
Le sigle Label rouge, nul doute que vous le croisez sur un produit lorsque vous faites vos courses ! Pour autant, savez-vous vraiment ce qui se cache derrière ce label qui fête cette année ses 65 ans ?
Pour tout savoir sur ce signe d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo), rendez-vous chez Qualimentaire, à Saint-André-lez-Lille (59), dans la métropole lilloise. Ce groupement régional pour la qualité alimentaire est l’expert des signes officiels de qualité dans les Hauts-de-France. Leur mission est, entre autres, d’accompagner les filières agricoles et alimentaires en leur permettant de créer de la valeur via l’obtention de ces Siqo.
« Il existe cinq signes officiels d’origine et de qualité : l’appellation d’origine protégée (AOP), l’indication géographique protégée (IGP), la spécialité traditionnelle garantie (STG), l’agriculture biologique et enfin le Label rouge, détaille Benoît Bodet, responsable Siqo chez Qualimentaire. Et de préciser, le Label rouge est l’unique signe national officiel, et d’ailleurs on retrouve symboliquement la tour Eiffel sur le logo. Les autres sont des signes européens ».
Sur les 400 produits Label rouge au niveau national, on en recense 40 dans les Hauts-de-France dont 10 en viande et charcuterie, 13 en volailles, sept en légumes, sept en produits de la mer et trois en boulangerie. « En région, nous détenons 41 % des légumes Label rouge et 28 % des produits de la mer », met en avant le responsable Siqo. Des démarches sont en cours pour faire labelliser le haddock et la terrine de saumon.
Le Label rouge est ouvert à tous les produits, denrées alimentaires ou produits agricoles non alimentaires et non transformés (tels que des sapins de Noël ou encore des plants de rosiers) quelle que soit leur origine géographique. « Ainsi dans la région, nous avons des crevettes Label rouge élevées à Madagascar produites par l’entreprise Unima dont l’atelier de cuisson se trouve à côté de Boulogne-sur-Mer », souligne Benoît Bodet.
Cette estampille, qui ne dépend donc pas d’un territoire, a vocation à garantir une qualité supérieure à celle d’un produit courant similaire, tant au niveau de sa production, de son élaboration que de sa qualité gustative. Elle assure, également, une répartition équitable de la plus-value en rémunérant à sa juste valeur les efforts de tous les maillons de la filière.
Mais comment un produit peut-il obtenir ce Label rouge ? « Il faut commencer par savoir si le produit dispose déjà d’un cahier des charges validé pas l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), l’organisme qui assure la reconnaissance et la protection des Siqo. Si c’est le cas, il faut répondre à ce cahier des charges », explique Benoît Bodet. Dans la situation contraire, un cahier des charges doit être créé. « C’est une démarche collective et non individuelle, il faut donc être, au moins, deux acteurs de la filière afin de constituer un organisme de défense et de gestion (ODG) », poursuit le responsable Siqo de Qualimentaire.

Dans un premier temps, une étude de faisabilité technique et économique à la manière d’un « business plan » est demandée, ainsi qu’un projet de cahier des charges. Celui-ci définit les caractéristiques du produit, les exigences de production tout au long de sa fabrication et les critères de labellisation. Chaque produit a son propre cahier des charges. Des démarches pour lesquelles les groupements de producteurs peuvent s’appuyer sur l’expertise de Qualimentaire.
« La demande va ensuite être instruite par l’Inao qui validera, ou non, le cahier des charges. Puis des analyses sensorielles seront notamment réalisées auprès d’un jury de professionnels mais aussi de consommateurs afin de s’assurer de la qualité supérieure du produit par rapport à un autre produit standard. Des contrôles qui seront d’ailleurs réitérés tous les deux ans avec le jury de professionnels et tous les quatre ans avec celui de consommateurs afin de s’assurer que le produit concerné garde sa qualité supérieure », détaille Rino Iida, coordinatrice filière chez Qualimentaire. En moyenne, un délai de deux ans est nécessaire pour obtenir le Label rouge.
Avoir le droit d’apposer le logo rouge et blanc du Label rouge sur un produit génère également des devoirs, notamment l’obligation de se soumettre à des contrôles réguliers : « Il y a différents contrôles : les autocontrôles effectués par l’entreprise, les contrôles internes opérés par l’organisme de défense et de gestion et les contrôles externes réalisés par un organisme certificateur indépendant agréé par l’Inao », poursuit Rino Iida.
Sans oublier que cela génère des coûts. « Pour obtenir le Label, mais aussi une fois la reconnaissance obtenue, il faut en effet compter l’adhésion à l’ODG et éventuellement à Qualimentaire, les coûts de contrôles de l’organisme certificateur et des analyses sensorielles, ainsi que des droits auprès de l’Inao », explique Benoit Bodet.
Cela explique en partie la raison pour laquelle le consommateur paie un peu plus cher les produits Label rouge. « Mais il faut avoir en tête qu’acheter Label rouge est un réel gage de qualité qui se distingue d’un produit standard », conclut Benoit Bodet.
« Les volumes de production Label rouge sont en chute libre et la demande moins au rendez-vous que jamais », s’inquiète FedeLIS, la fédération des Label rouge, indications géographiques (IGP, et AOC/AOP autres que vins et produits laitiers) et des spécialités traditionnelles garanties dans un manifeste publié sur son site internet (www.labelrouge.fr).
En cause ? La baisse du pouvoir d’achat des Français mais pas seulement… La fédération dénonce « une absence criante d’ambition et de soutien politique ». D’après elle, « l’État est propriétaire du Label rouge mais ne soutient pas ses filières. »
Dans son manifeste, la FedeLIS demande au gouvernement des moyens plus importants « pour communiquer sur le Label rouge et aider ainsi ces filières à redonner du sens au Label rouge pour les consommateurs », « une protection renforcée du terme » label « et des valeurs du Label rouge, pour limiter la concurrence déloyale infligée aux producteurs engagés », « une amélioration de l’objectif Egalim de produits durables et de qualité en restauration collective », ainsi que « des actions pour aider à rendre les produits Label Rouge plus accessibles aux consommateurs ».
Hélène Graffeuille

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