Actualité
25-06-2026

Thiérache : le parcours hors du commun de Wali Mohebi, réfugié afghan devenu apiculteur

Derrière le miel bio du Rucher de Wali, se trouve un homme au parcours hors du commun : Wali Mohebi. Réfugié afghan arrivé en France à la fin des années 1980, ancien biologiste moléculaire devenu apiculteur, il fait de la préservation de la nature son combat quotidien.

6 minutes

Wali Mohebi, réfugié afghan devenu apiculteur ©Hélène Graffeuille

Wali Mohebi en six dates

1989. Il fuit la guerre en Afghanistan et arrive en France.

2001. Obtention d’un master en biologie moléculaire à l’université libre de Bruxelles.

10 juin 2011. Il reçoit sa première ruche en cadeau.

9 mai 2015. Mariage avec Mojdeh.

3 mars 2016. Naissance de Joune, sa première fille.

7 août 2019. Naissance de Mina, sa seconde fille.

Originaire d’Afghanistan, Wali Mohebi quitte son pays. On est en 1989. À l’époque, la guerre y sévit entre les forces soviétiques et la résistance afghane. « À 16 ans, on devait rejoindre les services militaires et aller combattre. Ce n’était pas mon choix. Il fallait partir. C’était soit faire la guerre, soit partir. »

Ses parents paient des passeurs pour le faire sortir du pays. Il s’enfuit avec son cousin : « On a mis trois mois pour parcourir 200 kilomètres à travers les montagnes pour rejoindre le Pakistan accompagnés par des moudjahids afghans. On ne prend pas le bus quand on fuit une guerre. Il ne fallait pas que les soldats nous attrapent. »

L’arrivée en France

L’arrivée à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle de cet ancien élève du lycée franco-afghan Esteqlal à Kaboul reste gravée dans sa mémoire. « Il était 6 h du matin, il faisait froid – je venais du Pakistan où on avoisinait les 50 °C – j’avais juste deux petits sacs de sport avec trois-quatre vêtements et des livres. Mais j’étais tellement content d’arriver en France. C’est comme si je retrouvais la vie. »

Les premières heures ne sont pourtant pas faciles. Contrôlé et interrogé longuement par les services de police, il se retrouve seul dans un pays qu’il ne connaît pas encore. « Après l’interrogatoire, ils me disent : « Tu es libre. » J’ai répondu : « OK, mais je vais où ? »» Il finit par être un lien avec l’association France terre d’asile qui va l’aider. Ce lien tissé avec la France dans son pays d’origine lui ouvre une porte inattendue lorsqu’il sollicite l’asile. « Lors de mon entretien à l’ambassade de France, il y avait un magazine de football sur le bureau. Et je ne sais pas ce qu’il m’a pris mais j’ai commencé à citer tous les joueurs : Platini, Giresse, Rocheteau… J’ai donné le nom de chacun. Le fonctionnaire m’a regardé et m’a dit : « Je pense qu’il a passé son épreuve. » » 17 jours plus tard, il obtient le statut de réfugié politique. C’est une nouvelle vie qui commence pour le jeune homme de tout juste 18 ans.

Lire aussi | Le miel de tilleul de Picardie labellisé : une première dans les Hauts-de-France

Wali Mohebi décide alors de poursuivre ses études. Il obtient un master de biologie moléculaire à l’université libre de Bruxelles en 2001, qu’il complète par un autre master en gestion et qualité des établissements de santé à l’Institut lillois de l’ingénierie de la santé.

À cette époque, son objectif est de retourner vivre en Afghanistan : « Je voulais faire quelque chose d’utile pour mon pays. » Mais l’assassinat du commandant Massoud, résistant afghan contre l’occupant soviétique puis contre les talibans, et le retour au pouvoir de ces derniers mettent un terme à ses espoirs, « à partir de ce moment-là, il n’y avait plus de place pour moi là-bas. Il fallait construire ma vie ici. »

L’installation en Thiérache

Et c’est en Thiérache qu’il s’installe grâce à une rencontre qui va marquer sa vie : celle d’Élisabeth et Edmond Koral. « Pour renouveler ma carte de séjour, j’avais besoin d’une adresse en France. J’ai fait mes études avec leur fils et ils ont accepté de me domicilier chez eux puis m’ont pris sous leur aile, humainement », explique Wali Mohebi qui a tissé des liens très forts avec cette famille.

