Actualité
02-07-2026

J’ai testé pour vous, une journée sensibilisation à la sécurité routière

Entre tête-à-queue sur piste détrempée, simulateur de tonneau ou encore parcours d’alcoolémie, nous avons testé les formations à la conduite du centre Centaure d’Hénin-Beaumont. Une journée « choc » initiée par la CPHSCT.

9 minutes

Parmi les ateliers proposés, ceux qui enseignant la façon de réagir sur chaussée glissante. (Celui que j’ai préféré !)

Hénin-Beaumont, 9 h, le 17 juin. Un décor à faire penser à un grand prix de Formule 1. Il ne manquerait plus que le bruit des moteurs et la foule. Mais ce n’est pas du tout le sujet du jour. Ici – dans ce centre Centaure – nous sommes là pour contrer la « culture » du risque. Car ces fameux centres proposent des formations à la conduite automobile. L’événement du jour est une première. Il est à l’initiative de la CPHSCT* Nord-Pas-de-Calais, en partenariat avec la FRSEA Hauts-de-France, la MSA, Groupama, Réso, et la Dreets.

Freinages, virages, et sensations fortes

Mon parcours débute par un atelier sur l’adhérence et le freinage d’urgence. Il est animé par Anne Cappelaere, responsable pédagogique pour Centaure Nord-Est. Pour cela, direction une piste détrempée. Avec ma binôme, Cécile, rencontrée quelques minutes plus tôt, nous prenons le volant d’une voiture électrique. Particularité des voitures ici, elles ont les pneus lisses, ce qui amplifie les conséquences sans avoir besoin de rouler plus vite. Anne nous guide par radio, Cécile s’élance sur une légère côte. 30 km fastoche non ? Le freinage se passe sans accrocs. Nouvelle tentative à 40 km/h, Cécile presse la pédale de frein, ressent le volant vibrer, panique et perd le contrôle.

Vient mon tour, à 30 km, puis à 40 km, à chaque fois, freinage d’urgence réussi. Anne me demande de retenter à 60 km. Moi qui pensais être un as du volant grâce à mes quelques notions de karting… « Je voulais voir jusqu’où vous mène votre excès de confiance », sourit Anne, amusée par ma réaction. Et pour cause : tel est pris qui croyait prendre. J’ai beau fixer le point où je veux aller et contrebraquer comme enseigné lors de la partie théorique un peu plus tôt, le freinage violent fait partir la voiture en tête-à-queue. « Sur un revêtement sec vous êtes à 80 % d’adhérence, sur le verglas, 5 % et sur pavés mouillés moins de 40 % », avait expliqué l’animatrice. Et il y a beau y avoir les systèmes comme l’ABS qui empêche le blocage des roues, l’ESP pour garder la trajectoire ou encore l’aide au freinage d’urgence…

Le meilleur moyen de limiter les dégâts reste la réduction de la vitesse. Comme l’explique Sébastien Joly, formateur pédagogique Centaure. Car le second exercice sur piste consistait à négocier un virage serré. Et là, quelle que soit la vitesse (30 puis 40 km/h), je perdais le contrôle en sous-virant (lorsque l’avant du véhicule perd de l’adhérence et s’éloigne de la trajectoire). J’ai beau avoir « appliqué la solution théorique en décélérant ou en jouant avec le volant en fixant l’endroit où je veux aller », comme conseillé par le formateur, les lois de la physique étaient plus fortes. Et manque de pot : « l’inconvénient de la voiture électrique, c’est son poids, elle décroche plus facilement ».

Vivre des tonneaux, ça doit être terrifiant

La 208 sur le plateau permettait de simuler une voiture faisant des tonneaux à 10km/h.

Le parcours se poursuit au simulateur de tonneau. Avec ce constat : « environ 350 personnes décèdent chaque année alors qu’elles ne portaient pas la ceinture », livre Anaïs Pollart, formatrice en prévention routière. Cette dernière nous invite à monter dans une voiture, qui se met à tourner. « La rotation que vous voyez symbolise un tonneau à 10 km/h. » 10 km/h ? Mais ce n’est rien ! Là encore l’excès de confiance a dû jouer… Quand vient mon tour, je me rends bien compte de la violence d’un ballottement tête en haut, puis tête en bas. Puis je repense à l’histoire que m’a racontée Cécile, ma binôme de l’atelier précédent. Cette fois où, pour une seconde d’inattention à changer de station radio, sa voiture avait quitté sa trajectoire et fait plusieurs tonneaux. Un événement traumatisant qui lui avait justement fait redouter l’atelier sur chaussée détrempée. On peut donc dire : merci la ceinture !

Lire aussi | Moissons : les 10 points de vigilance indispensables

La conduite sous ivresse

Les lunettes de simulation avaient pour but de démontrer à quel point la consommation de drogue ou d’alcool altère la vue.

« Qui n’a jamais repris la route après un verre en trop ? » Une question qui fait sourire les participants du jour. Et qui en dit long sur les mauvais comportements ancrés dans nos habitudes. Si la consommation d’alcool joue un rôle sur le temps de réaction, elle altère tout autant la vue. Et nous avons pu concrètement le vérifier grâce au port de lunettes spécifiques. L’exercice paraît simple : slalomer entre une série de plots d’abord avec des lunettes reproduisant les effets de la drogue puis de l’alcool. C’est généralement le moment qui fait rire le groupe. Ça trébuche, ça heurte les obstacles, ça dévie du parcours. Certains s’en sortent mieux que d’autres. C’est là qu’arrive mon tour, il faut bien avouer qu’il est difficile de se repérer. Que les gestes sont plus hésitants, les distances faussées et le moindre plot devient un défi.

