Le nombre de commerces de proximité en zone rurale est en chute libre. Sur la période 2011-2018, le nombre de débits de boissons a reculé de 22 %. Il est passé de 45 000 à 35 000 selon la Française des Jeux. Les débits de tabac sont passés de 35 000 à 22 000 (- 37 %) entre 2002 et 2020 selon la Confédération des buralistes. Selon l’Association de pharmacie rurale, 1 000 officines ont disparu en dix ans, dont la moitié en milieu rural. Autre chiffre : en 2020, selon la direction générale des entreprises, seulement 16,4 % des communes de moins de 1 000 habitants disposaient d’une boulangerie.
Cette déprise des commerces de proximité va à l’encontre de la tendance nationale. La France connaît en effet un regain d’installations de « petits commerces ». Ainsi, le nombre de boulangeries est passé de 31 366 en 2009 à 33 879 en 2019 (+ 2 513), et celui des boucheries de 15 252 à 16 166 indique la Confédération générale de l’alimentation de détail. Quant au nombre d’épiceries, il est passé de 22 934 en France en 2014 à 28 661 en 2020, soit une progression de 25 % en six ans.
Au total, plus de 25 % des habitants en milieu rural vivent dans une commune dépourvue de tout commerce. La moitié des habitants vivant dans une commune rurale doivent parcourir plus de 2,2 kilomètres pour atteindre une boulangerie, « ce qui traduit bien une inadéquation entre les besoins de la population et les services auxquels elle a accès » selon un rapport d’information du Sénat.
« L’un des traits les plus marquants de l’évolution socio-économique des communes rurales ces dernières années est, sans conteste, la disparition progressive, voire souvent totale, des commerces », écrivent les sénateurs Bruno Belin et Serge Babary, auteurs du rapport. Plusieurs facteurs expliquent ce recul : déclin démographique, vieillissement de la population, manque d’attractivité,…
La perte des commerces en milieu rural n’est pourtant pas une fatalité. Là où il en existe, la plupart se portent bien.
Auditionnée par les sénateurs, la Fédération du commerce et de la distribution note une hausse de l’activité des magasins de proximité ruraux (supérettes, notamment). La situation est plus difficile pour les cafés et bars. Le nombre de licences IV (licence débit de boissons) est passé de 200 000 en 1960 à 40 000 environ aujourd’hui.
Alors que le gouvernement a annoncé la création de 10 000 à 15 000 licences IV gratuites pour les communes de moins de 3 500 habitants, dans le cadre de l’agenda rural présenté en septembre 2019 par le Premier ministre, Édouard Philippe à l’époque, à ce jour, selon les informations communiquées par la Direction générale des collectivités locales (DGCL), seules 132 licences auraient été effectivement délivrées.
Le déclin commercial observé dans ces communes essentiellement rurales, déjà confrontées à des fragilités structurelles (décroissance démographique, vieillissement de la population…), accentue leur perte d’attractivité, constate l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT).
Cela se traduit par une croissance de la vacance commerciale, avec des locaux fermés et parfois abandonnés, laissant un sentiment de dégradation du cadre de vie. Ce déclin de la commercialité observé en zone rurale conduit aussi à des difficultés d’accès à des paniers de services de la vie courante. Dans les zones peu denses, le trajet routier médian pour se rendre au pôle commercial le plus proche est de dix minutes contre 2,6 minutes dans les zones denses.
Autre difficulté relevée par les sénateurs : « Les petites communes rurales souffrent, entre autres, du fait que les commerçants encore présents ne trouvent pas de repreneurs lorsqu’ils cessent leur activité […] Au-delà des raisons purement structurelles (absence de clientèle, baisse de la démographie, etc.), un manque de formation des repreneurs et des moyens financiers trop limités ont notamment été relevés ». Or, sans transmission, et donc sans dynamisme commercial, il est irréaliste pour les communes rurales d’attirer de nouveaux habitants. Plusieurs incitations, financières ou non, sont jugées nécessaires pour encourager et faciliter ces transmissions.
C’est pour répondre à ces enjeux « relatifs au maintien dans le territoire des populations fragilisées, au maintien des liens sociaux, à l’attractivité des territoires et à la réduction des trajets émetteurs de CO2 », que le gouvernement a lancé, en février 2023, un dispositif de soutien à l’installation de commerces dans des communes qui en sont dépourvues ou dont les derniers commerces ne répondent plus aux besoins de première nécessité de la population. Il s’agit du Programme de Reconquête du commerce en milieu rural. Géré par l’ANCT, ce dispositif doit apporter un soutien à l’installation d’un commerce sédentaire multiservices situé dans une commune rurale ou d’un commerce non sédentaire dont la tournée hebdomadaire prévoit un nombre minimal de jours de passage dans des communes rurales. « Le projet doit s’inscrire en complémentarité de l’offre commerciale existante à l’échelle de la zone de chalandise en vue d’apporter de nouveaux services à la population », précise l’Agence.
Le soutien apporté dans le cadre du dispositif vise les dépenses d’investissement dans des projets d’installation de commerce, dont le modèle économique est jugé viable. « Toutefois, compte tenu des spécificités intrinsèques aux zones rurales et plus particulièrement la faible densité démographique de la zone de chalandise, ces projets ne pourraient émerger sans une contribution publique », reconnaît l’ANCT.
Ce dispositif doit contribuer à l’attractivité du territoire par l’installation d’une offre commerciale de proximité et par la lutte contre les friches, en privilégiant les projets d’installation dans des locaux vacants existants. Il est doté d’un budget de 36 millions d’euros sur trois ans.
D’autres dispositifs existent. C’est le cas des zones de revitalisation des commerces en milieu rural (Zorcomir) qui permettent aux collectivités de consentir des exonérations de certaines taxes locales : 14 114 communes sont classées en Zorcomir, dont 88 % ont moins de 500 habitants.
« Les commerces sont bien plus que des lieux de consommation, ce sont avant tout des lieux de vie, a déclaré Olivia Grégoire, alors ministre du Commerce, en avril 2024. Nos commerces sont des lieux de socialisation, de rencontre et de partage auxquels nous tenons tous. Les préserver est une priorité, les accompagner est une nécessité ».
Afp

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