui permettrait également de mieux répartir la charge familiale au sein du couple mais aussi de limiter l’inégalité femme-homme dans le monde du travail.
Hélène Graffeuille

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par Hélène Grafeuille
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