
À Marquillies et dans toute la Métropole européenne de Lille (MEL), nos deux lauréats sont connus pour leur production de courges, plus de 70 variétés, en agriculture bio, et leur culture de blé dur qui donne de succulentes pâtes fermières « au véritable goût des céréales que nous produisons ». Mais également pour leurs bières brassées sur place, à la ferme des Mottes, et récompensées d’une médaille d’argent à Paris cette année.
Depuis vendredi dernier, le Concours général agricole des pratiques agroécologiques, coorganisé par la MEL, les Planteurs volontaires et le réseau Haies Hauts-de-France, les a distingués pour leur implantation des haies inter et intraparcellaires, systèmes agroforestiers ayant entre 4 et 10 ans. Rencontre avec un couple convaincu des bienfaits de cette réimplantation bocagère pour « la biodiversité, le paysage et le plaisir des yeux », selon eux.
« Cela fait une dizaine d’années que le sujet des haies et de l’agroforesterie m’a interpellé, confie Bertrand Coustenoble. C’était lors d’une conférence organisée par l’association Novagri, dans l’Avesnois, près de la forêt de Mormal ». Titillé, Bertrand expérimente ces plantations de haies. « J’ai toujours procédé ainsi dans mes différentes productions. Je suis comme Saint-Thomas, il faut que je touche pour y croire ! ». Installés sur 45,6 ha, depuis 2007 pour Bertrand, et 2011 pour son épouse Ingrid, ils ont axé le développement de leur ferme, héritée du côté de la maman de Bertrand, vers l’agriculture biologique. Très engagés pour leur territoire et attachés à leurs racines, ils ont naturellement eu cette idée d’implanter des haies. Celle qui a été mise à l’honneur, implantée au bord de la Libaude, cours d’eau qui serpente le long de la ferme, a été plantée pour la première fois en 2020.
Ingrid et Bertrand Coustenoble programment une plantation de haies et voient passer une proposition de l’association les Planteurs Volontaires (Lille et les Hauts-de-France) de venir les aider. Ayant déjà planté dans un champ, de l’autre côté du cours d’eau, des haies espacées de 26 mètres, ils décident de placer celle-ci en bordure d’un champ de lentilles, qu’ils convertissent en même temps en bio, « avec l’espoir que des auxiliaires s’y installent pour décimer limaces et pucerons nuisibles ». La haie est achevée en 2021. Grâce à l’expertise des Planteurs volontaires et au travail des bénévoles. Bertrand et Ingrid contribuent ainsi à « redonner du relief à la plaine, qui avait perdu peu à peu, avec les changements de propriétaires, ses haies bocagères ». Car Bertrand a connu, enfant, les pâtures de la ferme encerclées de haies. Et puis, à une époque, il fallait produire de manière intensive « pour dégager un revenu et vivre de la ferme », admet Bertrand, compréhensif.
« Aujourd’hui, le citoyen a d’autres attentes vis-à-vis de l’agriculture. On doit donc se poser des questions. » Les arbres de la haie ont été recépés en mars 2025 et donnent déjà de belles branches à 2 mètres du sol. Des noisetiers, des érables, de l’osier, de l’aulne, du bouleau, de la sauge, etc. Une belle trace laissée dans le paysage, qu’apprécient tous les jours nos deux lauréats. Mais surtout un rempart contre le vent asséchant et un élément de la recréation d’un milieu humide, favorisant la biodiversité et protégeant naturellement les cultures biologiques. Car ils l’avouent, ils veulent « donner du sens et du plaisir » à leur travail. Une philosophie qu’ils aiment partager et des idées qu’ils sèment autour d’eux.
La ferme des Mottes, datant de 1769, bien connue pour sa Fête de la citrouille et des coloquintes fin septembre, héberge en outre un apiculteur, un menuisier, petit frère de Bertrand, et Planète levain, qui produit exclusivement son pain au levain à la ferme (disponible sur commande). Une vraie start-up agricole. Le point de vente Au panier vert, labellisé Bienvenue à la ferme, propose les productions locales, à savoir pâtes et bières. « Pour nous, c’est la dernière semaine de vente de courges. Après il va faire trop froid », constate Ingrid Coustenoble.
À l’intérieur, l’espace vente et dégustation voisine avec la micro-brasserie. « Nous accueillons aussi les professionnels pour des séminaires à l’étage. Pourquoi pas faire du Wwoofing à l’avenir ? », lance Bertrand qui a toujours une idée d’avance. Des visites de la brasserie sont organisées les mercredis et samedis, grâce au label Héritage Bière. Curieux de nature, ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin, puisque les 12 et 18 décembre prochains, ils planteront « deux fois 300 mètres de haies sur une autre parcelle ». Bertrand avoue réfléchir à la production de bois de chauffage et de paillage grâce aux haies. Pour cela, ils devront s’équiper en matériel. Rendez-vous porte de Versailles le 21 février 2026 pour défendre les couleurs des Hauts-de-France.
Frédéric Douchet

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