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« On écoute beaucoup. Nous sommes des catalyseurs »

27-12-2022

Actualité

C’est tout frais

Philippe Ammeux est bénévole au sein de l’association Arcade, qui aide, notamment, les agriculteurs en difficulté.

Philippe Ammeux © H. G.

Cette année, Arcade, association du réseau Solidarité paysan qui aide les artisans-commerçants et les agriculteurs rencontrant des difficultés, souffle sa 30e bougie. L’occasion de mettre à l’honneur un bénévole, sans qui la structure ne pourrait pas fonctionner.

Philippe Ammeux fait partie de ces hommes qui accordent de leur temps pour venir en aide à des collègues en difficulté. Son engagement au sein de l’antenne d’Hazebrouck remonte à 2008. « Lorsqu’on m’a contacté, j’ai tout de suite accepté, indique l’agriculteur, à la retraite depuis tout juste deux mois. J’étais déjà sensibilisé aux problèmes que pouvaient rencontrer les gens de la profession car lors de mon cursus universitaire à l’Institut supérieur d’agriculture de Lille, j’avais fait mon mémoire de fin d’étude sur les éleveurs en difficulté. Et puis quand on est ingénieur agricole, la plus belle réussite est de sortir quelqu’un de ses difficultés. »

Alors depuis 14 ans, Philippe Ammeux met son expérience et sa capacité d’écoute au profit des autres. De l’expérience, cet homme de 66 ans n’en manque pas. Après avoir décroché son diplôme d’ingénieur, il a travaillé plusieurs années en tant que conseiller agricole à la chambre d’agriculture du Nord. « Puis, j’ai voulu reprendre l’exploitation de mes parents à Houtkerque, avec mon frère », explique-t-il.

Un changement de vie radical qui n’a pas été simple au début, notamment pour sa femme, « mais elle m’a toujours soutenu ». Philippe Ammeux estime d’ailleurs avoir eu de la chance : « Quand nous nous sommes installés, nous sommes allés vers la production porcine. C’était la crise, beaucoup de producteurs avaient arrêté, ce qui nous a permis d’avoir de bons prix avec de faibles charges trois ans de suite. Une bouffée d’oxygène pour démarrer l’activité… Je me suis aussi toujours bien entendu avec mon frère, c’est important et ça joue beaucoup. » Et d’ajouter : « Si c’était à refaire, je ferai la même chose, et j’épouserai aussi la même femme ! », sourit-il.

Un rôle d’écoute

Venir en aide aux autres agriculteurs est un peu une manière de remercier cette « chance » dont il a bénéficié, mais qu’il a su aussi provoquer. Philippe Ammeux a accompagné une vingtaine d’agriculteurs. « Dans 90 % des cas, ils appellent pour des difficultés financières, mais lorsqu’on va les voir, on se rend compte que ces problèmes de trésorerie découlent d’autres soucis qui peuvent être familiaux, de santé… Il y a généralement plusieurs facteurs. Le métier d’agriculteur n’est pas facile, il faut être à la fois comptable, vétérinaire, se tenir au courant de la législation qui évolue sans cesse… »

Si le bénévole porte un regard technique sur la situation, l’aspect social joue également un grand rôle. « On écoute beaucoup, certains ont besoin de parler. Il y a aussi une mission de médiation, parfois. Puis, on propose des solutions. Mais c’est toujours l’agriculteur qui décide ce qu’il veut mettre en place et à quel rythme. Nous sommes des catalyseurs. »

Sur chaque situation, Philippe Ammeux et les 36 autres bénévoles travaillent en binôme avec un des 12 salariés des trois antennes de l’association. « Il y a une bonne complémentarité entre bénévoles et salariés, c’est une équipe soudée », souligne le jeune retraité. Et d’ajouter : « C’est une expérience géniale qui m’apporte beaucoup de satisfaction. En 14 ans d’engagement, j’ai fait de belles rencontres. Même si c’est parfois difficile. »

Car, il arrive que les situations auxquelles il a fait face ne se soldent pas comme il l’aurait souhaité : « Je me souviens d’un agriculteur qui travaillait avec sa femme. Le couple ne s’entendait plus. Sa femme a décidé d’aller travailler ailleurs et l’homme n’a pas su gérer seul… Des problèmes familiaux et professionnels auxquels s’est ajouté un problème d’addiction. Ils ont fini par divorcer et l’exploitation a été liquidée. On a fait du mieux qu’on pouvait mais ça n’a pas été une réussite. J’y pense encore parfois… »

Pour faire face à ces difficultés, des réunions sont organisées tous les deux mois à l’association afin de discuter entre bénévoles et salariés, « cela permet d’avoir un regard extérieur, de pouvoir échanger d’autres idées, d’autres solutions. » « Cet engagement, c’est une petite partie de ma vie… » Et si l’agriculteur profite aujourd’hui de sa retraite, pas question pour lui d’arrêter de venir aider à l’association Arcade. 

Hélène Graffeuille

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