À 61 ans, Sophie Béjean est la nouvelle rectrice de l’académie de Lille et de la région académique des Hauts-de-France. Un poste qui est la suite logique d’un parcours d’engagement d’abord universitaire puis envers l’Éducation nationale.
Avant d’être nommée ici, j’ai été rectrice en Occitanie (académie de Montpellier), et avant cela rectrice de l’académie de Strasbourg pendant quatre ans. J’ai aussi été professeure des universités en sciences économiques, spécialisée en économie de la santé, à l’université de Bourgogne, à Dijon, que j’ai présidée pendant cinq ans.
Du côté de ma mère, ma famille était composée d’agriculteurs de toutes petites exploitations, avec une agriculture assez diversifiée. Mon père, est originaire de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, et a grandi dans les quartiers de mineurs. Mes parents n’étaient donc pas universitaires, mais ils ont repris des études tardives pour devenir enseignants. Ce qui m’a conduit vers l’Éducation nationale, c’est l’intérêt pour les sciences économiques, et plus particulièrement l’économie de la santé. Ce n’est donc pas mon environnement familial qui m’a poussée vers l’Éducation nationale, mais plutôt mes intérêts académiques.
Je me suis beaucoup impliquée dans mon université : j’ai dirigé une équipe de recherche, créé un DESS en économie de la santé, été vice-présidente, puis présidente de l’université de Bourgogne à partir de 2007. Après ma présidence, j’ai exercé des responsabilités nationales : présidence du conseil d’administration du Cnous (Centre national des œuvres universitaires et scolaires, ndlr), présidence de Campus France, et coordination du comité sur la stratégie nationale de l’enseignement supérieur. Ce comité, que j’ai présidé, a rendu un rapport au président de la République (François Hollande à l’époque, ndlr) en 2015, avec des préconisations sur l’accès à l’enseignement supérieur, les masters, le numérique éducatif, etc.
J’ai été nommée rectrice pour la première fois en 2016 à Strasbourg. On peut refuser une nomination, bien sûr, mais j’ai accepté car j’avais envie de retrouver une fonction exécutive, de porter l’intérêt général. C’est un autre métier : on représente l’État, la neutralité républicaine, et on agit au service des ministres. Être rectrice, c’est incarner la République sur le territoire.
Je suis responsable, avec mes équipes, de la mise en œuvre des politiques éducatives sur le territoire : écoles, collèges, lycées, enseignement public et privé, instruction en famille… C’est une fonction de management, de pilotage des cadres académiques et régionaux, de coordination avec les préfets, les collectivités, les élus… En tant que rectrice de région, je supervise aussi l’enseignement supérieur : accompagnement des universités, contrôle budgétaire, mais je suis là aussi pour un appui stratégique et financier à leurs projets. Je travaille également sur la vie étudiante : j’anime des dialogues territoriaux, notamment dans les villes moyennes, pour garantir que les étudiants y aient les mêmes droits et soutiens qu’ailleurs.
L’académie de Lille a ses spécificités : très dense, contrastée entre zones urbaines et rurales, avec de fortes identités territoriales. Le tissu économique est très dynamique, et je m’investis beaucoup dans les relations entre établissements et entreprises pour développer la formation professionnelle, l’orientation, l’insertion.
L’académie reçoit des moyens chaque année, principalement des postes, mais aussi un peu de fonctionnement. L’Éducation nationale est le premier employeur de France. Je suis responsable des budgets de programme, de leurs répartitions et de leurs bons usages.
L’Association pour les femmes dirigeantes de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation est une association fondée en 2014 par sept femmes (présidentes d’université, rectrices, directrices d’école), dont je fais partie. Nous avions constaté qu’il n’y avait que 15 % de femmes dans nos fonctions. L’association vise à promouvoir la place des femmes dans les fonctions de responsabilité dans l’enseignement supérieur et la recherche. Elle organise des formations, du mentorat, des séminaires, et travaille en lien avec le ministère, qui la conventionne et la subventionne.
C’est un engagement qui m’est venu sur le tard. Je pensais que le féminisme appartenait à la génération de ma mère. Mais face aux chiffres, j’ai compris qu’il fallait aider les plus jeunes à s’engager, à se projeter, et interpeller les institutions sur cette question. C’est essentiel.
Propos Recueillis Par églantine Puel
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