Des conseils bienvenus

Aurélien Pype

Dans les rangs de mon groupe, le constat est unanime. Pour Aurélien Pype, 19 ans et salarié d’une ETA,« ça (re) fait prendre conscience des choses ». Ce qui l’a le plus marqué ? « La réaction de la voiture sur chaussée mouillée pour seulement 5-10 km/h d’écart. » Malgré son jeune âge, Aurélien partage les conseils sur l’utilisation du téléphone au volant. « Je connais quelqu’un qui, à cause du téléphone, a couché une benne, heureusement qu’il ne s’agissait uniquement de la benne. »

Denis Everaere

Un bilan de la journée positif partagé par Denis Everaere, 59 ans, paysagiste dans l’Audomarois.« J’ai trouvé que c’était hyper concret. J’ai été marqué par les aspects de la conduite et les simulateurs drogue et alcool. » Ces deux derniers points que le cinquantenaire aimerait voir davantage évoqués dans les entreprises « surtout auprès des plus jeunes »

Faire prendre conscience du danger en le vivant dans son corps

La journée du 17 juin sera peut-être celle d’une longue série. « On se réunit régulièrement avec les représentants des salariés (la CPHSCT, commission paritaire d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, ndlr) et on remonte ce qui s’est passé en termes de sinistralité », retrace Thierry Petit, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA. Ce dernier rappelle l’accident où un jeune de 16 ans est mort écrasé par son tracteur après en avoir perdu le contrôle et être éjecté. C’était en août dernier à Steenvoorde. Le conseiller veut « modifier les perceptions ». Et lutter contre les comportements à risques trop souvent adoptés. « On sait qu’ils ne mettent pas la ceinture, qu’ils ont le téléphone au volant, donc on s’est dit “il faut marquer le coup”. Les accidents se produisent car les gens adoptent les mauvais comportements. » D’où l’importance de faire prendre conscience du danger : « Pour ça, il faut le vivre dans son corps ». Thierry Petit qui ne ferme pas la porte à d’autres événements de ce type. « C’est une première sur cette thématique, un événement comme ça, il faut qu’on en fasse plusieurs. » Environ 60 personnes ont participé, parmi lesquelles certains se sont inscrits sur la base du volontariat, tandis que d’autres ont été envoyés par leurs employeurs.


Piqûre de rappel théorique

Si les sensations fortes ont permis d’impacter les esprits, des ateliers plus théoriques étaient aussi au programme.

Lors d’un appel, « que vous ayez votre téléphone à la main ou connecté en bluetooth, il prend votre attention et multiplie par quatre votre temps de freinage si vous êtes au volant », rappelle Alexandre Nys, conseiller en prévention des risques professionnels pour la MSA. Pour sensibiliser, rien de tel qu’une vidéo, « réalisée par des élèves de la MFR d’Haussy car l’un de leurs camarades avait eu un accident en tracteur, téléphone à la main ». Faire attention à son environnement et l’importance de ne pas se laisser distraire.

Parmi les autres vidéos diffusées, un crash test mettant en scène la cabine d’un New Holland T7 à 30 km/h. « Qui porte la ceinture dans le tracteur ? » Aucune main ne se lève. « On voit que dans le scénario avec le mannequin ne portant pas de ceinture, le corps passe au-dessus du volant avec mise en danger de la vie de l’occupant », commente Alexandre Nys. Et si ça peut vous convaincre… Le port de la ceinture permet de soulager le dos en réduisant la compression car les fesses restent collées au siège. Porter la ceinture, c’est une question de sécurité et de confort.

Troisième point : le check-up visuel d’un tracteur et d’un ensemble camionnette-remorque. Le but ? « (Ré) apprendre à vérifier son tracteur avant de partir », en contrôlant les pneus, les gyrophares ou encore les rétroviseurs, le bon état des phares, et en vérifiant qu’aucun objet ne puisse se balader dans la cabine au risque de venir se glisser sous les commandes. Si vous avez une remorque, vérifier l’arrimage, le PTAC en fonction du chargement…

Alcool : attention aux doses maison ! L’un des ateliers consistait à servir des verres d’alcool et à les comparer à des doses dites « bar ». Les doses servies étaient généralement plus généreuses. L’occasion de rappeler qu’il est interdit de conduire avec un taux d’alcool dans le sang supérieur ou égal à 0,5 g/l de sang (0,2 g/l de sang en permis probatoire, soit zéro verre). Un homme de 80 kg mettra en moyenne 1 h 20 pour éliminer un verre (contre 1 h 40 pour une femme faisant le même poids).

Quand faut-il mettre le panonceau « convoi agricole », dans un ensemble tracteur-benne, quelle est la vitesse d’homologation à respecter, etc. Au stand Groupama, les participants ont été amenés à répondre à une série de questions sur le code de la route et la réglementation relative aux engins agricoles (lire aussi en pages 14 et 15). Car respecter les homologations est impératif.

Partager l'article

Nord Pas-de-Calais

Dans la même rubrique

Actualité

Moissons : les 10 points de vigilance indispensables

Lire la suite...

Actualité

Bio : le grand rebond après la crise ?

Lire la suite...
@DP

Actualité

Retrouvez les résultats des concours sur Terres en Fête 2026

Lire la suite...

Actualité

Étienne Pruvot veut poser une stratégie d’avenir

Lire la suite...

Actualité

Foncier agricole : pourquoi les terres du Nord et du Pas-de-Calais restent parmi les plus chères de France ?

Lire la suite...

Actualité

Échographies, césariennes, urgences : immersion avec Louis, vétérinaire rural dans l’Avesnois

Lire la suite...

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !

par Hélène Grafeuille

Ecoutez leur histoire !