Il découvre alors ce territoire et en tombe amoureux. Il finit par poser ses valises à Clairfayts et travaille en tant que biologiste moléculaire dans différents hôpitaux de la région. Et c’est justement un cadeau Élisabeth Koral qui va (une nouvelle fois) changer la vie Wali Mohebi : « Nanou – comme il l’appelle affectueusement – m’a offert une ruche pour mon anniversaire », la première.

De la biologie à l’apiculture

Au contact des abeilles, des souvenirs d’enfance ressurgissent. « En Afghanistan, mon père avait créé une usine de transformation et de conservation d’abricots et d’amandes. Pour se procurer ces produits, ils se rendaient chez les producteurs au fin fond du pays et m’emmenait. J’adorais voyager avec lui et découvrir ces paysages. J’ai toujours admiré la nature. Avec cette ruche, quelque chose s’est réveillé en moi. » Une activité qu’il développe au fur et à mesure des années jusqu’au jour où il décide d’en faire son métier à plein temps en quittant ses fonctions « à l’hôpital en 2020 ».

Aujourd’hui, il possède 80 ruches, toutes installées dans la Thiérache. « L’objectif est d’arriver à 200 ruches ». Il produit du miel bio qu’il vend sous la marque Le rucher de Wali sur des marchés mais aussi dans des magasins bio. Il fait également de l’élevage de reines et de colonies d’abeilles. L’apiculteur propose aussi d’installer ses ruches dans des entreprises où il intervient lors d’ateliers : « Je travaille notamment avec des Ehpad. On observe ce qui se passe dans les ruches, on extrait le miel… C’est toujours des moments très sympas », sourit-il.

L’importance du local

Le Thiérachien a également créé le Complexe apicole de la Thiérache au sein de l’hôpital de Felleries-Liessies. Dans ce bâtiment, qu’il a pratiquement construit tout seul, trône un gaufrier à feuille de cire (voir la photo). « Ces feuilles permettent d’accélérer le travail des abeilles, elles construisent les alvéoles en quelques jours. Sans, il leur faudrait un mois. » Un service qu’il est le seul à proposer dans le nord de la France.

Et d’expliquer sa démarche : « La cire est une matière fondamentale de la ruche. Mais elle absorbe tout : les pesticides, les médicaments, les polluants, qui peuvent contaminer les abeilles. Alors pour éviter de tout mélanger, je fabrique les feuilles de cire à partir de la cire que me ramènent les apiculteurs, que je ne mélange pas aux autres. Ainsi, chaque apiculteur récupère sa feuille conçue à partir de sa propre cire. »

Une démarche cohérente avec sa philosophie dont le maître mot est local. « Aujourd’hui, la mondialisation a tellement bouleversé les choses. On transporte du bois d’ici jusqu’en Chine avant de le faire revenir. Cela n’a plus de sens. Ici, en Thiérache, on est privilégié. On a des haies, des pâtures, de la forêt. Alors cette nature, je tiens à la protéger et je pense que cela passe aussi par une exploitation plus cohérente des ressources du territoire. » Et de conclure : « Je crois profondément au local. » 

Hélène Graffeuille

Partager l'article

Agriculture biologique apiculture Avesnois Hauts-de-France

Dans la même rubrique

Actualité

Quelle sera la qualité de l’eau sur nos plages cet été ?

Lire la suite...

Actualité

Vitesse réduite, écobuage interdit… découvrez les mesures prises pour réduire les émissions de polluants

Lire la suite...

Actualité

Vigilance rouge canicule : quelles sont les mesures prises ?

Lire la suite...

Actualité

Pourquoi notre région (et la France) fait face à une météo si extrême ?

Lire la suite...
Canicule Nord pas de calais @freepik

Actualité

La région bascule en vigilance rouge canicule

Lire la suite...
La rupture d'une digue d'un bassin de l'usine Tereos en avril 2020 avait entraîné une mortalité piscicole à la confluence entre le Canal de l’Escaut et celui de la Sensée. © FDAAPPMA 59

Actualité

Un accord à l’amiable entre Tereos et la Wallonie sur la pollution de l’Escaut

Lire la suite...

Vivre et travailler ensemble : la vie d’un couple à la ferme !

par Hélène Grafeuille

Ecoutez leur histoire !