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10-07-2025

Foncier : Benoît Thilliez, jeune président de la Safer

À seulement 38 ans, Benoît Thilliez vient d’être élu président de la Safer Hauts-de-France, succédant à Xavier Flinois, disparu en mai dernier. Agriculteur près de Montreuil-sur-Mer, il incarne une génération prête à relever le défi de l’accès au foncier et de la transmission.

Il ne s’attendait pas à devenir président aussi tôt. Mais le 6 juin dernier, lors de l’assemblée générale tenue à Boves, Benoît Thilliez a été élu à l’unanimité par les membres du conseil d’administration de la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) Hauts-de-France. Trois semaines plus tôt, la présidence avait été laissée vacante après le décès de Xavier Flinois, emporté par une longue maladie.

Engagé depuis près de dix ans au sein de l’institution, Benoît Thilliez s’était imposé en interne comme un successeur naturel. Administrateur de la Safer depuis 2017, vice-président depuis 2019, l’agriculteur né à Boulogne-sur-Mer connaît bien les rouages de l’opérateur foncier du monde rural. « Je souhaite inscrire mon mandat dans la continuité de mon prédécesseur, Xavier Flinois. On ira au bout du programme pluriannuel d’activités, notamment le projet du canal Seine-Nord », assure-t-il. Il entend également placer un enjeu central au centre de son action : le renouvellement des générations. « Installer un maximum de jeunes et faciliter la transmission des fermes, c’est un défi colossal auquel la Safer devra nécessairement prendre part. D’ici dix ans, la moitié des fermes devront être reprises. »

Un passionné d’agriculture

Installé à Saint-Aubin, près de Montreuil-sur-Mer, Benoît Thilliez est agriculteur en polyculture-élevage sur l’exploitation familiale. Il s’est installé en 2016 en Gaec avec sa mère, en reprenant 25 hectares à un voisin au moment du départ à la retraite de son père. Aujourd’hui, il cultive 240 hectares : betteraves, lin textile, maïs, céréales, fourrages et produits des légumes pour l’entreprise Bonduelle (carottes, petits pois, flageolets). Son élevage laitier compte 70 vaches en traite robotisée, pour 700 000 litres livrés chaque année à la société Sodiaal. Il est d’ailleurs membre de la section Côte d’Opale de la coopérative et secrétaire général adjoint d’Oplinord (Bonduelle). Il est également trésorier de la CUMA de la Canche. « Au vu de mes nombreuses responsabilités je ne peux pas tout faire seul ! », avance l’agriculteur. « Je travaille au quotidien avec un salarié de confiance, Rémi Desjardin, et je suis épaulé par mon père (en retraite, ndlr) et ma mère (toujours en activité, ndlr) ». Le goût du métier, il l’a depuis toujours et le cultive au quotidien. « Je suis un vrai passionné d’agriculture ! À huit ans, quand mes camarades parlaient de foot je conduisais déjà un 1 255 XL », se rappelle-t-il amusé.

L’engagement syndical comme colonne vertébrale

Benoît Thilliez n’a jamais dissocié travail sur la ferme et engagement collectif. Titulaire d’un BTS ACSE, il entre chez les Jeunes Agriculteurs (JA) dès 2005, à 18 ans, comme bénévole sur un événement national à Arras. Très vite, il s’implique davantage : secrétaire régional de l’ancienne région, puis secrétaire général des JA Hauts-de-France en 2017, au moment de la fusion, aux côtés d’Armand Paruch. Il y suit tout particulièrement les dossiers fonciers, siégeant dans les commissions départementales d’orientation de l’agriculture (CDOA), les commissions départementales de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) et les commissions de remembrement. En 2013, il siège pour la première fois au sein du comité technique Safer du Pas-de-Calais en tant que représentant des JA. Il y affine sa compréhension du fonctionnement de l’institution, de ses rouages, de ses principes. En 2017, il devient administrateur de la Safer Hauts-de-France. Puis, en 2019, il est élu président du comité technique du Pas-de-Calais, ce qui le propulse automatiquement au bureau régional comme vice-président. Il y représente aussi la FDSEA du Pas-de-Calais. « C’est vrai que ça m’a pris quelques années avant de bien comprendre le fonctionnement de la Safer, et aussi connaître le vocabulaire. Préemption, rétrocession, portage foncier… Au début ce n’est pas forcément facile de s’y retrouver mais maintenant je maîtrise ! »

Faire de la transmission un chantier collectif

À la tête de la Safer, il entend porter une priorité : la transmission. « D’ici dix ans, la moitié des fermes seront concernées. On doit accompagner ce renouvellement. » L’agriculteur veut ainsi éviter les démantèlements et encourage les transmissions complètes. « L’appât du gain peut pousser les agriculteurs en place à céder leur exploitation par morceaux. Mais il faut penser à ceux qui s’installent. J’invite nos aînés à transmettre un outil complet, viable et vivable pour les jeunes. »

Il défend aussi un accès plus juste au foncier. « Le marché est très tendu, surtout dans le nord du Nord. » Mais il rappelle que dans le Nord-Pas de Calais, plus de 50 % des rétrocessions de la Safer vont à des projets d’installation. Et il souhaite que cet élan se maintienne, surtout dans un contexte d’urbanisation croissante. « Tous les sept ans, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît sous le béton. Il faut protéger les terres agricoles, c’est fondamental. »

Pour mener son mandat, il fait équipe avec Hubert Bourgois, directeur général délégué de la Safer Hauts-de-France. Il s’est également entouré d’un bureau de six personnes, composé de quatre vice-présidents et présidents de comités techniques départementaux. Trois d’entre eux étaient déjà membres du bureau : Christophe Brancourt (Aisne), Damien Carlier (Nord) et Jérôme Muselet, président de la commission locale du Pas-de-Calais. À cela s’ajoutent trois nouvelles nominations : Olivier Varlet (Oise), Marie-Françoise Lepers (Somme) et Christine Delefortrie, nommée présidente de la commission locale du Nord. « Leur soutien et leur expérience seront un point important pour mener un vrai travail d’équipe », s’enthousiasme Benoît Thilliez. Son ambition : créer un lien fort entre anciens et nouveaux. « Le dialogue, c’est la clé. Il faut de la transparence, de la fluidité. À moi de me retrousser les manches pour fédérer tous les acteurs autour de la Safer. » 

Julien Caron 

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Hauts-de-France Nord Pas-de-Calais Safer

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